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Economie

«La tentation du repli sur soi sera irrésistible après la fin de la crise»

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5734 Le 06/04/2020 | Partager
La capacité de réaction des Etats mise à rude épreuve
Les défis du 21e siècle ne peuvent être surmontés que collectivement
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«Il faudra du temps pour que s’impose à l’évidence que les défis du 21e siècle ne peuvent être surmontés que collectivement comme c’est le cas pour la lutte contre le terrorisme», estime Mohammed Loulichki, Senior Fellow au Policy Center for the New South (Ph: United Nations Photo)

La crise sanitaire remet au grand jour la nécessité de créer un dispositif mondial de riposte collective, organisé et contraignant en matière de santé globale. Le défi est d’intervenir dans les cas de crises sanitaires mondiales, particulièrement en faveur des pays fragiles ou en proie à des conflits. Mohammed Loulichki, Senior Fellow au Policy Center for the New South, qui vient de publier son analyse «Le Covid-19, une menace à la paix et à la sécurité internationales?», revient dans cet entretien sur les enjeux et les leçons à retenir.

- L’Economiste: A travers votre analyse, il fallait (ou il faut) réserver à la crise du coronavirus le même traitement attribué à une menace à la paix et la sécurité internationales? Quels sont vos arguments?
- Mohammed Loulichki:
Voyons tout d’abord les faits. Nous sommes en présence d’une pandémie dont nous ignorons l’origine, la durée, le coût humain, économique et social, une pandémie pour laquelle les projections sont ahurissantes. Nous sommes devant un ennemi qui menace des millions de vies dans toutes les régions du monde et qui est susceptible de provoquer une véritable catastrophe planétaire. Nous nous trouvons face à un virus malin qui menace le genre humain et qui met à l’épreuve la capacité de réaction des Etats devant une catastrophe dont l’origine est non encore identifiée. Lorsqu’on voit  les difficultés rencontrées  par les pays nantis, y compris les plus puissants parmi eux, pour faire face à ce fléau et se doter des moyens les plus rudimentaires pour le contenir, on peut aisément imaginer les conséquences immédiates et à long terme d’une telle pandémie sur les pays africains en crise ou en conflit et particulièrement sur les personnes déplacées et les réfugiés en Afrique. Une telle situation pourrait conduire à une déstabilisation du pays concerné et avoir des répercussions sur les Etats voisins.
On ne peut pas ne pas être frappé par l’absence de coordination et de concertation internationales aux niveaux politique, scientifique et diplomatique pour fédérer les efforts et mobiliser les intelligences pour contrecarrer cette pandémie et dégager une stratégie commune pour vaincre cet ennemi invisible.
Bien sûr l’OMS a fait son travail en tant qu’Agence spécialisée dans le domaine sanitaire conformément à son mandat, bien sûr le Secrétaire général de l’Onu a alerté les Etats membres sur la nécessité de combattre le nouveau virus allant même jusqu’à utiliser le terme de guerre, repris plus tard par plusieurs Chefs d’Etat. Le Conseil ne s’est pas encore prononcé. A mon sens, l’organe exécutif onusien aurait pu lui aussi mettre son poids politique derrière cette «guerre». N’oublions pas que cet organe s’occupe de la paix et de la sécurité internationales dans sa double dimension de gestion et de prévention. Il lui est par conséquent loisible de suivre les précédents du VIH-SIDA et Ebola qu’il avait libellé comme une menace à la paix et à la sécurité internationales. D’ailleurs, la Tunisie a déposé jeudi 2 avril un projet de résolution allant dans ce sens. Le fait que l’assemblée générale ait adoptée jeudi dernier une résolution par consensus est indicatif des résistances et des controverses au sein du conseil qui l’empêche de se prononcer sur cette qualification.

- Que reprochez-vous aux différents plans de relance adoptés par les gouvernements pour faire face à cette crise sanitaire et économique mondiale?
- Je n’ai ni l’expertise ni le recul nécessaire, encore moins l’autorité pour me prononcer sur les attitudes et les actions. Je me limite, en tant que simple citoyen, à observer et à essayer de comprendre. Tout d’abord, la crise a fait prendre conscience à tous les Etats de leurs atouts et leurs faiblesses dans le domaine de la gestion de crises atypiques et des lacunes de leurs systèmes sanitaire et de couverture médicale. Elle a aussi démontré aux mondialo-sceptiques à tel point le monde est interdépendant et interconnecté «pour le meilleur et pour le pire». Ce qui me paraît primordial ce sont les dimensions  humaines et sociales de cette pandémie qui méritent toute notre attention. Sauver les vies humaines, assister les couches les plus vulnérables, renforcer les infrastructures hospitalières et y mettre les moyens suffisants sont des tâches immédiates auxquelles les gouvernements se sont heureusement attelés. Pour ce qui est des plans de relance, je laisse le soin aux économistes de les imaginer et d’établir des scénarios pour sa mise en œuvre. Ceci bien sûr suppose l’établissement d’un bilan des conséquences multidimensionnelles de cette crise. Or jusqu’à présent à chaque fois que des chiffres sont annoncés, ils se trouvent vite dépassés ou remis en cause dès le lendemain.

- Comment évaluez-vous les conséquences de cette pandémie au niveau national et international?
- Aux niveaux national et international l’arrêt du transport aérien, la perturbation du transport terrestre et maritime, la diminution drastique des touristes, le recul des exportations ont eu des conséquences, à des degrés divers, sur les économies de l’ensemble des pays affectés par la pandémie.
La tentation du repli sur soi sera irrésistible après la fin de la crise de la part d’un grand nombre de pays et l’action multilatéraliste s’en ressentira. Il faudra du temps pour que s’impose à l’évidence que les défis du 21e siècle ne peuvent être surmontées que collectivement comme c’est le cas pour la lutte contre le terrorisme. Il appartiendra aux pays du Sud et à ceux attachés aux vertus de l’action collective d’œuvrer à une véritable renaissance de l’esprit de dialogue, de la solidarité et de la justice qui forment le socle du multilatéralisme.
Mais, s’il est des leçons à tirer de cette crise, ce sera la centralité de la santé en tant que service public national et bien public global et la nécessité d’y investir en termes de formation, de recherche et d’infrastructure. Durant cette épreuve, le personnel médical et paramédical a démontré un sens élevé du devoir et un esprit d’abnégation qui forcent l’admiration et méritent  reconnaissance et gratitude.

- A cause ou grâce à cette pandémie, nous assistons à un rétablissement de l’État providence. Comment expliquez-vous cela?
- Il est généralement admis qu’en temps de crises et en face des menaces, le citoyen se tourne intuitivement vers l’Autorité que représente l’Etat, dépositaire des attributs de souveraineté, pourvoyeur des services publics de base et protecteur de l’ordre public et des droits individuels et collectifs de ses citoyens.
La souveraineté étant également synonyme de responsabilités, le citoyen attend tout d’abord d’être protégé dans sa personne, sa famille et ses biens. La suspension des activités industrielles, commerciales et services, consécutive au confinement décrété, met à la charge de l’Etat l’obligation de garantir un Revenu minimum et d’assurer la continuité des services publics. Lorsque l’Etat va jusqu’à payer les salaires des entreprises en difficulté, y compris aux Etats-Unis, temple du libéralisme économique,  c’est le retour de l’Etat providence qu’on croyait révolu.

Parcours

Mohammed Loulichki est Senior Fellow au Policy Center for the New South. Il a une expérience de plus de 40 années dans la diplomatie et les affaires juridiques. Il a occupé le poste de directeur des Affaires Juridiques et des Traités au ministère des Affaires Etrangères du Maroc. Il a été ambassadeur du Maroc en Hongrie, Bosnie-Herzégovine et Croatie (1995-1999), ambassadeur coordinateur avec la Minurso (1999- 2001), ambassadeur du Maroc aux Nations-unies à Genève (2006-2008) puis à New York (2001-2003 et 2008-2014). Il a également présidé le Conseil de Sécurité (décembre 2012). Par ailleurs, l’ambassadeur Loulichki a assuré la présidence du Groupe de Travail sur les Opérations du maintien de la Paix du Conseil de Sécurité (2012) et celle du Comité contre le Terrorisme du Conseil de Sécurité (2013). Il a été également vice-président du Conseil des Droits de l’Homme (2006-2007) et président du Comité National de suivi sur les questions nucléaires (2003-2006).

Les défis pour l’Afrique

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Les pays africains luttent pour sortir du conflit ou consolider la paix retrouvée, réussir leur réconciliation nationale et construire leur économie. Une crise de cette nature  risque de compromettre ces efforts et ruiner toute perspective de stabilité nationale et régionale. Le salut des pays africains réside dans une action coordonnée au niveau sous-régional, à l’instar de ce qui a été fait par la Cedeao dont l’Organisation ouest africaine chargée de la santé a créé un Comité chargé de suivre l’évolution de la pandémie et de faire des recommandations à ses Etats membres.
Pour lutter contre cette crise, gagner le défi du développement et se faire une place sur l’échiquier international, l’Afrique a besoin de se construire régionalement, d’éliminer les foyers de tension et de consolider l’état de droit et la stabilité régionale.

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

                                                                                   

Un avant et un après-Covid-19, quelles leçons à retenir?

Tout le monde s’accorde à dire que l’après sera différent de l’avant Covid 19. En bien ou en moins bien? Difficile à prédire. Mais d’ores et déjà il est possible de recenser quelques aspects positifs et d’autres plutôt négatifs.

■ Du négatif:
- Si les pays industrialisés ont les moyens d’absorber le choc de l’après-crise, le coût économique et social pour les pays du Sud sera par contre lourd.
- La crise a montré le degré d’impréparation du système sanitaire de la plupart des Etats, la lenteur de leur réactivité à la crise et le manque d’anticipation de son ampleur
- Le recours excessif aux réseaux sociaux comme source d’information et de représentation fausse la perception des réalités et alimente les spéculations
- Les limitations apportées aux libertés de sortir, de voyager, de travailler
- L’épidémie n’a pas seulement marqué les corps, elle a aussi marqué les esprits.

■ Du positif quand même:
- La réduction significative de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre, a été attestée depuis le début de la crise et l’arrêt de plusieurs activités émettrices de ces gaz
- La baisse du prix du pétrole a été bénéfique pour les pays importateurs comme le Maroc et en définitive  pour les consommateurs
- L’esprit de solidarité, de compassion et d’altruisme qui a caractérisé le comportement des citoyens et réveille le meilleur en eux
- Durant cette crise un élan sans précédent a été donné à la vulgarisation des nouvelles technologies de communication et d’apprentissage. Le e-learning et le e-commerce sont devenus des concepts d’usage et de pratique quotidienne même dans les régions les plus éloignées d’Afrique
- L’expérience de Covid-19 a sensibilisé le public au rôle précieux joué par les instituteurs, les médecins, le policier, le gendarme, le Mkaddem, l’infirmier, le chauffeur d’ambulance, les caissières de supermarché
- Enfin, cette épreuve nous a enseigné que c’est à travers notre humanité et notre humilité que nous réaliserons notre immunité contre les crises et les catastrophes.

 

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