×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Entreprises

    Mezouar: «Ceux qui m'accusent de politiser la CGEM doivent le démontrer»

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5564 Le 25/07/2019 | Partager
    mezouar_064.jpg

    «J’ai trouvé que la manière du départ de Faiçal Mekouar était inélégante parce que le sujet est sérieux, dans un contexte particulier qui peut donner une sensation de légèreté pour l’organisation d’une manière générale », a souligné Salaheddine Mezouar, président de la CGEM (Ph. L'Economiste)

    «Nous sommes dans une période d’agitation qui n’épargne aucune organisation». Après les tumultes qu'a connus la CGEM avec les démissions de certains dirigeants, Salaheddine Mezouar veut encore une fois apporter des éclaircissements sur sa gouvernance et à ceux qui lui reprochent de vouloir politiser la Confédération. Dans cet entretien, le patron des patrons fait aussi le point sur les chantiers lancés.

    - L’Economiste: On vous reproche d'avoir politisé la CGEM?
    - Salaheddine Mezouar:
    Lorsqu'on formule une telle affirmation, il faut en donner la démonstration, en présentant des cas. Je suis un homme d’engagements et de principes. Le jour où j’ai décidé de me présenter à la présidence de la CGEM, les choses étaient claires dans ma tête. On ne peut pas faire deux choses en même temps, et lorsque l'on préside aux destinées d’une organisation indépendante, représentative d’un corps multiple, on ne peut pas la diriger vers un courant politique ou un débat interne à caractère politique.
    Si à l'intérieur tous les courants et affinités politiques, existent, ils sont pratiqués à titre individuel et personnel. Le fait que l'organisation dispose d'un groupe parlementaire peut aussi donner des velléités à caractère politique.
    Mais, l’indépendance de la CGEM reste souveraine et primordiale. Aussi, ai-je présenté ma démission d’une manière claire, conformément à l’engagement que j’ai pris, pour que le patronat continue à fonctionner et évoluer, en toute liberté. J’ai veillé à ce que cette séparation soit la plus nette possible.  
    Nous sommes dans une période d’agitation qui n’épargne personne. Beaucoup continuent à faire l'amalgame entre mon passé politique que j’admets et assume et mes nouvelles responsabilités. Si certains me jugent sur mes actes et ma loyauté, d'autres n'hésitent pas à exploiter mes anciens mandats pour dire que la CGEM est politisée. L’objectif est d’affaiblir la présidence ou entacher son image. C’est pour cela que j’insiste pour dire: donnez-moi un seul acte dans lequel j’ai politisé la CGEM ou j’ai montré une préférence vis-à-vis d’un mouvement ou d’un autre. En l’absence de faits, cela n’a aucune consistance. Aujourd’hui, nous sommes dans un écosystème qui a besoin de faits et non de paroles, de démonstration et non d’assertion. Je demande à ceux qui continuent de dire que Mezouar politise la CGEM d’en faire la démonstration.

    - Comment expliquer alors la vague de départs dont le dernier est votre colistier, Faiçal Mekouar?
    - Vague, c’est beaucoup dire. Nous sommes en train de parler de trois personnes sur 105 qui composent le conseil d’administration. Concernant le premier cas, je suis heureux que Ahmed Rahhou se soit vu confier une mission de haute importance pour le pays. C’est une fierté pour la CGEM. Le 2e départ, (ndlr: Hammad Kassal) est le résultat d'un malentendu à propos de procédures internes sur lesquelles un engagement a été pris lors de deux conseils d’administration. Il y a eu une multiplicité de déclarations qui ont engagé la CGEM sur des sujets qui n’ont pas été validés par ses instances. Lorsque je dis de ne pas faire de déclaration tant que les instances n’ont pas validé des décisions, c’est une question de discipline interne. Il relève de ma responsabilité de corriger. Par contre, je ne comprends pas le 3e cas (ndlr: Mekouar). D’abord, il s'agit d'un engagement d’un binôme vis-à-vis de ses membres. Il devait être respecté jusqu’à son terme, sauf bien entendu, cas de force majeure.
    De plus, ce n’est pas la première fois que cela arrive à la CGEM. Seulement, avec moi, cela prend une ampleur démesurée.
    Enfin, je désapprouve l'inélégance et la légèreté de cet acte particulièrement dans ce contexte très sérieux du patronat marocain, dont je suis tenu de préserver l'image et le rôle.

    - Vous êtes à la tête de la CGEM depuis plus d’un an. Quel est le bilan d’étape?
    - Nous avons ouvert beaucoup de chantiers. L’approche adoptée a consisté à mener une campagne pour élaborer un programme qui correspond aux priorités recueillies auprès de la base. Et partant de là, nous avions le choix entre deux voies: rester dans la logique de commissions qui travaillent et un vice- président général ou le président qui assurent une coordination ou aller vers la structuration par pôles en fonction des axes. C’est un mode opératoire qui n’a jamais existé à la CGEM, et s'y conformer a pris du temps. Nous avons fait le choix d’une structuration par pôles, avec des vice-présidents opérationnels qui ont la mission de coordonner entre les différentes commissions qui traitent des sujets transverses et qui accompagnent le suivi et l’exécution des engagements pris dans le cadre du programme. Cela n’a pas été simple, car certains considéraient que des vice-présidents opérationnels constituaient une hiérarchie de fait. Or dans les statuts, il n’y a pas de hiérarchie de fait. Nous avons travaillé pour mettre en place des ajustements au fur et à mesure. Nous avons aussi travaillé sur des sujets de fond. Mon approche est de dire que la solution aux difficultés des entreprises ne peut pas être traitée par de simples mesures.

    - C’est le cas des délais de paiement?
    - Oui, il s'agit d'un sujet très lourd, parce qu’il concerne l’Etat et les entreprises. Le processus de résolution prendra du temps. Du fait du discours de SM le Roi, le gouvernement, l’administration et les différents établissements devaient s’aligner sur ces orientations. Nous avons travaillé pendant toute l’année pour effectuer des adaptations et des aménagements. D’abord, le constat de la réalité, ensuite les pistes de travail. La 2e question est d’aborder les moyens dont l’Etat dispose pour apporter le financement à même de répondre et éponger toutes les difficultés. Ensuite, il y a tout le travail au niveau de la technologie, l’informatique, les zones grises des procédures... Tout cela a pris du temps et beaucoup d’énergie, et ce n'est pas fini.
    Nous avons avancé sur la simplification des procédures avec la direction générale des collectivités locales sur tout ce qui concerne les commandes locales et publiques. Nous avons aussi avancé sur les délais avec la TGR qui a fait de l’excellent travail. Nous avons également accompagné des établissements publics dont les arriérés n’étaient pas très importants et qui ont pu bénéficier de déblocages de la part du ministère des Finances pour pouvoir payer.  En ce qui concerne le remboursement de la TVA, nous avons arrêté la question du butoir. Mais certaines grandes entreprises publiques n’ont pas encore pu bénéficier de financement de l’Etat pour pouvoir débloquer leur situation.
    En revanche, il existe encore beaucoup de trous noirs dans le dispositif des SDL. Nous travaillons en étroite collaboration avec les ministres des Finances et de l’Intérieur pour débloquer cela. Cela fait partie de nos priorités. Je ne suis pas partisan de fanfaronnades mais de travail structuré.

    - Quid des arriérés interentreprises?
    - Le travail à faire pour le paiement inter entreprises est lourd. Lorsque nous parlons d'un passif de plus de 420 milliards de DH, le travail d’assainissement à faire est énorme. Depuis 10 ans, les différents présidents et équipes qui se sont succédé à la tête de la CGEM ont travaillé sur le sujet et nous nous inscrivons dans la continuité. Chaque fois, une étape est franchie. Reste un sujet qui n’a pas été réglé, c’est celui des délais sectoriels. Il relève de la responsabilité du ministère de l’Industrie. Le ministre avait pris l’engagement en février dernier d’accélérer la discussion avec les secteurs sur cette question. La loi parle de 2 mois, mais elle a laissé ouverte la possibilité à des secteurs ayant des spécificités de disposer d’autres délais qui n’ont pas encore été finalisés. Le travail est en cours, et l'idéal serait que l'on puisse obtenir, d’ici septembre-octobre, un dispositif en matière de délais qui soit clair pour enclencher les process et réguler les délais de paiement entre les entreprises. Les grands groupes sont sensibilisés et les premiers résultats apparaîtront au fur et à mesure. Un véritable  travail d’assainissement est à faire.

    - Les différentes formules pour résoudre le problème des délais de paiement n’ont pas vraiment fonctionné...
    -Les recettes existent mais sont coercitives. Faut-il en arriver à ce stade? C’est un débat qui doit être tranché à la CGEM. Mais en l’absence de délais sectoriels, c’est difficile d'aboutir à un consensus sur ce sujet. Si des fédérations sectorielles acceptent avec les départements concernés un principe de délai sectoriel, elles seront dans l’obligation de le respecter. A ce moment là, les délais coercitifs pourront être adoptés par le patronat.  

    - Quel était l’objet de votre visite mardi dernier au groupe parlementaire de la CGEM de la Chambre des conseillers?
    - Nous sommes à la fin d’une session. Il était important de faire deux choses. Echanger avec les parlementaires pour dresser un bilan d’étape et voir comment faire évoluer leurs rôles. C’est maintenant que se prépare une rentrée parlementaire. Plusieurs sujets sont sur la table. Il s’agit de veiller à ce qu’il y ait une cohérence entre les priorités de la CGEM et l’action de son groupe. C’était aussi une occasion de féliciter les membres pour leur engagement et les efforts accomplis durant cette étape.

    Déphasage avec les vrais enjeux

    mezouar_et_mekouar_064.jpg

    Salaheddine Mezouar et Faiçal Mekouar lors de l'assemblée générale élective de la CGEM en mai 2018. La complicité n'aura duré qu'une année.... (Ph. L'Economiste)

    «Les entreprises membres de la CGEM comprennent que le vrai débat n’est pas dans les petites divergences qui peuvent exister ici et là. En tant qu’organisation, nous avons une responsabilité vis-à-vis de notre pays et de notre environnement. Je regrette que les événements qui ont marqué la semaine dernière ont donné l’impression que nous sommes en déphasage avec les vrais enjeux et les défis de la CGEM et des entreprises marocaines», rappelle le patron des patrons. Selon lui, «les vrais débats doivent tourner autour de ce que nous voulons faire, et comment nous sommes en train de le faire. Ce n’est pas un problème de personnes que les enjeux dépassent». De toute manière, cette organisation continuera à vivre et à se développer.  Les présidents changent et d’autres arrivent. L’important est «d’aborder l’orientation et la force que nous voulons donner à cette organisation. En plus, c’est l’organisation la plus représentative du secteur privé. Elle a un statut qui lui donne de la responsabilité vis-à-vis de ses membres mais aussi du gouvernement et de l’Etat», dit-il.

    Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

                                                                                    

    2e université d'été

    mezouar_devillpein_064.jpg

    Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, reçu en guest-star par le président de la CGEM, Salaheddine Mezouar. L'intervention de De Villepin a mis haut la barre lors de la plénière d'ouverture avec une analyse géopolitique de classe mondiale (Ph. Jarfi)

    La prochaine université d’été de la CGEM, est très attendue par le monde des affaires. La thématique choisie sera abordée sous deux dimensions. Pour Salaheddine Mezouar, «le contexte oblige la CGEM à provoquer le débat sur le modèle et les choix économiques que nous devons avoir mais aussi sur le contrat social. Elle a cet avantage d’être un agitateur d’idées et le timing s’y prête».

    Le 2e aspect porte sur l’investissement qui sera abordé, de la startup jusqu’à la grande entreprise. Aujourd’hui, il y a un «grand problème dans la dynamique d’investissement. Ce débat va pouvoir poser les vraies questions dans le cadre de la franchise nécessaire et la CGEM devra apporter sa vision».

    Selon Mezouar, «nous avons beaucoup d’exemples de réussite. L’ambiance et les perceptions occultent les réalités des succès dans notre pays. Le message est de dire que dans notre économie, des viviers importants de dynamique et de courage sont là. L’autre sujet abordé est relatif à la révolution technologique.

    Les entreprises doivent savoir à «quelle sauce elles seront mangées. Notre responsabilité est de montrer aux entrepreneurs membres qu’il y a une obligation d’adaptation». Pour lui, la digitalisation dans le cadre de la compétitivité globale, «soit nous sommes dedans soit en dehors. Si nous restons dehors, peut-être tiendrons nous 5 ou 10 ans, mais notre modèle sera totalement désuet».

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    1. CONTACT

      +212 522 95 36 00
      abonnement@leconomiste.com
      mareaction@leconomiste.com
      redaction@leconomiste.com
      publicite@leconomiste.com
      communication@leconomiste.com

      70, Bd Al Massira Khadra
      Casablanca, Maroc

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc