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International

Pascal Boniface: «La fin du monopole occidental de la puissance»

Par Amin RBOUB | Edition N°:5803 Le 14/07/2020 | Partager
Les tendances structurelles accélérées, cristallisées et amplifiées par le Covid
La course sino-américaine au leadership
Les conséquences géopolitiques de la crise Covid

Dans un contexte mondial de crise sanitaire et de chamboulements économiques, la mondialisation extrême atteint ses limites.  La carte géopolitique subit plein de mutations et remet en cause les fondamentaux du nouvel ordre et du multilatéralisme.

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Pascal Boniface, fondateur et directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) de l'Université Paris VIII, décrypte les enjeux, les conséquences post-Covid et les tendances de ces transformations dans un monde de plus en plus instable et imprévisible. Et ce, lors d'un webinaire organisé par l'Association pour le progrès des dirigeants (APD).

Selon le géopolitologue, la crise Covid a pris de court le monde entier. Les Occidentaux n'ont pas vu venir l'épidémie, voire l'ont sous-estimée au départ et très mal gérée... par la suite. «L'Occident a été pris à son propre jeu et cette crise a mis fin au monopole de la puissance».

Le chercheur en veut pour preuves un bilan lourd de 500.000 morts, des fosses communes à New York, des systèmes hospitaliers débordés et inefficients en Europe... La virulence de la pandémie et la rapidité de sa propagation de par le monde ont dévoilé les défaillances des systèmes de santé et la carence des dispositifs de protection collective dans de nombreux pays, y compris les mieux lotis. «La crise sanitaire a aussi révélé l'arrogance occidentale», relève Boniface. Autrement dit, il y a un avant et un après-Covid, car le monde de demain sera radicalement différent de celui que l'on a tous connu.

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«Il y a des événements qui changent complètement le visage de la planète. Evidemment, ces événements ne sont pas si fréquents avec des changements structurels», soutient Pascal Boniface (Ph. PB)

«Il y a des événements qui changent complètement le visage de la planète. Evidemment, ces événements ne sont pas si fréquents avec des changements structurels», soutient le chercheur. Pour le cas du Covid-19, certes la pandémie n'a pas créé une tendance structurelle qui n'existait pas auparavant... «Mais les grandes tendances structurelles ont été accélérées, cristallisées et extrêmement amplifiées par le Covid. C'est le cas notamment pour les relations sino-américaines». C'est dire que le coronavirus vient marquer la fin du monopole occidental de la puissance: Il faut que les Occidentaux cessent de penser qu'ils peuvent dominer le monde et dresser seuls l'agenda international, insiste le conférencier.

«J'espère que le Covid-19 aura permis d'accélérer la prise de conscience des Occidentaux en ce sens qu'ils ne sont plus le centre du monde. Certes, ils sont toujours puissants et riches, mais ils ont perdu le monopole de la puissance et de la richesse. Sauf que tout le monde n'a pas encore cette perception», relativise le géo-politologue.

Preuve en est que le président américain Donald Trump n'a rien changé dans sa politique agitatrice, qui s'est avérée une catastrophe majeure pour le monde et pour les Etats-Unis. «Trump ne cesse de chercher un bouc émissaire à travers la Chine, l'OMS, les organisations internationales, les médias...», argue Boniface.

La décision du président des Etats-Unis de couper les fonds américains à l'OMS est un autre exemple insensé et absurde avancé par le chercheur français. Il s'agit là d'un cas parmi tant d'autres qui renseignent sur la position «brutale et maladroite» de Trump, laquelle consiste à faire diversion en s'attaquant à la légitimité des institutions internationales.

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La virulence de la pandémie et la rapidité de sa propagation de par le monde ont dévoilé les défaillances des systèmes de santé et la carence des dispositifs de protection collective dans de nombreux pays, y compris les mieux lotis (Ph. AFP)

Aujourd'hui, il va sans dire, «il y a une crise du multilatéralisme. Le Covid-19 est venu accélérer cette crise...» Parallèlement à la position américaine, la Chine est en train d'accélérer son développement et sa montée en puissance au détriment des Etats-Unis.

Les Chinois sont en train de rattraper, voire dépasser la présence américaine au sein du multilatéralisme, fait valoir Boniface. «Le Covid-19 ne va pas empêcher la montée en puissance de la Chine, tout comme le SRAS ne l'a pas empêchée». De surcroît, la crise actuelle a démontré que les Etats-Unis se renferment sur eux-mêmes. La plus grande puissance mondiale s’isole de plus en plus de la scène politique internationale.

Du côté de l'Asie orientale et du Sud-Est asiatique, la Chine gagne du terrain auprès des organisations et instances internationales. Elle gagne aussi en popularité auprès des continents africain et européen ou encore le monde arabe.

                                                                            

Le Maroc, bon élève!

«Le Covid-19 est venu cristalliser des tendances structurelles lourdes qui existaient déjà auparavant, il leur a donné une ampleur qui n'existait pas par le passé... Du coup, résoudre la crise du multilatéralisme est l'urgence absolue». Selon Pascal Boniface, la crise a démontré qu'il y a un écart abyssal fondamental entre la réalité de la globalisation et la réalité de l'absence de gouvernance des institutions internationales. Plus encore, la rivalité sino-américaine est devenue très inquiétante. En même temps, l'Afrique s'en sort très bien dans ce contexte de crise sanitaire, en revanche le continent a de très graves problèmes économiques. Quant au Maroc, «il a géré la crise Covid-19 de façon exemplaire», répète à l'envi Pascal Boniface. De l'avis du fondateur de l'IRIS, le Maroc a bien géré les différents impacts liés à cette crise tout en faisant preuve d'innovation et de réactivité exemplaires, à travers la fermeture des frontières, la mobilisation de la société, la production par millions de masques de protection par jour, les visières et respirateurs.

Amin RBOUB

 

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