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Tribune

Ce que sera la nouvelle mondialisation

Par Thierry De MONTBRIAL | Edition N°:5766 Le 21/05/2020 | Partager

X-Mines, Thierry de Montbrial a créé l’IFR (Institut français des relations internationales) en 1979, après avoir constitué pour le compte du ministre Michel Jobert, un centre d’analyse et de prévisions. Economiste, formé par le prix Nobel Debreu, il a enseigné tout au long de sa carrière en France et aux Etats-Unis. Il a fondé la World Policy Conference, qui a tenu certains de ses travaux au Maroc. Il fait partie des conseillers de l’OCP, de Lafarge et de Renault. L’IFRI, classé 2e Think tank au monde, publie chaque année le célèbre Ramses (Ph. TDM)

L'orgueil des hommes se heurtera toujours à la complexité de la nature qui dépasse et déjoue celle des œuvres humaines. J’espère que les apprentis sorciers, comme certains idéologues de l’«intelligence» artificielle, y trouveront matière à réflexion.
Plus un phénomène est complexe, plus il est difficile de dater l’apparition des «cygnes noirs» même identifiés. C’est la vraie difficulté, à la limite insurmontable.

Culture et bureaucratie

Les Etats, dont la responsabilité première est de protéger leurs ressortissants, doivent donc entretenir des capacités d’action face aux catastrophes prévisibles mais non datables. Or, les choix publics dépendent au moins autant de la culture des sociétés vis-à-vis du risque que de la qualité de leurs bureaucraties et de celles de leurs dirigeants. De ce point de vue, la comparaison entre l’Allemagne et la France au cours des premières semaines de l’actuelle pandémie est à l’avantage de la première, alors que les deux pays dépensent en gros les mêmes montants pour leurs systèmes de santé. L’impréparation américaine est particulièrement troublante. En Asie, la situation est différente en raison de la fréquence des épidémies.

Quand on parle de choix publics en ces matières, il faut en principe distinguer entre la prévention et la réaction puis l’adaptation, tant au niveau national qu’international. En réalité, prévention et réaction ou adaptation sont liées, car moins on s’est préparé à une catastrophe ex-ante, plus la réaction et l’adaptation sont coûteuses ex-post. Trop souvent engluées dans l’immédiat, les sociétés tendent à refuser le coût public de la prévention. Ceci est vrai dans tous les domaines. Face à la vitesse de cette pandémie, les dirigeants ont d’abord fait le choix, avec les moyens du bord, de sauver le maximum des patients les plus sévèrement atteints par le coronavirus, en s’interdisant même de soulever la question des conséquences économiques et sociales des mesures prises à cet effet. On ne peut pas les en blâmer.

Mais passé le temps de la sidération — elle-même la conséquence de l’impréparation —  on est bien obligé, partout dans le monde, de raisonner de manière plus large. Impossible par exemple d’ignorer les ravages qu’une baisse aussi brutale de l’activité économique mondiale, ou encore le confinement de centaines de millions de pauvres sur les cinq continents, commencent à provoquer. Les famines et la recrudescence d’autres maladies menacent. Il est à craindre qu’in fine le nombre des victimes indirectes de la pandémie soient supérieur à celui des décès directement dus au coronavirus.

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Symbole méconnu de la mondialisation, les câbles sous-marins transportent 95% des communications, leur longueur totale est bien au-delà du million de km (N1)

Le socioéconomique se ré-impose

Le débat sur le déconfinement dépasse de beaucoup celui qui se joue entre les experts médicaux, lesquels forment une tribu parmi d’autres. Entrer dans une phase du déconfinement, c’est aborder la question des choix publics avec des arbitrages incluant des intérêts précédemment mis entre parenthèses.
Qu’on le veuille ou non, les gouvernements sont condamnés au calcul économique et social.

Depuis un an, on voit l’Allemagne se résigner à commencer à envisager que la relation transatlantique puisse avoir structurellement changé de nature. L’Alliance atlantique ne sera plus jamais ce qu’elle fut pendant la guerre froide. Dans le même temps, les Allemands comme les Français se sont mis à regarder la Chine différemment. Ils ressentent désormais la nécessité de s’en protéger. La France et l’Allemagne restent, comme elles l’ont toujours été, le pilier de la construction européenne.

L’enjeu géopolitique de notre temps est immense. Dans l’immédiat, il s’agit de prouver que «Bruxelles» peut surmonter les deux grands défis du moment: l’efficacité et la démocratie.

La complexité

L'avenir à moyen-long terme de la mondialisation se présente de la façon suivante. Les arguments des économistes en faveur du libre mouvement des biens et services ou des capitaux, ou encore des personnes, sont bien connus. A certaines conditions, ils conservent leur pertinence.
La principales de ces conditions est le renforcement de la coopération internationale. Ceci nous ramène à notre point de départ, c'est-à-dire la complexité.
Plus les interdépendances sont complexes, plus la coopération et donc la coordination à court, moyen et long terme sont nécessaires.
Les grandes crises financières, comme celles de la fin des années 1990 et 2007-2010, sont issues d’un défaut d’anticipation et de coopération. Cela est aussi vrai dans l’ordre géopolitique comme les dérapages du «printemps arabe» ou le cas de l’actuelle pandémie.
La prise en compte du long terme dans la coopération internationale implique des institutions fortes et bien dirigées, comme c’est encore le cas du Fonds monétaire international dans l’ordre financier. La plupart, comme l’Organisation mondiale de la santé, ont besoin de profondes réformes.
Or, le système international actuel est de plus en plus hétérogène idéologiquement. La défiance, le repli sur soi, la dissimulation, dominent à tous les niveaux. Le monde est radicalement dépourvu de leader.
Si une telle situation perdure, les crises se multiplieront à différentes échelles, et le retour au protectionnisme, à une interprétation abusive de la notion de «bien stratégique», à une vision trop sécuritaire de chaînes de production ou d’approvisionnement, et en fin de compte au populisme, s’accentuera.

Terrain de jeu: la planète

Les principaux enjeux sont internationaux. Certes, les premières semaines de la crise, à côté de comportements admirables, ont exacerbé les passions, les tensions, la panique, l’hystérie, le chacun pour soi, la recherche de boucs émissaires ou l’exploitation de la situation à fin
de propagande. Mais la forme d’interdépendance qu’on appelle mondialisation ou globalisation est un fait. A court-moyen terme, aucun pays
ne pourra se relancer tout seul. En particulier, ni la Chine, ni les Etats-Unis.
Les pays dont les structures étatiques sont faibles, comme beaucoup en Afrique, ont besoin de l’aide des pays mieux pourvus. Le temps n’est pas à la guerre idéologique, mais à la coopération dans l’intérêt de tous, pour parvenir rapidement à une balance raisonnable entre les impératifs sanitaires et ceux du redémarrage de l’économie, en attendant les médicaments et les vaccins.

                                                                                 

Un petit choix de livres

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C’est le livre qui correspond le plus à la tribune ci-dessus. A commander en librairie, il existe aussi des vidéos de l’auteur sur le site de l’IFRI, sur ce sujet.

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Pas facile à lire et pourtant il en vaut la peine. Il décrit la manière dont les humains peuvent s’organiser s’ils ont un projet en tête. Pas grand-chose à voir avec la politique, pourtant «c’est cela qui construit l’histoire». Montbrial y définit les principes fondateurs de l’action. Discipline enseignée nulle part.

 

 

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