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Huile d’olive à Essaouira Un pari fou en terre d’argan

Par Ghizlaine BADRI | Edition N°:5784 Le 17/06/2020 | Partager
La filière en pleine expansion
L’AOP ne permet pas de rivaliser en termes de prix avec les grands producteurs

A près de 25 km de la ville d’Essaouira, se trouve la Coopérative Tyout Chiadma Meskala, qui produit la première huile d’olive certifiée AOP, développée et lancée par l’Institut national de la recherche agronomique en 2009. Le lieu est un espace où se retrouve la petite dizaine d’agriculteurs actifs sur la vingtaine que compte la coopérative. Au moment de la collecte, chaque agriculture amène une partie de sa récolte d’olives pour être transformée en huile.

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La filière oléicole a bénéficié d’un appui de taille du Plan Maroc vert 2009-2020, un budget de 105 MDH dédié à la filière Oléicole sur 500 MDH au total pour le secteur agricole à Essaouira, contre 3 projets dans l’arganier pour une valeur totale de 50 MDH

Dans l’une des deux salles de la plus grande coopérative de la commune rurale de Meskala, se trouvent les 2 machines dédiées aux opérations de nettoyage et de pressage. Après avoir été récoltées sur les terres avoisinantes, les olives sont déposées dans de grandes caisses pour être lavées et nettoyées des résidus qui peuvent subsister suite à la première étape de nettoyage à la main sur les lieux de récolte. Ensuite, les olives sont broyées dans un (broyeur) et introduites dans un (malaxeur) qui va produire une pâte épaisse, qui est ensuite  intégré à une machine (séparateur) afin de séparer l’huile d’olive du reste des composants.

L’huile d’olive obtenue est ensuite disposée dans des caissons étiquetés avec le nom de l’agriculteur et la date de la récolte. Dans une salle mitoyenne à celle où se situe la production de chaque agriculteur, se trouve un espace où l’huile d’olive est conditionnée dans des bouteilles de verre de différents formats, pour être commercialisée sur le marché local. 80% des huiles produits par la coopérative sont vendus sur les différents marchés de la commune,  seulement 20% de la production locale est transformée en huile d’olive. Et pour cause, la vente de la production d’huile d’olive de la coopérative est limitée.

L’absence de fonds de roulement pousse les agriculteurs à limiter la transformation de leurs olives en huile, car plusieurs mois sont nécessaires pour écouler leur stock. La commercialisation au niveau national étant limitée, les olives sont vendues sur les marchés de la région. «Nous avons contacté le marché solidaire à Casablanca en 2018 pour la distribution de nos huiles. Nous avons essayé de travailler avec Marjane mais les quantités commandées sont limitées et les prix de distribution élevés. Nous avons besoin d’aide pour la commercialisation.» affirme Maati Bouserhane – Gérant de la coopérative Tyout Chiadma Meskala.

Même si la superficie de l’olivier dans la province d’Essaouira a connu une évolution notable, en passant de 16.000 ha en 2009 à 27.000 ha en 2019, la commercialisation reste un frein pour les agriculteurs, notamment à cause d’un manque de valorisation des plantations des oliviers, et d’un problème lié à la commercialisation. Par ailleurs, sur les 16 coopératives d’huile que comptent la province, seulement 9 d’entre elles ont intégré le GIE. «Avec le Groupement d’intérêt économique Tyout Chiadma à Hat Draa (Millénium Challenge), nous avons produit 60 tonnes par jour d’huile d’olive. C’est une unité qui est complète au niveau de la chaîne de valeurs en amont et en aval. L’agriculteur gagne deux fois, la première,  à la vente de son produit, et la seconde lors de la vente de son produit par le GIE», précise Ahmed Najid directeur provincial de l’Agriculture.

Malgré tout,  plus de la moitié des coopératives ne souhaitent pas y adhérer.  «Nous n’avons pas de fonds de roulement. Notre remboursement à la banque n’est pas finalisé, nous lui devons encore 200 millions de DH. En 2020, 5 ans après la constitution du GIE nous pourrons enfin récolter des bénéfices pour nos adhérents», explique Abderahmane Naciri président du GIE Zouyout Chiadma Mogador. Pour rappel, indique Naciri, le Groupement d’Intérêt Economique (GIE), Zouyout Chiadma Mogador qui regroupe 9 coopératives, a produit 1.400 tonnes d’huile d’olive en 2018 sur un hectare et a été financé à hauteur de 14 MDH (7 MDH par les Nations Unies, 3 MDH par l’état, 1,5 MDH par les coopératives et 2,5 MDH par le Crédit Agricole).

Pour la coopérative Tyout Chiadma Meskala, qui a produit 1 tonne d’huile d’olive en 2019 et 5 tonnes en 2018,  la limite se situe également au niveau de la concurrence, qui ne lui permet pas d’augmenter ses prix, pour élargir ses marges. L’huile d’olive AOP est vendue à 60 DH le litre, avec une production basse, la marge ne dépasse pas 7 DH par bouteille. «Pour commencer à faire des bénéfices, la bouteille devrait être vendue à 100 DH mais cela est impossible car nos concurrents vendent moins cher et ont une capacité de production beaucoup plus importante. L’AOP ne constitue pas une valeur ajoutée», regrette Bouserhane.

Sur la vingtaine d’agriculteurs que comptent la coopérative Tyout Chiadma Meskala, seulement 7 d’entre eux transforment leurs olives en huile. La coopérative d’huile d’olive de la commune rurale de Meskala estime ne pas perdre de l’argent mais ne pas en gagner non plus. «Nous avons besoin de machines pour pouvoir faire de l’Extra vierge afin de produire 2 tonnes par heure au lieu d’une tonne par jour. Ainsi, nous pourrons produire pour les autres, et trouver un nouveau marché pour écouler nos marchandises. Actuellement, nous ne pouvons pas faire de l’export car il faut des conteneurs qui produisent au minimum 20 tonnes par semaine. L’extra est plus cher que la vierge qui est plus cher que l’huile d’olive courante. Nous nous adapterons ainsi au marché», poursuit Maati Bouserhane. 

                                                                                 

Une filière qui bute sur la commercialisation

Pour Ahmed Najid Directeur Provincial de l’Agriculture à Essaouira, la filière oléicole est confrontée à des problèmes de sécheresse et une pluviométrie inconstante. «Nous avons planté 6.000 hectares de plants dans le cadre du Plan Maroc Vert, et pendant 2 ans, nous avons mis en place le creusement des trous,  la plantation et l’irrigation de ces terres. Nous délivrons les plantations clé en main au bénéficiaire et nous faisons 100 plants (arbres) à l’hectare, ce qui a conduit à l’amélioration des revenus et des conditions socio-économiques des agriculteurs, explique-t-il. Il existe 52.000 exploitations agricoles dans la région et 90% produisent de l’huile d’olive, mais elles sont aussi confrontées à une autre problématique majeure, celle de la commercialisation.

Pour l’huile AOP, il existe 2 coopératives, Tyout Chiadma Meskala qui produit  1T/jour d’huile d’olive et la Coopérative «Amghar» qui est un GIE dans la région de Marrakech qui produit 60 T/jour. La direction de l’agriculture souligne que les efforts sont aujourd’hui concentrés sur l’IGP pour la coopérative Tyout Chiadma Meskala car l’AOP reste limitée dans l’espace pour une zone déterminée et un savoir faire déterminé. De plus, la filière Oléicole souffre d’un problème de communication, par rapport à l’huile d’Argan qui a été mis en avant grâce à son positionnement dans la région et la promotion de la femme rurale et son autonomie financière dans le cadre du plan Maroc vert.

«Concernant l’huile d’olive nous travaillons sur ce volet depuis 5 ans. Alors que le prix de vente était à 30 DH le litre, il est actuellement à 60 DH. Nous travaillons également sur la sensibilisation des producteurs à la communication», précise Najid. Par ailleurs, l’agrégation est une composante clé du plan Maroc Vert. Si l’huile d’olive est mal stockée elle perd de sa valeur. «Nous avons envoyé des agriculteurs à la semaine verte de Berlin et mettons l’accent sur les certifications «Bio», argumente la DPA. 

Au niveau de la province, le département de l’agriculture a développé le GIE Tyout Chiadma à Hat Draa (Millenium Challenge), qui produit 60 tonnes d’huile d’olives par jour avec une capacité de stockage de 300 tonnes. C’est une unité qui est complète au niveau de la chaîne de valeurs en amont et en aval. Sur les 16 coopératives existantes, seulement 9 d’entre elles ont intégré le Groupement d’Intérêt Economique (GIE).

De notre correspondante permanente, Ghizlaine BADRI

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