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    Economie

    Modèle de développement: Le CESE présente sa copie

    Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5595 Le 18/09/2019 | Partager
    Un choc entrepreneurial pour créer 50.000 TPE et 30.000 PME
    Remplacer les autorisations par des cahiers des charges
    Le rapport du Conseil sera remis à la Commission spéciale dès son installation
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    Ahmed Reda Chami, président du Conseil économique, social et environnemental: «Il faut cesser de parler d’augmentation de salaire et privilégier la notion d’amélioration du pouvoir d’achat» (Ph. Fadoua Alnasser)

    L’intervention d’Ahmed Reda Chami à la 2e Université d’été de la CGEM (Cf. L’Economiste n° 5593 du 16/09/2019) a marqué les esprits. Pour y avoir réfléchi avec un groupe d’une soixantaine d’experts, représentant notamment les hommes d’affaires, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a déjà sa petite idée sur le nouveau modèle de développement. Le rapport est prêt et sera remis à la Commission spéciale dès son installation, révèle le président du CESE.

    Après avoir procédé au diagnostic de la situation, le Conseil recommande un scénario autour de neuf choix, regroupés en 4 grandes catégories. «L’un de ces choix consiste à libérer les énergies» en renforçant les capacités de l’individu. Il faut enlever tous ces carcans sociaux et économiques que nous avons construits avec le temps.

    Dans cette catégorie, figurent le système éducatif, des services publics performants, un environnement garantissant une concurrence saine, la fin des avantages et de la rente, la réduction de l’informel, la transformation structurelle de l’économie… L’entrepreneuriat et l’innovation sont au centre du modèle de développement que nous proposons», a déclaré Ahmed Reda Chami à l’adresse de plusieurs membres du gouvernement, dont Saâdeddine El Othmani.

    Le Conseil propose également d’inclure toutes ces populations discriminées, notamment les personnes démunies, les femmes et les ruraux. Le nouveau modèle de développement économique doit également s’appuyer sur la solidarité intergénérationnelle à travers la protection sociale, la préservation du capital naturel. Le challenge porte également sur la qualité de l’exécution et de la gouvernance des plans sectoriels qui laisse parfois à désirer.

    Le Conseil va plus loin que la CGEM. «Au sein du Conseil, nous avons la chance de pouvoir parler extrêmement librement et nous n’avons pas la contrainte de l’exécution», déclare Chami. Ainsi, sur le plan des procédures, le Conseil propose qu’il n’y ait plus, au bout de trois ans, aucune interaction entre le citoyen et l’administration. Il faut recenser toutes les autorisations en vigueur et se fixer pour objectif d’en supprimer 90% et les remplacer par un cahier des charges. Le principe a déjà été initié avec l’exploitation des carrières, le transport scolaire, touristique… La Géorgie a pris ce pari de supprimer 65% des autorisations en 2015. Le chantier est maintenant achevé.

    Le Conseil propose également d’enclencher un «choc entrepreneurial». L’idée est de mobiliser les aides pour créer 50.000 TPE et 30.000 PME.

    Pour élaborer sa proposition, le CESE est parti d’un constat: «Le Maroc a des acquis et a réalisé beaucoup de choses au cours de ces 20 dernières années. A partir de ces deux points de force, nous nous sommes dit: il faut construire un modèle de développement économique qui assure une croissance dynamique, forte, inclusive et durable, qui garantit l’égalité des chances et favorise l’épanouissement de l’individu».

    Ceci pour les choses qui plaisent, parce que l’ancien ministre USFP et ex-ambassadeur du Maroc à l’UE revendique sa liberté de parole: «La question maintenant est de voir si le Maroc a la capacité de réaliser cette ambition. La réponse est malheureusement non». Et les motifs sont nombreux, constate-t-il.

    Les taux de croissance réalisés bon an mal an autour de 3,5% au cours de la période 2012-2018 sont-ils suffisants pour parler de prospérité? La réponse est là encore négative. Entre 2007-2011, période où le président du CESE était ministre de l’Industrie, le Maroc atteignant environ 4,8%, avant de redescendre vers 3%. Ce qui est dramatique, c’est la qualité de la croissance. En effet, avec 1 point, le Maroc arrivait à créer 38.000 emplois. A présent, il s’en crée à peine 15.000 par point de croissance. Il faut donc en déduire que la croissance ne suffit pas par elle-même pour créer du travail pour les jeunes.

    Autre constat du Conseil, la femme qui manque de visibilité sur le marché de l’emploi. Son taux d’activité est d’à peine 22,3% (population féminine sur population en âge de travail de 15-64 ans) contre «26% il y a quelques années», signale Driss Guerraoui, président du Conseil de la concurrence et past-président du CESE.

    Au niveau de la redistribution des richesses, il faut rappeler que la déductibilité fiscale des frais de scolarité et de soins n’a toujours pas été retenue. Si les services publics étaient performants, ils auraient contribué à l’amélioration de leur pouvoir d’achat des citoyens et à leur épanouissement social. «C’est la double taxation parce que ce que les contribuables paient en impôt pour financer les services publics, ils le repaient pour les écoles et la santé privées», a signalé Chami.

    Dans le domaine de la richesse hydrique, les experts fixent le niveau de pénurie à 1.000 m3 par habitant/an. Le Maroc est déjà à 600 m3. Malgré cela, «on continue encore à planter du gazon irrigué avec de l’eau potable!».

    Sur le plan de la solidarité sociale, le gouvernement a développé de nombreux programmes sociaux tels que l’AMO, le Ramed pour les personnes démunies, l’aide aux veuves, aux mères abandonnées… Pourtant, des millions de personnes se retrouvent un jour sans retraite parce qu’elles n’ont pas eu la chance d’occuper un emploi rémunéré ni de souscrire un plan de retraite.

    Pour le moment, aucun programme social n’a été prévu pour cette population. «Heureusement qu’il y a encore la solidarité familiale». Mais jusqu’à quand?

    La moitié de la force de travail exclue

    Le taux d’emploi au Maroc est d’à peine 46%. «Ce n’est pas possible de développer un pays émergent avec ce taux d’activité. Le rural, n’en parlons pas!» prévient Ahmed Reda Chami, président du CESE. Cela revient à exclure la moitié de la force de travail de l’économie nationale. En matière d’égalité des chances, il faut rappeler que l’ascenseur social ne marche plus. Il n’y a qu’à voir la faillite du système scolaire. Le président du Conseil a rappelé que les cadres supérieurs dont les parents sont agriculteurs ne représentent que 3,2%, ceux dont les familles sont des ouvriers sont de 6,8%.

                                                                                             

    Ecole, santé, transport…, les faiblesses structurelles

    La situation économique et sociale dans le Royaume s’explique par l’existence de six faiblesses structurelles. En premier, la défaillance des services publics (école, santé, transport..). Le président du CESE précise que si ces derniers étaient satisfaisants, le citoyen n’irait pas réclamer à l’occasion de chaque dialogue social une hausse de salaire. En effet, l’amélioration de ces services contribuerait à l’amélioration de son pouvoir d’achat. «Il faut donc arrêter de parler d’augmentation de salaire». Le deuxième déficit concerne l’employabilité de la femme et des jeunes du monde rural.
    L’autre faiblesse identifiée par le Conseil consiste en les passe-droits. «Un pays qui n’assure pas une concurrence loyale dans tous les domaines ne peut pas se développer. Je pense que les agréments ont fait leur temps. Les privilèges doivent cesser», souligne Ahmed Reda Chami. Le climat des affaires et la gouvernance des politiques publiques font également partie des faiblesses structurelles. Là encore, le gouvernement devrait consentir d’importants efforts.

    Hassan EL ARIF

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