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    Dossier Spécial

    Régionalisation avancée: Des ambitions,...peu de ressources, peu de pouvoir

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5565 Le 26/07/2019 | Partager
    Objectif: Assurer la cohésion sociale et le développement inclusif
    Pauvreté, inégalités et développement humain…des défis prioritaires
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    En matière des finances, le budget des douze régions du Maroc devrait atteindre les 10 milliards de DH à l’horizon 2021, y compris les parts de l’investissement et du développement durable. Au-delà du financement, une mise à niveau des admi­nistrations des autres collectivités locales, des modes de gestion, des systèmes d’in­formation, d’évaluation et de reddition des comptes, s’avère nécessaire. Ce pro­cessus tend à renforcer les capacités des régions en leur permettant d’élaborer des schémas régionaux d’aménagement du territoire. Telle une entreprise, la Région doit être gérée selon des critères de per­formance. C’est pourquoi l’on a créé une agence régionale d’exécution des projets (AREP), placée sous le contrôle du conseil régional et destinée à l’appuyer sur le plan technique et à mettre en oeuvre ses projets d’investissement. L’objectif final est d’assurer le transfert des attribu­tions du centre vers les régions en faveur d’un développement harmonieux qui ne peut se réaliser que grâce à l’appropria­tion et l’adhésion de tous les Marocains

    Le Maroc a tracé son chemin pour réussir une régionalisation avancée in­clusive et cohérente avec les orientations du Souverain. Unanimes, économistes, universi­taires et politiques s’accordent sur l’inté­rêt de cet autre chantier de règne qui am­bitionne un développement économique harmonieux dans toutes les régions du Royaume.

    En effet, le royaume a amorcé des changements positifs durant les deux dernières décennies. Toutefois, malgré les avancées notoires et à différents ni­veaux, les inégalités persistent. «Le défi de la cohésion sociale et le développe­ment humain n’est toujours pas gagné», souligne à ce propos Abelkhalek Touhami, économiste.

    Et ce, bien que l’indice de la pauvreté ait été réduit de 3 quarts, passant ainsi de 16,3% en 2001 à 4,8% en 2014 (selon le HCP). Il en est de même pour l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) qui a apaisé le déficit social au point d’exporter son expertise vers le reste du continent.

    La régionalisa­tion avancée est un levier de dévelop­pement durable qui devait dynamiser et valoriser l’ensemble du territoire national  (les l2 régions) depuis 2016. Mais voilà 3 ans après l’entrée en vigueur des 12 nouvelles régions, ce chantier n’est tou­jours pas concrétisé. Et ce, pour diverses raisons.

    A des Conseils régionaux (CR) qui ont présenté des Plans de dévelop­pement régionaux (PDR) «surréalistes», s’ajoutent le manque de ressources hu­maines, et la complexité du processus de déconcentration et décentralisation des services de l’Etat.

    «Bien évidemment, ceux qui imaginaient que le transfert des attributions du centre vers les régions serait facile avaient tort», indique Mo­hand Laenser, président de l’Association des présidents de régions. Car, la mise en oeuvre de ce transfert nécessite un véritable arsenal juridique.

    Cette partie là dépendait de l’action du gouverne­ment et du parlement venus à l’issue des élections de novembre 2011. Lesquels devaient se pencher sur les lois orga­niques, ouvrir un chantier de réformes législatives, et évidemment se conformer aux dispositions constitutionnelles dans  les plus brefs délais. Mais, finalement les querelles politiques et combats de coqs ont prévalu sur l’action de l’Exécutif.

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    «La régionalisation avancée est un levier de développement durable. Elle favorise un développement socio-économique équitable à travers des régions fortes et intégrées et consolide la démocratie locale», indique Mohand Laenser, doyen des présidents de régions (Ph L’Economiste)

    Ainsi, la préparation des lois orga­niques et décrets d’application, leurs discussions, et adoptions dans les deux Chambres, ont pris plus de temps que prévu. Rappelons-le, l’adoption de tous les décrets d’application de la loi orga­nique sur les régions n’a été bouclée qu’en juin 2018. Et il y a encore du tra­vail à faire, puisque la Charte de décon­centration n’est toujours pas élaborée. Décisive pour la réussite de la mise en marche effective de la régionalisation élargie, celle-ci permettra d’assurer une véritable rupture avec le système centra­lisé en vigueur, qui concentre la prise de décision au niveau des administrations centrales.

    Ces dernières devront garder des fonctions stratégiques, liées à la conception des politiques publiques, dont la mise en oeuvre sera prise en charge par les services déconcentrés. En outre, l’accompagnement des régions est de mise. Ce qui demande une certaine péda­gogie afin que celles-ci puissent exercer pleinement leurs attributions.

    En fait, les Conseils régionaux doivent avoir «une vision partagée, via un projet de charte étalé sur la période 2018-2023, per­mettant de définir les engagements des ministères concernés et des régions. Le suivi de la mise en oeuvre de cette charte sera assuré par une commission centrale et des comités régionaux», souligne de son côté Saâdeddine El Othmani, chef du gouvernement.

    Conscient de l’intérêt du développe­ment social, le Maroc s’est engagé sur les objectifs du millénaire puis les Objec­tifs du développement durable (ODD). Toutefois, le pays est mal classé (123e) sur l’indice du développement humain (IDH). «On a réduit la pauvreté mais l’inégalité est restée la même pendant 40 ans», estime Touhami. Pour y remé­dier, il faut une «affirmative-action».

    A ce titre, le Conseil économique social et environnemental préconise la redynami­sation des services publics territoriaux. «Accélérer le processus de déconcentra­tion et de décentralisation dans le cadre de la régionalisation avancée, et doter les Régions et autres collectivités terri­toriales des ressources nécessaires pour leur permettre de jouer pleinement leur rôle, sont vivement recommandés.

    Pour Younes Benakki, secrétaire général du CESE, « il faut rendre effectives les com­pétences octroyées aux Régions et les do­ter de capacités d’exécution nécessaires pour une mise en oeuvre concrète de la régionalisation avancée, opter pour des structures administratives légères et bien organisées appuyées par les outils de ges­tion modernes et des nouvelles technolo­gies d’information et de communication, ne sont pas en reste». 

    Prendre son destin en main

    La mise en place de la régionalisation avancée est un processus de longue haleine. Instaurée depuis le référendum du 31 juillet 2011, la régionalisation élar­gie figurant dans l’article 9 de la Constitution, promet d’offrir une vision globale du projet de réforme du système régional auquel aspire le Maroc de demain. De plus, le projet de régionalisation avancée favorise un développement socio-écono­mique équitable à travers des régions fortes et intégrées et consolide la démocratie locale. Il est question de renforcer la représentativité et la légitimité des CR, de promouvoir l’équité genre en matière d’accès des femmes aux fonctions électives et de gestion en région et à organiser la participation des citoyens, de la société civile et du secteur privé au débat public sur les affaires régionales et à la bonne conduite de ces affaires. Ceci dépend de la capacité de faire émerger des élites locales devant répondre à des critères de compétences, d’intégrité, de probité, de capacité de gestion moderne, et surtout à des critères qui mettent l’intérêt général avant toute considération. Le but étant de réduire le chômage et lutter contre l’informel. L’implication de différents acteurs, et notamment les universitaires, assurerait la pertinence d’une vision scientifique tendant à résoudre l’équation de l’emploi productif. En d’autres termes, le développement socio-économique doit émerger du territoire régional, capable de par ses spécificités, ses ressources et ses institutions, de prendre son développement en main.

    Youness SAAD ALAMI

     

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