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    Tribune

    Enseignement: Apprendre l’audace d’entreprendre

    Par Pr. Mohammed DIOURI | Edition N°:5572 Le 08/08/2019 | Partager

    Le Pr. Mohammed Diouri est fondateur de l’Institut supérieur d’ingénierie et des affaires (ISGA). Ancien élu du secteur de l’enseignement privé, il a aussi été président de la Conférence des grandes écoles (CGE) et membre de l’assemblée générale de l’université de Senghor. Diouri a également publié des romans et des livres didactiques (Ph. MD)

    Face à la crise économique qui touche de nombreux secteurs, se caractérisant par une montée endémique du chômage avoisinant les 10,5%, une baisse des investissements et des flux de capitaux et par conséquent l’insuffisance d’offres d’emplois, le développement de l’esprit de l’entreprise paraît être un élément clé pour relever le défi de l’emploi. Et ainsi la diminution du taux de chômage et de l’amélioration des conditions de vie de la population.

    Depuis ces 5 dernières années, au Maroc, environ 520.000 diplômés par an alimentent le marché du travail. Devant cette hausse importante des demandeurs d’emplois et la diminution des offres d’emplois, la promotion d’un esprit entrepreneurial pourrait désormais devenir la solution pour résorber le chômage et limiter la paupérisation de la population. Mais d’une part, on doit reconnaître que n’est pas entrepreneur qui veut et d’autre part, on ne peut prétendre apprendre à entreprendre à tout un chacun.

    Schéma calqué sur le système français

    Le système de formation au Maroc a été conçu, des décennies durant, pour produire des diplômés dont l’objectif primordial reste le fonctionnariat dans le secteur public et dans une moindre mesure le salariat dans le secteur privé. Ce schéma est calqué sur le système français où l’on constate que la majorité des lauréats des grandes écoles d’ingénieurs et de commerce sont destinés prioritairement au fonctionnariat ou au salariat.

    Ces deux systèmes se caractérisent d’abord par le fait qu’en France, et de façon plus accentuée au Maroc, ce sont les parents qui financent intégralement les études supérieures de leurs enfants. Ceci enlève toute possibilité de prise de risque pour l’étudiant. En revanche, dans le système anglo-saxon, l’esprit entrepreneurial est encouragé du fait que c’est souvent l’étudiant qui paie ses études par des crédits qu’il rembourse, une fois dans la vie active.

    Nos enfants sont des assistés et nous pouvons difficilement faire d’un assisté  un entrepreneur. Ajouter à ceci que le système de formation au Maroc est basé, comme d’ailleurs légèrement en France, sur l’apprentissage. Il est exigé de l’apprenant de ressasser inlassablement ses leçons sans la moindre liberté de commentaire, d’analyse ou de création. Au final, le système forme des lauréats dénués de toute faculté d’initiative d’entreprendre et de capacités de prise de risques. Il paraît difficile, moyennant quelques cours, d’apprendre à entreprendre.

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    Aujourd’hui, le pays s’apprête à adopter du système anglo-saxon le diplôme du Bachelor. Pour réussir ce challenge, il ne suffit pas de calquer le modèle. Il faudra intégrer la pédagogie et les méthodes d’enseignement qui y sont en vigueur. C’est là où réside le fond d’une vraie réforme (Ph. L’Economiste)

    Transformer radicalement les méthodes pédagogiques

    C’est dire qu’il ne suffit pas de saupoudrer les programmes de l’enseignement  supérieur de modules de «management d’entrepreneuriat» pour ambitionner de former de futurs entrepreneurs, mais il faudrait par contre s’attaquer au problème beaucoup plus en amont, dès le secondaire, voire dès le primaire, en transformant radicalement les méthodes pédagogiques pour susciter chez l’apprenant l’autonomie et l’esprit d’initiative. Il s’agit là d’un simple constat qui révèle le fossé existant entre ce qui est attendu et ce qui risque de se passer dans la réalité.

    Aujourd’hui encore, il est imposé à l’apprenant des contrôles sans le moindre document autorisé alors que celui-ci, demain, dans son travail, aura à sa portée son ordinateur par lequel il consultera les sites numériques qu’il veut afin de disposer des informations jugées utiles qu’il aurait apprises inutilement par cœur. Est-ce qu’il ne serait pas plus judicieux d’imaginer qu’un étudiant puisse consulter des documents pendant un contrôle contenant un sujet nécessitant de la réflexion qui lui permette ainsi de déployer sa créativité?

    Cette paresse chronique inculquée à l’étudiant en exigeant de lui d’apprendre et de ressasser continuellement des enseignements ne viendrait-elle pas d’une autre paresse de l’enseignant, lui-même, qui se contente de poser des sujets de contrôle qui ne demande que de la récitation?

    Pire encore, nos futurs lauréats, lorsqu’ils intègrent l’université, en tant qu’enseignants, font la même chose que leurs anciens professeurs et nous percevons, avec force, la perpétuation d’un système éducatif qui se reproduit par lui-même. Pour se sortir de ce cercle vicieux, une transformation radicale de tout le système d’enseignement s’impose et devient urgente et ne pensons surtout pas qu’en l’arrimant au système d’enseignement anglo-saxon nous aurons réglé la question.

    Aujourd’hui, le pays s’apprête à adopter de ce système le diplôme du Bachelor. Pour réussir ce challenge, il ne suffit pas de calquer le modèle. Il faudra intégrer la pédagogie et les méthodes d’enseignement qui y sont en vigueur. C’est là où réside le fond d’une vraie réforme qui doit embrasser tous les niveaux de l’enseignement, depuis la maternelle et le primaire jusqu’au secondaire et le supérieur. Espérons que l’adoption du Bachelor n’est que le premier pas d’une large et radicale transformation de notre système éducatif.

    De la LMD au Bachelor

    Il y a une décennie, le Maroc a réalisé une évolution importante dans l’enseignement supérieur en adoptant le système LMD (Licence Master Doctorat) nommé communément aussi 3-5-8. Là encore, nous n’avons fait que copier la France qui avait adopté ce même système, quelques années auparavant. Aujourd’hui, nous nous rendons compte que les résultats sont loin de ceux escomptés. Actuellement, nous nous apprêtons à adopter du système anglo-saxon le diplôme du Bachelor. Mais est-ce que cela est suffisant pour prétendre que nous sommes au cœur de ce système?

     

     

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