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Economie

Covid-19: Le regroupement des malades suscite des interrogations

Par Jihad RIZK | Edition N°:5782 Le 15/06/2020 | Partager
Ils seront transférés à Benslimane et Ben Guérir
La Santé et l’Intérieur veulent accélérer le déconfinement
Les patients ont-ils le droit de refuser, quid des enfants?

C’est officiel. Les cas actifs Covid-19 et les futurs cas positifs seront regroupés au sein de deux structures sanitaires spécialisées à Benslimane et Ben Guérir. Annoncée par le gouvernement, samedi dernier en soirée, cette décision inquiète et soulève des interrogations auprès de médecins et de la population.

Certains patients pourraient refuser ce transfert, mais, ont-ils vraiment le choix? En plus, qu’en est-il des mineurs et enfants? Le gouvernement a-t-il le droit de les éloigner de leurs parents? Les personnes accepteraient-elles de se faire dépister au risque d’être «expédiées» loin de chez eux? Plusieurs questions restent en suspens…mais pas sans conséquences.

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Sidérés par la décision de regrouper les patients Covid-19 dans des villes lointaines, des médecins ne cachent pas leurs inquiétudes quant aux conséquences que pourrait avoir cette décision (Ph. JR)

■ Un choc après une journée… «déconfinée»
Samedi 13 juin 2020. Une journée ensoleillée et «déconfinée» (bien avant le 10 juillet) sur la majeure partie du pays. La population reprenait son souffle après trois mois de confinement sévère. Dans les villes de la zone 2, à Marrakech, comme à Casablanca, Tanger, Rabat, ou Fès, les citoyens sont sortis profiter du week-end, oubliant parfois la prorogation du confinement. A 18H, le compteur quotidien du Covid affichait 82 nouveaux cas (8.692 depuis le début de la pandémie). «Pas du tout contraignant si l’on sait que le Maroc réalise quotidiennement environ 17.000 tests de dépistage», explique un médecin. Il est pile 21H37min lorsque le gouvernement annonce le «regroupement des patients Covid dans des structures de soins spécialisées à Ben Guerir et Benslimane». L’information qui circulait depuis le matin est confirmée dans la soirée par la MAP. A 21h40, Saaïd Amzazi, ministre de l’Enseignement, accomplit son devoir de porte-parole du gouvernement et partage le communiqué (en français) sur sa page Facebook. Entre choqués, admiratifs et surpris…les avis divergent et les commentaires fusent.

■  Incompréhension, difficulté, et conséquence
C’est le deuxième communiqué conjoint des ministères de l'Intérieur et de la Santé en moins d’une semaine. Pour rappel, le premier, datant du 9 juin, concernait l’assouplissement des mesures de confinement. Le second, celui du 13 juin, annonçait le regroupement des patients Covid en vue «d’accélérer, à partir du 20 juin, le processus de levée progressive du confinement». «Au vu de l’évolution maîtrisée que connaît la situation épidémiologique et sanitaire liée au Covid 19 dans le Royaume, rendue possible grâce aux efforts conjugués et constants du citoyen, de l’administration et de l’ensemble des composantes de la société marocaine», souligne le communiqué, notant que «la quasi-totalité des près de 700 cas actifs Covid-19 dénombrés à l’échelle nationale, étant dans un état de santé rassurant et stable, seront transférés dans les centres de soins de Benslimane et Ben Guérir». Contactés par L’Economiste, des médecins se disent «très étonnés par une telle décision». «Vous êtes sûr qu’il ne s’agit pas d’une fake news? …C’est une décision «surprenante»», déplorent-ils. «Cette mesure, selon eux, serait très difficile à mettre en œuvre et nécessiterait le déploiement d’un énorme dispositif pour le transfert des patients (moyens de transport, ambulances, autocars,…)». «L’idéal serait de consacrer un pavillon Covid, un service, à ces patients près de chez eux… d’autant plus que la plupart de nos patients sont en bonne santé et ne présentent aucune complication majeure», proposent-ils. Ces derniers craignent surtout que «les gens ne fassent plus de dépistage au risque de se faire transférer ailleurs». Ce qui n’est pas sans conséquence et pourrait engendrer une multiplication des cas positifs non répertoriés», regrettent-ils.

■ «Oui» pour désengorger les CHU, mais…
«Au lieu de garder les cas positifs Covid répartis à travers les hôpitaux du Royaume, lesquels doivent être libérés pour soigner les autres types de maladies, et vu l’impératif de les protéger ainsi que leur environnement familial et professionnel, tout en leur procurant les soins nécessaires, il a été décidé de les regrouper, ainsi que les futurs cas positifs dépistés, au sein de deux structures sanitaires spécialisées, localisées respectivement à Benslimane et à Ben Guérir», explique le gouvernement. «Ces structures, qui offriront toutes les conditions d’hébergement adéquat et de suivi médical approprié, seront gérées de manière conjointe par des médecins civils et militaires et dans les meilleures conditions, à l’instar de la gestion collaborative efficace menée jusqu’à présent», rassure-t-on. Toutefois, cette décision ne manque pas «d’être unique en son genre». «Si depuis quelques semaines, des voix s’élèvent pour désengorger les hôpitaux et CHU pour vaquer à leurs activités principales et traiter les autres pathologies qui continuent de tuer, personne n’aurait imaginé une telle initiative», confie-t-on à L’Economiste. Sous couvert d’anonymat, un médecin redoute «des effets psychologiques négatifs sur les patients». «Il serait difficile de convaincre un malade, enfant, adulte, ou personne âgée, d’être transféré loin de sa famille pour se faire soigner», estime-t-il, évoquant la question «des droits humains des patients Covid». «Le malade n’aurait-il plus le droit de se faire soigner près de chez lui?», conclut-il.

Isolement à la maison

Le 20 mai dernier, le ministère de la Santé avait opté pour la révision du protocole de traitement Covid-19 et la redéfinition de la guérison. Ainsi, le malade pouvait rester en isolement chez lui, comme indiqué dans une circulaire du département d’Aït Taleb. Avec la décision du 13 juin, l’isolement chez soi ne serait-il plus d’actualité? La question reste posée. Une chose est sûre, selon ce communiqué, le regroupement des patients Covid «s’accompagnera de la poursuite des mesures de dépistage massif de l’ensemble des personnes contact, de même qu’au niveau des entreprises et des espaces professionnels sur tout le territoire national». Le but étant d’accélérer le processus du déconfinement progressif, tout en tenant compte de l’évolution de la situation épidémiologique.

J.R

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