×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Société

    100 ans d’aviation au Maroc: Avec Saint-Exupéry sur la route du Grand Sud

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5602 Le 27/09/2019 | Partager
    Tarfaya-Cap Juby, la cité oubliée du «Petit prince»
    A la recherche d’une connexion et d’une prise électrique!
    piste_datterrissage_de_cap_juby_tarfaya_002.jpg

    La piste d'atterrissage de Cap Juby (Tarfaya) est mythique pour les aviateurs et l'étape la plus emblématique de l'Aéropostale. Saint-Exupéry était chef d'escale à Cap Juby dans les années 1930 (Ph. Marc Winkel)

    Notre équipage est le dernier à atterrir sur la piste mythique de Cap Juby. A l’instar des autres participants au Rallye Toulouse-Saint Louis du Sénégal qui se tient jusqu’au 4 octobre, il a fallu contourner Guelmim.

    Le contournement de la «Porte du désert» est obligatoire. L’armée marocaine y procède à des exercices de tir. Le directeur technique du raid, Daniel Vacher, invite les pilotes lors du débriefing «à garder contact permanent avec les contrôleurs aériens pour savoir si cette zone militaire est active ou pas». Elle l’était en ce 24 septembre qui marque notre départ vers la destination la plus emblématique du rallye.  

    Nous nous envolons d’Agadir à 16h30 mn pour rejoindre Tarfaya au Cap Juby. La cité fait toujours rêver les aviateurs du monde entier. L’esprit des pionniers, Jean Mermoz, Guillaumet, Saint-Exupéry, Reine… y plane toujours.  
    Michel Molina est un passionné. Cet enseignant fraîchement retraité a 15 ans d’aviation. «Je suis en train de réaliser un rêve d’enfant en volant de Toulouse à Saint-Louis. Avec Tarfaya, j’ai l’impression que ce voyage a atteint son point d’orgue», confie ce membre de l’aéroclub du Giennois.

    Avec sa copilote, Annie Brun, ils forment l’équipage «Les Sirlis du Désert» depuis dix ans déjà. Les deux coéquipiers vont poursuivre leurs périple jusqu’au Sénégal avec une escale à Dakhla puis Nouadhibou en Mauritanie.

    L’atterrissage sur la piste sablonneuse et caillouteuse de Cap Juby marque les esprits. Un siècle plus tôt, les aviateurs de l’Aéropostale atterrissaient au même endroit au péril de leur vie. L’Economiste n’aura pas le temps de savourer ce moment historique.

    La nuit se pointe déjà et le temps presse. Chaque rendez-vous avec nos lecteurs est sacré. Votre serviteur se devait de dénicher rapidement une connexion internet fiable et une chambre avec prise électrique pour la nuit. Les pilotes du rallye, eux, dorment sous de grandes khaïmas noires aux environs de Tarfaya. Manière de se projeter, le temps d’une nuit, dans la vie d’antan des hommes bleus.

    Ce grand épisode de l’histoire de l’aviation inspire à Françoise-Dominique Bastide un projet: «Faire glisser Tarfaya dans l’escarcelle du tourisme de mémoire». Née au Maroc, cette passionnée vit à Dakhla et est une spécialiste renommée de la vie de Saint-Exupéry et de son œuvre.

    Jean-Jacques Galy, président de l’association Air Aventures, revient sur l’exemple toulousain: «L’Envol des pionniers» a été inauguré en décembre 2018. Ce lieu de mémoire de la Ligne (Latécoère) a été créé sur le site historique de Montaudran.

    Une épopée franco-marocaine de l’aviation qu’il va falloir défricher en profondeur et valoriser. L’ancien Empire chérifien a des atouts historiques indéniables. Il fut la terre des premiers périples aériens et compte des sites de mémoire d’anthologie.

    Conscient de ces enjeux, L’Economiste se devait d’être au rendez-vous de ces 100 ans d’aviation marocaine. Arrivés à Cap Juby, nous prenons avec notre compagnon, le commandant de bord Didier Cornut, la direction d’Akhfenir (voir entretien).

    Cet ancien village de pêcheurs se situe à plus de 100 km de Tarfaya. A la tombée de la nuit, et après trois heures de vol entre Agadir et Tarfaya, nous voilà dans un taxi de brousse pour nous frayer un chemin dans le Grand Sud. Notre transporteur, natif de Laâyoune, est âgé de 42 ans. Il est seul à subvenir aux besoins des sept membres de sa famille. Au nom du principe d’économie solidaire, nous ne négocions pas les 1.200 DH payés pour l’aller-retour entre Tarafaya et Akhfenir.

    Un ami de notre pilote, Claude Italiano, nous attend pour dîner dans son auberge en bord de mer. Ce passionné de pêche est né à Oued Zem en 1947.  L’hôtelier s’est installé il y a 15 ans dans les provinces du Sud, à proximité du parc naturel de Khenifiss. «Ce fut un moment marquant de ma vie lorsque le gouverneur m’a convié, à ma grande surprise, à lever le drapeau marocain durant une inauguration», confie l’homme au look de baroudeur. Malgré l’heure tardive, notre parcours est loin d’être terminé. Notre hôte est au complet, mais a pris le soin de me réserver une chambre chez l’un de ses confrères. Internet et électricité étant garantis au Sahara Beach.

    Au Grand Sud, la lutte est permanente contre l’ensablement. Tarfaya, qui tire son nom d’une plante endémique, le Tarfa, résiste tant qu’elle peut aux forces de la nature. La route reliant Laâyoune, Tarfaya et Tan-Tan a été coupée plusieurs jours pendant la période de l’Aid El Kebir, témoigne notre transporteur. Le trafic d’aliments subventionnés, comme la farine, y fait florès. De vieux 4x4 font des convois nocturnes sur cette route dangereuse.

    «Tarfaya est à l’intersection de deux fleuves de sable, des courants aériens ramènent en permanence des milliards de particules. La cité est au centre de ce tourbillon sablonneux», explique Françoise-Dominique Bastide, propriétaire d’une maison près de la piste mythique. L'ensablement ne décourage pas pour autant les travaux en cours de la voie express qui reliera bientôt le nord au sud du Maroc.

    Quel serait le sentiment de Saint-Exupéry en découvrant cette nouvelle voie terrestre? L’auteur du «Petit prince» est venu panser ses blessures à Tarfaya. Nous sommes dans les années 1920 lorsque Louise de Vilmorin rompt leurs fiançailles.

    Meurtri, l’écrivain-aviateur s’éloigne de celle à qui il continuera d’envoyer des lettres d’amour pendant dix ans après leur rupture. Il devient chef d’escale à Tarfaya au Cap Juby. Les 18 mois passés comme chef d'escale seront capitaux pour sa vie et surtout son œuvre. Le désert est le cimetière de nos amours éternelles.

    Faiçal FAQUIHI    

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    1. CONTACT

      +212 522 95 36 00
      abonnement@leconomiste.com
      mareaction@leconomiste.com
      redaction@leconomiste.com
      publicite@leconomiste.com
      communication@leconomiste.com

      70, Bd Al Massira Khadra
      Casablanca, Maroc

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc