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International

Liban, le chaos sur fond de crise

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5818 Le 06/08/2020 | Partager
Plus de 100 morts et 4.000 blessés selon un bilan provisoire
300.000 personnes sans abri et des hôpitaux débordés
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Au lendemain de la double explosion qui a secoué la capitale libanaise, le monde découvre une ville sinistrée, où de nombreux quartiers ont été anéantis (Ph. AFP)

Une double détonation, ressentie à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde (jusqu’à Chypre), a plongé, mardi 4 août, la population de Beyrouth dans l’effroi, réveillant un douloureux souvenir de guerre. Les images qui circulaient en fin d’après-midi sont apocalyptiques. 
Une grande partie de la ville est sinistrée, les destructions les plus spectaculaires touchent surtout les quartiers limitrophes du port, d’où sont parties les explosions, notamment le centre-ville. Des bâtiments sont soufflés. Des pans entiers de murs sont tombés. De certains immeubles couverts de paroi en verre, il ne reste plus que leur structure. Et partout, sur les trottoirs, dans les décombres, des blessés. Le bilan s’annonce lourd. Une centaine de morts et plus de 4.000 blessés, selon les chiffres fournis par la Croix Rouge libanaise. Ce bilan pourrait encore s’alourdir, les secouristes étant encore à la recherche de disparus. La catastrophe de mardi vient, de surcroît, s’ajouter à la crise que subit de plein fouet un secteur hospitalier au bord de l’effondrement en raison de la crise économico-financière que subit le Liban et alors que plusieurs établissements avaient annoncé, ces dernières semaines, ne plus pouvoir fonctionner à pleine capacité. Le Premier ministre Hassan Diab a décrété une journée de deuil national mercredi «pour les victimes de l’explosion du port de Beyrouth». Dans une déclaration télévisée, le ministre de la Santé, Hamad Hassan, a indiqué que le pays était «en pénurie de tout ce qui est nécessaire pour porter secours» aux victimes et les soigner. «Les entrepôts du ministère de la Santé dans le secteur de la Quarantaine ont été endommagés», a-t-il expliqué, rappelant que des hôpitaux de campagne seraient envoyés «par plusieurs pays» dans le courant de la journée. Mais la crise risque d’être beaucoup plus étendue. 

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Plus de 100 morts et quelque 4.000 blessés selon un bilan provisoire. Les hôpitaux, déjà touchés par la crise aiguë que traverse le pays, n’arrivent pas à gérer le flux des blessés (Ph. AFP)

L’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, la FAO, craint «qu’une grande quantité des réserves de blé sur le port aient été affectées ou détruites par l’explosion» et présage une pénurie de farine. Le mohafez (gouverneur) de la capitale, Marwan Abboud, a de son côté estimé que l’étendue des dégâts se chiffrait entre trois et cinq milliards de dollars, «peut-être même plus» et que «jusqu’à 300.000 personnes se retrouvaient sans abri». Une situation qui ne présage rien de bon dans un pays en proie à une crise qui l’a plongé dans un chaos sur le plan économique. 
Sévèrement handicapée par la pandémie de coronavirus qui le prive de la manne touristique, l’économie libanaise figure parmi les plus mal en point de la planète. Le pays est dans une situation de quasi banqueroute comparable à celle du Venezuela. Ajouté à cela un équilibre communautaire et confessionnel des plus fragiles avec 18 communautés religieuses et un Etat régi par un système complexe de partage du pouvoir entre les différentes confessions. Le pays a également traversé une terrible guerre civile, ponctuée d’interventions étrangères, qui s’est déroulée de 1975 à 1990 et est depuis, la victime collatérale de vives tensions régionales: Conflit syrien menace israélienne et rivalité Iran/Etats-Unis.


Nitrate d’ammonium, une bombe à retardement

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Ph. AFP

Les énormes déflagrations dans la capitale libanaise sont dues à l’explosion de quelque 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium, stockées dans les entrepôts du port. Produit par millions de tonnes chaque année, le nitrate d’ammonium est un engrais azoté très utilisé dans le monde entier en agriculture. Ordinairement stable, cette substance nécessite toutefois une grande rigueur dans son entreposage en raison de son potentiel explosif. Cependant, il faut une très haute température (au moins 210 °C) pour que le nitrate d’ammonium se décompose en différents gaz libérant d’énormes quantités d’énergie et créant une onde de choc avec cet effet de souffle meurtrier. Le produit ne favorise donc que la combustion d’une autre substance déjà en feu. Le déclencheur dans le cas du port de Beyrouth serait un incendie qui se serait déclaré non loin des entrepôts. Produit nécessaire pour l’agriculture, il n’en demeure pas moins à l’origine de plusieurs drames dans le monde. L’un des tout premiers accidents eut lieu à Oppau en Allemagne, en 1921, dans une usine BASF. Il fit 561 morts. En France, empilées en vrac dans un hangar de l’usine chimique AZF, dans la banlieue sud de Toulouse, quelque 300 tonnes de nitrates d’ammonium ont subitement explosé le 21 septembre 2001: 31 personnes sont mortes, et la déflagration fut entendue 80 km à la ronde. Aux Etats-Unis aussi, une terrible explosion à l’usine d’engrais West Fertilizer, à West au Texas, fit 15 morts en 2013. Un stock de nitrates d’ammonium a explosé à cause d’un incendie d’origine criminelle; l’absence de normes de stockage avait été mise en cause par les enquêteurs. Le nitrate d’ammonium peut aussi être utilisé dans des engins explosifs. Le 19 avril 1995, Timothy McVeigh avait fait exploser une bombe fabriquée à partir de deux tonnes de l’engrais devant un bâtiment fédéral à Oklahoma City, tuant 168 personnes.
A.Bo.

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