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Société

Graves menaces sur un site paléontologique

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5845 Le 17/09/2020 | Partager
Des traces de dinosaures datant de plusieurs millions d’années sous les pelles des extracteurs
Les autorités promettent de réagir
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Image reconstituant une des premières espèces de dinosaures peuplant la Terre de la famille des Prosauropodes qui ont laissé des traces sur le site dans la province de Boulemane. Malgré sa taille impressionnante, l’animal était un paisible herbivore (Ph DR)

Il y a plusieurs millions d’années, au début de l’ère du Jurassique, un troupeau de la famille des Prosauropodes vivait tranquillement dans la région de Boulemane. Ces animaux fantastiques, herbivores, à long cou et longue queue, pouvant atteindre les 20 mètres de long et 80 tonnes en poids,  (aucun animal terrestre n’atteindra plus de telles dimensions), ont laissé des traces de leurs pas géants, encore visibles aujourd’hui.

Une richesse paléontologique et culturelle inestimable, mise en danger par… des carrières d’extraction de pierre. Découvert en 2011, le site de «Issil n’Aït Arbi», dans la vallée du Dadès, a été découvert par un randonneur, avertit Hassan Yamani qui l’a signalé. Il est formé par plusieurs surfaces contenant des centaines d’empreintes de dinosaures, le long de l’Oued Aït Arbi dans le Haut Atlas Central. 

Datées entre  -194 et -187 millions d’années,  de la période du Jurassique inférieur, «les empreintes risquent tout simplement de disparaître à jamais, l’endroit étant devenu une carrière d’extraction des pierres!!!!», alerte le paléontologue Masrour Moussa, professeur chercheur à l’Université Ibn Zohr à  Agadir. Une première alerte avait déjà été lancée par Jacques Gandini, spécialiste et auteur de plusieurs  guides consacrés à l’Afrique du Nord et au Sahara. La seconde a été donnée par deux anciens étudiants de la région.

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Des dizaines  de pas de Prosauropode datant de l’ère du Jurassique représentant un cheminement d’empreintes jamais répertorié à ce jour au Maroc (Ph. Masrour)

«C’est grâce à la vigilance et à l’intérêt des anciens étudiants Driss Benyahia et Abdelkader Najim, que ce site a pu être sauvé. J’ai tout de suite contacté la Direction de géologie au ministère de l’Energie et Mines et l’Environnement à Rabat, qui a alerté les autorités locales… et d’après les dernières informations l’ordre a été donné d’interdire toute exploitation des couches longeant Oued Aït Arbi», annonce le Pr Masrour, une pointe de soulagement dans la voix.

Il faut dire que le site présente un intérêt didactique majeur pour les scientifiques.  En 2013, Hassan Yamani a entrepris l’inspection méticuleuse de cet immense site, strate par strate. Résultat: la découverte d’un cheminement d’empreintes jamais répertorié à ce jour au Maroc. Des traces «otozoum» (empreintes fossilisées d’animaux géants).

«C’est la première fois qu’on trouve cette empreinte Otozoum en Afrique du Nord, comme il a été précisé dans un article que nous avons publié, en 2014,  avec le Pr Félix Pérez-Lorente de l’Université la Rioja en Espagne», précise le Pr Masrour, qui propose l’installation d’urgence d’une plaque explicative, car très souvent dit-il, les riverains ne sont pas conscients des trésors de leur région: «Ce site doit être protégé, en commençant par interdire l’extraction des pierres, puis en le valorisant et en l’intégrant dans un circuit géotouristique, surtout qu’il est proche des gorges de Dadès et cela permettra de diversifier l’offre touristique de  cette région» préconise-t-il.

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Une première alerte avait déjà été lancée en 2011 sur la présence d’une carrière d’extraction de pierres sur le site (Ph Masrour)

                                                                             

Une menace sur l’ensemble du patrimoine national

Vandalisme, défiguration, vol, destruction, autant de crimes sont commis constamment contre la science et le patrimoine géologique et archéologique dont regorgent le Maroc et les régions du Sud en particulier. «Un très grand nombre de sites exceptionnels que ce soit sur un point de vue géologique ou culturel, sont en état de dégradation avancée, faute d’entretien ou parfois même de gardiennage», déplore Masrour Moussa. Certains sites géologiques, ou historiques, reconnus de grande valeur scientifique, connaissent parfois des destructions irréversibles. C’est le cas du site d’art rupestre situé au niveau de Jbel Oukas dans la province de Tiznit qui a été vandalisé par des graffitis et des dessins à la peinture blanche, suscitant une vague d’indignation de la communauté scientifique en 2017. D’autres cas de destruction ont été rapportés dans la province de Zagora, comme celui de la destruction d’un disque solaire millénaire en 2013. Plus récemment, en juin dernier et en plein confinement, les actions menées par les autorités locales et la direction régionale de la Culture à Laâyoune-Sakia El Hamra ont permis l’arrêt des travaux de dégradation du site des gravures rupestres Laghchiouate, situé dans la commune d’Amgala (province d’Es Semara), effectués par une société de carrières de pierre. Sans parler de l’activité de commercialisation intense et non organisée des fossiles dans la région, notamment à Erfoud et ses environs qui continue de sévir et risque d’engendrer un épuisement rapide de ces gisements probablement dans les années à venir, mettant en péril une partie précieuse des archives de l’histoire.

A.Bo

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