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    Le business insoupçonné de la truffe noire

    Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5634 Le 14/11/2019 | Partager
    Plus de 25 hectares de chêne vert exploités
    Un projet écotouristique dans la région d’Imouzzer
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    Récolte de safran à Imouzzer Kandar. Le semis se fait en septembre, la floraison de fin-octobre à mi-novembre. Dans ses exploitations d’Imouzzer Kandar et Debdou dans l’Oriental, Dr Abdelaziz Laqbaqbi exploite 1,5 hectare de safran et 25 hectares de chêne vert truffier (Ph. Bziouat)

    Développer un musée de la truffe et du champignon à Imouzzer Kandar (34 km de Fès). Telle est l’ambition de Abdelaziz Laqbaqbi, chirurgien orthopédiste. Pour la petite histoire, Laqbaqbi s’est fait connaître, en 2006, comme celui qui a réussi l’exploit de faire pousser la variété du Périgord du «tuber melanosporum» là où personne n’en attendait, dans le domaine de Tifzouine à Debdou dans l’Oriental (sa région natale).

    Une première au Maroc et en Afrique, faisant du pays l’un des membres du club fermé des producteurs de truffe noire, composé de la France, l’Italie et l’Espagne. Le projet a fait de lui le lauréat du meilleur prix nature et découverte 2006 au Salon de l’agriculture de Meknès.

    «Le musée de la truffe sera déployé dans le cadre d’un projet de développement d’écotourisme dans la région d’Imouzzer, qui n’accueille pas beaucoup de touristes l’hiver. Nous voulons faire de la truffe une raison de visiter la région à travers des safaris…», fait valoir Laqbaqbi, qui n’est pas à son coup d’essai. Il a déjà ouvert un musée du safran dans la région de Marrakech-Safi (La Safranière de l'Ourika) pour faire connaître davantage ce produit, ses vertus et qualités.

    La truffe arrive à maturité début décembre et est récoltée de décembre à mars. Autant en profiter pour faire de l'écotourisme, un secteur aux débouchés infinis, mais insuffisamment exploité. Produit d’une affinité particulière entre un champignon, un sol et un arbre, la truffe noire, «tuber melanosporum», recherchée pour ses qualités odoriférantes, est le fruit d’un mycélium, forme filamenteuse d’un champignon qui se développe sous terre et vit en association avec les racines de certains arbres.

    Cette variété n’existant pas à l’état naturel au Maroc, la culture de la variété du Périgord se base sur des techniques scientifiques. Il faut des chênes mycorhizés et certifiés, c’est-à-dire des plants de chêne vert sur lesquels les spores (les semences de truffe) sont fixées à la racine.

    Dans les années 70, des biologistes de l’Institut français de la recherche agronomique (INRA) mettent au point le «plant mycorhizé»: un jeune plant d’arbres dont les racines ont été mises en contact avec du mycélium de truffe noire. C’est l’innovation qui révolutionne la culture de la truffe.

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    Laqbaqbi en train de déterrer des truffes matures du Périgord détectées par ses chiens truffiers (Ph. Bziouat).

    Toutefois, la trufficulture nécessite une parfaite connaissance du terrain, qui doit être analysé pour s’assurer qu’il est propice. Avec une forêt de plus de 5 millions d’hectares, le chêne vert existe à l’état sauvage au Maroc. Le gisement d’extension de cette culture est donc important.

    Par contre, la mycorhization est plus technique, en plus de durer 2 ans. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Abdelaziz Laqbaqbi n’arrive pas à mobiliser beaucoup d’agriculteurs pour étendre et vulgariser cette culture. La truffe noire du Périgord est un champignon à forte valeur ajoutée vendu à environ 900 euros le kilogramme. C’est un produit très prisé au Maroc comme à l’export.

    La production locale est relativement faible (environ 40 kilogrammes/an), mais «elle a réussi à étouffer les produits importés, qui étaient vendus le double du prix», explique Laqbaqbi. Pour l’heure, 100% de la production est écoulée au Maroc, auprès des restaurants de luxe, hôtels, particuliers… Le processus de culture commence dans son laboratoire, avec le gland du chêne.

    Au stade d’arbuste, il est mis dans une solution, pendant 6 mois à 1 an. Le contrôle de la fixation des spores (semences) aux racines du chêne se fait au microscope. Laqbaqbi est seul à le faire au Maroc. En France, ce contrôle est réalisé par plusieurs organismes, dont l’INRA. Ce n’est qu’après que survient la mise en terre. Avec la technique qu’il utilise, il faut attendre 4 ans pendant lesquels il bichonne les arbres, travaille le sol avant de récolter les premières truffes.

    La récolte est faite avec des chiens truffiers, dressés pour flairer le champignon mûr. «En France, l’attente se fait sur 10 ans», explique Abdelaziz Laqbaqbi. Le trufficulteur accompagne quelques agriculteurs, à qui il fournit des plants mycorhizés par ses soins.

    Avec l’interdiction d’importation des plants de chêne vert originaires de France, son expertise devient plus qu’indispensable. En effet, des réservoirs de bactérie nocifs à l’olivier ont été détectés sur des chênes verts importés. Le trufficulteur, qui compte se positionner sur cette nouvelle niche, prévoit de produire en masse des plants mycorhizés.

    M.Ko.

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