×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Economie

Aéronautique: La filière prise en embuscade

Par Amin RBOUB | Edition N°:5761 Le 14/05/2020 | Partager
Comment sauver les écosystèmes marocains
Accélération de la technologie, relocalisations, consolidations, nationalisation... Les défis
Une analyse d’experts du Policy Center

C’est le revers de la médaille dans le secteur industriel aéronautique. La crise Covid a enclenché une forte tornade qui traverse ce secteur à l’échelle mondiale. Constructeurs, équipementiers, sous-traitants de toutes tailles… sont tous touchés de plein fouet.

Plusieurs avionneurs de renom comme Boeing, Airbus, Bombardier, Embraer traversent de sérieuses difficultés. Les majors réduisent la voilure, renoncent à des projets et investissements, voire demandent des aides à leurs Etats respectifs. D’ailleurs, Boeing demande un appui de 60 milliards de dollars au gouvernement américain.

Plus encore, le constructeur renonce au rachat du brésilien Embraer. Dans ce contexte mondial morose, la filière marocaine de l’aéronautique se trouve fortement exposée. Une activité qui a, rappelons-le, pris une dimension stratégique dans le tissu industriel et le développement des métiers mondiaux les 15 dernières années. Il faut dire que ce secteur est beaucoup  plus exposé que le reste des activités économiques et industrielles. Le Maroc fait partie de la chaîne de valeur mondiale de ce secteur appelé à des ruptures et des transformations structurelles à tous les niveaux.

lindustrie-aeronautique-061.jpg

L’activité a pris une dimension stratégique dans le tissu industriel et le développement des métiers mondiaux les 15 dernières années. Aujourd’hui, le secteur est beaucoup plus exposé que le reste des activités économiques et industrielles

Pour apporter un éclairage et une analyse sur les défis de ce secteur, Policy Center for the New South a tenu un panel avec deux experts, senior fellow et le directeur d’un think tank brésilien.  L’enjeu étant de débattre des scénarios de sortie de crise mais aussi des  modalités de redéploiement stratégique des constructeurs, équipementiers, sous-traitants…

Il faut dire que le coronavirus a créé une crise sans précédent dans l’aéronautique. Tout a commencé par l’arrêt du transport aérien, la fermeture des frontières, le confinement des clients… Du coup, les compagnies se sont retrouvées avec des flottes intégralement clouées au sol, des problèmes de trésorerie… Ce qui s’est traduit par l’abandon de programmes d’acquisition de nouveaux appareils.

Face à cette impasse, les avionneurs étaient contraints de réduire la voilure, voire arrêter la production des commandes. S’y ajoutent de nouvelles mesures contraignantes dans l’aviation civile (liées au changement climatique, pollution, des avions plus performants, économiques, moins polluants et moins coûteux…) Ce sont là autant de changements majeurs qui interviennent dans le process de production avec des caractéristiques nouvelles dans les composants et matériaux.

La tendance est à la conception d’une nouvelle génération d’appareils. «Or, tous  ces changements vont avoir des répercussions directes sur les chaînes de valeur mondiales avec des transformations structurelles, l’accélération technologique, la digitalisation tous azimuts des process», analyse Larbi Jaïdi, expert et senior fellow du Policy Center. Moralité: le Maroc doit s’atteler à la transformation de sa filière par la maîtrise des technologies et le digital.

«Les écosystèmes marocains sont appelés à s’adapter à la nouvelle donne avec un changement total des process de l’appareil productif», déduit l’expert. Selon Jaïdi, «il  faudra que le système marocain prouve sa capacité de rentrer dans cette course au changement et à la numérisation des process de production afin de devenir un acteur incontournable». 

D’autant plus que la filière marocaine est appelée à monter en gamme et apporter plus de valeur ajoutée dans la chaîne. Aujourd’hui, «le coronavirus accélère ces mutations dans l’industrie aéronautique», tient à préciser Larbi Jaïdi. La  crise actuelle est différente tant par son ampleur que par son intensité. Elle se traduira par un choc de la demande dans les 2  à 3 années à venir, tellement l’écosystème aéronautique est secoué, prévoit Alfredo Valladao, expert dans l’aéronautique, qui parle plutôt d’une reprise différée sur 2 à  3 ans.

Pour le cas de la filière marocaine, il y a de grands acquis qui sont perturbés  avec des conséquences lourdes sur les emplois, les marchés, les commandes, le chiffre d’affaires… La crise Covid est venue stopper la croissance. Pour rappel, le secteur marocain de l’aéronautique a évolué avec une croissance à deux chiffres  durant les 10  dernières années. Cette crise sera plus difficile à gérer par l’industrie car elle est liée à la mobilité, au transport aérien et au tourisme, résume Valladao.

La filière emploie quelque 20.000 salariés auprès de 150 entreprises, essentiellement des équipementiers et des acteurs étrangers ainsi  que des PME marocaines pour un chiffre d’affaires global de quelque 18 milliards de DH. Le  taux d’intégration locale est autour de 34%.  La filière a développé un positionnement diversifié dans la chaîne de valeur (équipements, composants, maintenance…)

Aujourd’hui, au Maroc, tous ces acquis sont menacés dans un secteur jeune qui subit son premier choc psychologique (arrêt de travail, ralentissement de l’activité, baisse des commandes…) Evidemment, «cela désarçonne les acteurs de l’écosystème», souligne Alfredo Valladao.

La capacité de résistance dépendra plus de la stratégie qui sera adoptée par les avionneurs, les maisons mères plutôt que par les acteurs de la sous-traitance au Maroc et qui n’ont aucune marge de manœuvre ni autonomie de réaction, poursuit l’expert. Le salut viendra donc  de la capacité des avionneurs à rebondir avec des aides de leurs Etats ou encore la commande militaire. Pour les experts, Airbus a plus de chance de s’en sortir que Boeing.

En tout cas, la sortie de crise dépendra de la capacité financière des avionneurs et de leur aptitude à redéfinir la stratégie vis-à-vis des équipementiers.

Pour la filière marocaine, elle est appelée à faire preuve d’anticipation en implémentant des leviers de nouvelle génération, basés sur l’inventivité, la réactivité, la recherche de nouveaux positionnements, voire la quête de nouveaux segments porteurs de forte valeur. «Cette crise va profondément changer le système de production et de conception des avions», tient à préciser Alfredo Valladao.

C’est un véritable challenge non seulement pour les sous-traitants et les équipementiers mais aussi pour les pouvoirs publics qui doivent s’adapter au changement. Les enjeux sont multiples: accélération, numérisation générale des process, produits… Ce qui requiert une refonte des logiciels et du Mindset avec de nouveaux types de formations et une nouvelle façon de concevoir la politique industrielle avec une forte dose d’agilité et de réactivité.

«Le défi est de faire évoluer la chaîne linéaire de l’écosystème en analysant et apportant des solutions à des problèmes techniques complexes de grands groupes… Le challenge étant de maintenir ses donneurs d’ordre», résume Valladao.

Au Maroc, la solution réside d’abord dans la maîtrise de la technologie afin de garantir des écosystèmes et des filières en perpétuelles mutations. «Il faut que tout change pour que rien ne change», schématise Larbi Jaïdi. Autrement dit, s’adapter en permanence aux nouvelles tendances. Sinon, les acquis récents du Maroc seront vite dépassés.

Nouvel environnement incertain

«Nous sommes face à une situation de mutations profondes dans les process de fabrication et de conception des modèles d’avions… Les donneurs d’ordre n’ont d’autres choix que de revoir leurs stratégies avec une propension à la relocalisation et à la réduction du tissu des équipementiers. Deux mouvements majeurs vont redéfinir la carte industrielle de l’aéronautique dans le monde», soutient l’expert Valladao. Certes, le Maroc n’a pas la capacité financière d’un acteur majeur dans la redéfinition de la stratégie, néanmoins il est appelé à anticiper et capter ces mutations en s’adaptant en permanence aux nouveaux enjeux, à l’accélération, la transformation, la R&D…

 Risques de relocalisations en masse

«Cette crise va profondément changer le système de production et de conception des avions», soutient Alfredo Valladao.  Ce qui devrait se traduire par des risques multiples de faillites, de disparitions de maillons de filières ou encore des regroupements, des consolidations…  Dans le contexte post-Covid, les experts du Policy Center redoutent un redéploiement marqué par un retour à la nationalisation et à la relocalisation en masse. Ce qui annonce des changements dans les modalités des contrats entre avionneurs équipementiers et sous-traitants. «La tendance sera aussi à la consolidation et au regroupement des équipementiers, voire la redistribution des cartes», s’accordent à dire les experts. Mais quel sera l’impact de ces consolidations sur un écosystème comme celui du Maroc? La question reste posée...

Amin RBOUB

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    abonnement@leconomiste.com
    mareaction@leconomiste.com
    redaction@leconomiste.com
    publicite@leconomiste.com
    communication@leconomiste.com

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc