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    Reportage

    Le Japon affiche de nouvelles ambitions africaines

    Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5574 Le 15/08/2019 | Partager
    Pour la 7e édition de la Ticad, Tokyo voit très grand
    Le respect des codes culturels, une explication de l’avance du pays
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    La gare de Shinjuku à Tokyo, la plus grande gare ferroviaire du monde avec 4 millions de personnes qui y transitent par jour. Avec ses centaines de boutiques et restaurants, cette gare est une véritable ville dans la ville (Ph. A.S.)

    Le Japon est avant tout un pays industriel positionné sur des technologies à forte valeur ajoutée. De Tokyo à Shizuoka, la culture industrielle de ce pays est visible partout. Les groupes nippons fabriquent la machine-outil, l’équipement et le matériel qui font tourner les grandes entreprises dans le monde.

    A l’image du groupe Sumitomo Electric présent au Maroc à travers trois usines de câbles automobiles. Tout le plan d’accélération industrielle de Moulay Hafid Elalamy tiendrait dans son usine d’Osaka. Et il resterait de la capacité.

    Au ministère des Affaires étrangères à Tokyo (MOFA, Minister of  Foreign Affairs) situé dans le très chic quartier qui abrite les institutions officielles à Tokyo, ce n’est pas la canicule (il fait 34 degrés dans la journée en plus de l’humidité) en ce début du mois d’août qui préoccupe les responsables.

    A la tension qui monte avec la Corée du Sud, les équipes sont mobilisées à la préparation de la 7e Conférence internationale sur le développement de l’Afrique de Tokyo (Ticad) qui se tiendra du 28 au 30 août à Yokohama. C’est pour la troisième fois que la ville abritera cette conférence après les éditions de 2008 et 2013.

    Organisée conjointement avec les Nations unies, le Pnud, la Commission de l’Union africaine et la Banque mondiale, la Ticad est le symbole de nouvelles ambitions japonaises sur le continent africain. Plus de 4.500 participants sont attendus dont des chefs d’Etat et de gouvernements, ainsi que des représentants d’organisations internationales et régionales, du secteur privé, d’ONG et de la société civile.

    La Ticad se démarque de nombreux forums centrés sur l’Afrique initiés par plusieurs pays dont la Chine, l’Inde, etc. «Il ne s’agit pas d’un face à face entre le gouvernement japonais et les dirigeants africains, mais d’un lieu d’échange et de dialogue pour faire avancer l’investissement privé sur le continent et accélérer le développement humain», précise Kaname Araki, directeur de la division Afrique au ministère des Affaires étrangères.

    Tokyo est convaincue que la seule manière de sortir l’Afrique de sa dépendance de matières premières, c’est de créer les conditions pour attirer l’investissement privé. L’aide publique au développement a montré ses limites. Le Japon dispose de l’expertise et de la technologie pour aider le continent à se développer. Il reste à convaincre ses groupes de miser à nouveau sur le continent, eux qui se plaignent de l’environnement des affaires et de manque de ressources humaines. Le Maroc est le deuxième pays de présence des sociétés japonaises (voir cartographie) sur le continent derrière l’Afrique du Sud.

    Les ateliers et les rencontres à la Ticad mettent en avant les entreprises privées et la société civile. Tous les grands pays et partenaires intéressés par le continent africain y sont conviés dont la Chine, insiste le responsable. Manière de relever que le Japon, lui, n’est pas invité dans les sommets sino-africains.

    Kaname Araki insiste sur le caractère transparent du forum. Mieux, les appels d’offres lancés par la puissante agence de la coopération japonaise (Jica), qui a un bureau au Maroc, sont ouverts aux entreprises de tous les pays. Et il arrive que certains marchés soient remportés par des groupes chinois. L’inverse n’est pas vrai, fait-on remarquer au ministère des Affaires étrangères à Tokyo.

    Pas question cette fois-ci de risquer un nouvel incident lié à la présence du Polisario. Malgré les insistances de la Commission de l’Union africaine, Tokyo n’enverra pas d’invitation au Polisario. Le directeur de la Division Afrique au ministère des Affaires étrangères est catégorique: «Le gouvernement japonais n’invitera pas le Polisario à la Ticad 7». Les choses sont claires.

    Le Japon c’est le Royaume du train. La population y entretient un rapport presque fusionnel avec ce moyen de transport, de loin le plus utilisé dans l’archipel, sauf  lorsqu’il s’agit de longues distances de plus de 4 heures de rail. Pour rallier Tokyo à Hiroshima par exemple.

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    La première ligne de chemin de fer a été mise en service en 1872. Le réseau compte actuellement 27.796 km et 212 compagnies (oui, vous avez bien lu) de chemin de fer. Toutes sont privées. Le premier train à grande vitesse japonais, le Shinkansen, véritable star nationale, a été lancé en 1964. Il est aujourd’hui l’un des outils les plus efficaces de l’aménagement du territoire.

    Le Shinkansen est d’une incroyable ponctualité et le service y est impeccable. Pour un retard d’une ou deux minutes, l’opérateur présente systématiquement des excuses aux passagers. Etre à l’heure fait partie des codes culturels de la société japonaise, encore plus exigeante qu’en Suisse sur ce plan. Etre en retard à un rendez-vous est très mal vu, même de 5 minutes. Ici, les grèves des cheminots qui prennent en otage les populations dans certains pays européens, n’existent pas.

    Autre détail, il n’y a qu’un seul tarif. En période creuse ou en haute saison, le prix du ticket est le même. C’est simple et limpide. La fraude? Impossible de franchir la barrière d’entrée et à l’arrivée, pas possible de sortir de la gare sans valider son ticket. Au-delà, il ne viendrait pas à l’esprit de quiconque de «tenter sa chance» en fraudant. Là aussi, on retrouve un code du bien vivre-ensemble de la société japonaise.

    Dans les gares toujours bien propres, sûres, équipées de passerelles pour personnes à mobilité réduite et de couloirs pour non-voyants - il n’y a pas d’annonce pour vous prévenir de la présence des pique-pockets -, ce qui frappe un touriste étranger c’est la discipline collective du public. Les personnes qui descendent du train marchent à gauche et celles qui entrent en gare, empruntent la droite.

    La synchronisation est tellement naturelle qu’elle vous laisse pantois. Pareil à la gare de Shinjuku à Tokyo, la plus grande gare ferroviaire du monde avec 4 millions de personnes qui y transitent par jour. Avec ses centaines de boutiques et restaurants, cette gare est une véritable ville dans la ville et symbolise à elle-même la puissance du train au pays du Soleil-Levant. A retenir également si: ici, il n’y a pas de pourboires dans les restaurants, ni dans l’hôtellerie. Le parfum est également banni au pays de deux bains quotidiens.

    3e puissance économique

    Le Japon compte 126 millions d’habitants (11e  mondial), mais depuis dix ans, la population décroît chaque année. Le pays a perdu un million d’habitants depuis 2015. Avec un taux de chômage de  2,5%, l’économie est en situation de plein emploi. Les activités à forte intensité de main-d’œuvre manquent de bras. Dans les stations de métro, les offres d’emploi sont consultées sur les bottins.
    Le Japon est la 3e économie du monde derrière les Etats-Unis et la Chine. Son PIB 2018 était estimé à 4.972 milliards de dollars. Il affiche le 2e excédent courant au monde et dispose d’un patrimoine financier domestique exceptionnel: 28.000 milliards de dollars d’actifs financiers, soit 600% du PIB, détenus par les ménages et les entreprises. Ce trésor est investi localement. Seule ombre au tableau, le taux de pauvreté (calculé plus sévèrement qu’en Europe) se situe à près de 15%.

    Bienvenu dans le train sans rail

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    Dans la compétition avec les autres grands pays développés, le train à suspension magnétique, le Maglev, est incontestablement une des vitrines technologiques du Japon. Ce train à très grande vitesse, 505 km par heure, entrera en service en 2027. Il roule sans conducteur et sans rail. Les autorités locales (préfecture) de Yamanashi avaient eu l’idée géniale de demander la localisation du centre d’essai et de démonstration du Maglev. Les résultats sont au-delà de leurs espérances. En quelques années, la petite ville est devenue une véritable destination touristique. Par milliers, des Japonais en famille, et des étrangers viennent admirer les essais de ce train décidément pas comme les autres. A peine vous clignez des yeux qu’il disparaît de votre champ de vision. Pour prendre le Maglev en photo, il faut faire preuve d’une dextérité sans faille en raison de sa vitesse.

                                                                               

    Démographie: Si j’étais Shinzo Abe…

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    Docteur en économie, le Pr. Hisakazu Kato  enseigne à Meiji University de Tokyo (Ph. A.S.)

    Docteur en sciences économiques, spécialiste en économie mathématique, le Pr. Hisakazu Kato  enseigne à Meiji University à Tokyo. C’est une référence au Japon. Il a reçu L’Economiste le jour où l’université tenait ses «Journées portes ouvertes». Face au déclin démographique, qu’aurait-il suggéré au Premier ministre s’il était son conseiller? «Heureusement, je ne le suis pas car les réponses à ce problème sont complexes».

    La diminution de la population grève la croissance potentielle du PIB et réduit la productivité; pour y faire face, plusieurs options sont possibles. Ouvrir encore plus les frontières à la main-d’œuvre étrangère, augmenter la productivité et consacrer plus de moyens à la politique familiale et aux infrastructures d’accueil de la petite enfance,  insiste le Pr. Hisakazu Kato. «Il n’y a pas de déjeuner gratuit», relève l’économiste. Alors que la natalité est en forte baisse, le Japon dépense deux fois moins que la France pour la politique familiale. Le gouvernement Shinzo Abe a mis en place un programme pour travailleurs invités mais pas travailleurs immigrés.

    La nuance n’est pas seulement une question sémantique mais politique car il ne veut surtout pas parler d’immigrés puisque sa base conservatrice ne l’accepterait pas. Pas sûr non plus que la société japonaise soit prête à accueillir plus d’étrangers. Ces derniers représentent 2% de la population.   

    Les «travailleurs invités» viennent des pays de la région - Vietnam, Malaisie, Philippines - et disposent d’un contrat de cinq ans au terme duquel ils sont censés retourner dans leurs pays. Cette solution est un compromis. Seuls les profils très qualifiés peuvent obtenir la résidence permanente après cinq ans.

    Les travailleurs invités viennent seuls et ne peuvent prétendre au regroupement familial.  Les services à la personne, les soins dans les maisons de retraite, la restauration, les superettes, les bistrots,… sont aujourd’hui les principaux utilisateurs de cette main-d’œuvre étrangère.

    Au pays des centenaires, le vieillissement de la population exerce une forte pression sur les dépenses de sécurité sociale. Le Japon est le pays le plus «vieux» du monde. Un Japonais sur huit a 75 ans et plus; 28% ont 65 ans et plus. En restant sur la tendance actuelle, dans 60 ans, 25% de la population aura plus de 75 ans. 

    Pour financer la dépendance, il faut imaginer de nouvelles pistes, «quitte à augmenter le taux de la TVA», propose le Pr. Hisakazu Kato. Ne rien faire veut dire financer les charges additionnelles par la dette alors que celle-ci atteint 220% du PIB. Pour autant, ce niveau ne constituerait pas un danger, selon les spécialistes. Le fait que la dette publique soit détenue par les institutionnels nationaux et la Banque du Japon écarte tout risque d’être placé sous surveillance de créanciers étrangers.

    De notre envoyé spécial, Abashi SHAMAMBA

     

     

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