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Economie

Covid-19 / Enquête L’Economiste-Sunergia - Des chiffres chocs: 90% de critiques!

Par Nadia SALAH | Edition N°:5846 Le 18/09/2020 | Partager
Seulement un Marocain sur dix soutient encore le gouvernement
51% accusent l’Etat de prendre de «mauvaises décisions»
Les données de l’enquête révèlent des failles sérieuses dans la société

Pas besoin d’être grand clerc pour voir que les gens en ont marre des mesures anti-covid: révoltes de jeunes, petites jacqueries ici ou là, y compris dans un marché de moutons ou pour violer en groupe les barrières de confinements…

Il manquait un chiffre. Nous l’avons: 10%. Il est particulièrement troublant tant peu de gens soutiennent encore les dispositifs pris par l’Etat.
Seulement 10% des gens approuvent. C’est-à-dire un Marocain sur dix! Même les représentants à la Chambre sont mieux élus que ça, tout contestés qu’ils soient par l’opinion publique.
Plus des deux tiers des répondants critiquent la stratégie gouvernementale et 20% le font avec virulence.

En fait, ni Sunergia ni L’Economiste ne s’attendaient à une telle montée des contestations. En conséquence l’enquête n’a pas pu aller plus loin. Elle s’est arrêtée à la «première cause» de l’échec. Et pourtant, les gens ne prennent des gants que pour dire que les «mauvaises décisions» sont en cause.

Coercition versus communication

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Base: 776 répondants. La marge l’erreur est donc de plus ou moins 3,5% (voir fiche technique). Autrement dit, ceux qui accusent les mauvaises prises de décisions, pourraient être, au maximum, entre 47,5% et 54,5% des internautes. La fiabilité est maximale.
Inversement, lorsqu’on parle de retard dans les prises de décision, la prudence doit être de mise. En effet, la marge d’erreur fixe ce point de vue entre 4,5% et 11,5% des internautes.

Plus de la moitié d’entre eux en sont persuadés, moitié à laquelle il faut ajouter ceux qui s’inquiètent des «retards». Ce qui porte le score à 59%.  Sur les retards, l’annonce de bouclage brutal est un reproche qui n’est pas près de s’éteindre. On dirait même qu’il sert de facteur de convivialité dans les conversations.  

On aura noté que ces deux points de vue s’attachent à l’angle médical de la politique anti-virus.  On peut y ajouter les reproches sur le «manque d’encadrement» ( 12% des répondants) bien que l’on ne sache pas exactement si manque du personnel médical ou du personnel sécuritaire ou encore du savoir-faire dans les divers lieux publics. Il en va tout autrement pour les deux autres raisons: la coercition et  la communication. Ils sont à la périphérie du domaine médical et concernent la gestion sociale, voire politique, de la pandémie. Ces deux raisons tiennent dans un mouchoir de poche, la répression étant à une courte tête devant la communication (compte non tenu des marges d’erreurs).

D’abord la communication: l’enquête montre que c’est une revendication installée dans l’opinion, même si elle reste très minoritaire.
Même remarque, mais dans l’autre sens pour la répression. Ce qui ne doit pas étonner dans la mesure où elles sont complémentaires, l’une succédant à l’autre au fur et à mesure de la démocratisation d’un pays.

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Seulement 10% des internautes, trouvent que l’Etat a bien géré le déconfinement, ce qui est vraiment très peu, alors que plus de deux personnes sur trois pensent que cela a été mal fait.
On se souvient de la discipline et de l’approbation qui avait entouré la prise des mesures en avril dernier. 88% des gens approuvaient les mesures de confinement, pourtant très dures. (Cf. L’Economiste du 14 avril 2020).
Un mois après, soit quatre enquêtes plus tard, les opinions n’étaient plus aussi nettes: le plébiscite est devenu une majorité, petite mais majoritaire encore. Moins on gagne, plus c’est dur. Ce n’est plus le virus qui attaque les gens, mais la misère. (Cf. L’Economiste du 11 mai 2020)

Les failles cachées

La surprise réside dans le fait que la demande de coercition sorte à 14% alors qu’un a priori répandu dit que la société marocaine est incapable d’agir sans coercition. Il faudra donc réviser cette idée reçue. Sans doute, la société n’est-elle plus aussi féodale qu’on l’affirme encore. Quoi qu’il en soit, voilà de nouvelles perspectives d’études pour les universités.

Si l’hypothèse de cette évolution est exacte, alors elle conforte les méthodes que le ministère de l’Intérieur a installées: éviter les motifs de conflits entre  les «civils» et les hommes et les femmes de la sécurité. Pourtant, l’enquête révèle des failles cachées. La plus importante, la plus dangereuse concerne la fracture entre les fortes critiques associées à des incompétences gouvernementales.

Que cela plaise ou pas, il n’y a plus que 10% des gens pour soutenir le gouvernement. Et seulement 14% qui veulent plus de coercition. Que se passera-t-il si, pour une raison ou pour une autre, il faut encore une fois «serrer la vis» sur une population persuadée que son gouvernement est incapable?

                                                                                      

Fiche technique

Entre le 7 et le 26 août 2020, 1.236 personnes de 18 à plus de 65 ans, ont été interrogées, au fil des réseaux sociaux. 1.196 questionnaires ont été retenus valides, par Sunergia Etude pour L’Economiste. Ce qui en fait une grosse étude. Il ne s’agit pas d’une représentation de la société marocaine, explique Sunergia. L’enquête représente les internautes du Maroc. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir du sens.
Pour avoir le détail de la population des internautes marocains, on se reportera à une autre enquête de Sunergia, datée de juillet 2020.
Dans le présent échantillon, les femmes sont sous-représentées, 314 pour 904 hommes. Seraient-elles moins nombreuses à passer du temps sur les réseaux sociaux?
Le détail de l’échantillon permet de se faire une idée des poids respectifs de chaque catégorie.
Ages: 16% ont entre 18 et 24 ans, 19% ont entre 25 et 34 ans, 19% entre 35 et 44 ans, 17% entre 45 et 54 ans, 21% entre 55 et 64 ans (surreprésentés) et 10% ont plus de 65 ans;
Régions: 32% vivent dans le Grand Casa-Settat. Rabat-Salé-Kénitra pèse pour 17%, Fès-Meknès 12%, Marrakech-Safi 12%, Tanger –Tétouan-Al Hoceima 9%, Souss Massa pour 6%, l’Oriental avec 6% , Beni Mellal et Khénifra pour 3%, Draa et Tafilalet avec 3% et enfin, Laâyoune-Sakia El Hamra pour 1%.
Revenus: Moins de 2.000DH 14% de l’échantillon, de 2.001 à 4.000 DH 18%, de 4.001 à 6.000DH pour 11% de l’échantillon, de 6001 à 8.000 DH comptent pour 10% de l’échantillon. Ceux qui gagnent de 8.001 à 12.000DH pèsent pour 16%, ils sont probablement surreprésentés par rapport à la population globale.  De 12.001 à 15.000DH: 9%, de 15.001 à 20.000 DH 8%, de 20.001 à 40.000 DH 6%, et les personnes touchant plus de 40.000 DH forment 4% de l’échantillon. 1.063 personnes ont répondu à la question sur leur revenu mensuel.
Pour être parfaitement précis, il faut noter que les marges d’erreur sont de plus ou moins 3,1% pour un échantillon de 1.000 personnes, de plus ou moins 3,5% pour 800 répondants. Avec 100 personnes, la marge d’erreur devient très lourde, plus ou moins 9,8%. En dessous l’information est à prendre avec d’infinies précautions.

                                                                                      

L’Etat a-t-il su gérer le Covid?

• La classe moyenne fâchée à raison de 73%

Réponses classées par revenu mensuel

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Les personnes défavorisées ont les opinions les plus tranchées. On sait par les études du HCP que les pertes d’emploi frappent le plus cette catégorie de famille. Mais d’un autre côté, c’est vers elle qu’ont été orientées les aides publiques. Est-ce cela qui explique que cette catégorie formule d’une part, plus de critiques et de l’autre plus d’approbation que la moyenne?

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Les répondants les plus aisés sont strictement dans la moyenne nationale: 20% d’opposants irréductibles et 10% de très satisfaits.
C‘est dans la catégorie des internautes gagnant entre 2.001 et 4.000DH, c’est-à-dire la classe moyenne, que les critiques sont les plus fortes, 25% et 48%, soit un total de 73%. Même phénomène dans les deux catégories juste au-dessus, là où les gens touchent entre 4.001 et 6.000DH et entre 6.001 et 12.000DH.
C’était les couches sociales qui avaient le mieux apprécié la stratégie en mars et avril 2020.

• La région la moins mécontente: le centre

L’Etat a-t-il bien géré la pandémie?

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Paradoxalement, le centre qui est le plus touché par le virus, est moins mécontent que les autres régions. Ces dernières sont plus en colère, quelques points au-dessus de la moyenne nationale.
Inversement, à 72% d’entre eux, les habitants du Nord et de l’Est sont très, très, très critiques. Seulement 8% des gens du nord approuvent, mais c’est au-dessus de la limite de signification. La mise en panne du pôle industriel de Tanger, construit à marche forcée durant ces 15 dernières années, a-t-elle fait la différence?

N.S.

 

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