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    Economie

    Pourquoi le secteur de l’acier peine à décoller

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5556 Le 15/07/2019 | Partager
    Conseil de la concurrence: Grosse affaire de dumping en vue
    Malgré la loi, l’Etat n’applique pas la préférence nationale
    Industrie: Une politique «incomplète» et opportuniste
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    Les investissements dans l’acier sont passés de 2,5 milliards de DH en 2005 à environ 2 milliards en 2016. Le pic a été atteint en 2010 avec 3,5 milliards de DH. «Une décroissance a été enregistrée après cette année là. Faible compétitivité et surproduction sont parmi les facteurs», selon la Fimme

    Une séance plénière sans langue de bois. Jeudi 11 juillet à Rabat, la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (Fimme) a tenu son «rendez-vous incontournable» du 1er semestre 2019. Les absents ont tort puisque c’était l’occasion de parler à cœur ouvert sur les «IMME au Maroc: Performance économique entre challenges et opportunités». Les sujets qui fâchent n’ont pas été esquivés. Le président de l’Union de la métallurgie, Chafiq Essakalli, avertit d’avance l’assistance qu’il «va mettre les pieds dans le plat». Il exprime ses réserves sur la demande de mesures de sauvegarde sur la tôle importée déposée officiellement en mai 2018 par Maghreb Steel auprès du Commerce extérieur. 
    Un nouveau bouclier commercial au profit de l’unique producteur d’acier plat «va entraîner la chute des opérateurs en aval du secteur métallurgique». C’est du moins l’avis pour lequel ont voté les membres de la Fimme qui tient à préciser qu’elle «n’est pas contre Maghreb Steel mais contre sa démarche» ( L’édition n°5359 du  27 septembre 2018). Maghreb Steel est présente dans la salle pour défendre sa position. Celle-là même qui figure dans sa requête qu’elle considère «justifiée pour contrer les importations massives et la concurrence déloyale qu’elles engendrent» (L’édition n°5555 du 12 au 14 juillet 2019). Ce dossier ne doit pas passer sous silence les maux qui gangrènent la corporation des industries métallique et métallurgique.  
    En toute franchise, la Fimme donne l’exemple du dumping qui mine la concurrence loyale dans le marché local. Voilà une affaire dont pourrait se saisir le Conseil de la concurrence. Les pratiques discriminatoires ne manquent pas: prix cassés, refus de vente, abus de position dominante... «La performance économique» que vise le secteur passe aussi par l’assainissement. La fédération ou les entreprises lésées sont habilitées à saisir le Conseil de la concurrence pour relancer la machine de «l’entreprise Maroc». 
    Chacun doit assumer sa responsabilité d’autant plus que «tout le monde connaît» les fauteurs de trouble.  

      
    L’export comme «fenêtre de tir»?     

    Il faut le dire: l’obtention ou le rejet des mesures de sauvegarde n’est pas la solution miracle. Même «en étant contre», l’un des professionnels de l’acier reconnaît en aparté que le maintien de ses mesures lui «rendrait service»: «les concurrents de Maghreb Steel vont se ruer sur le marché. Arcelor Mittal dispose de gros stocks de tôle en Italie et en Espagne. Des pays qui sont au seuil de nos frontières». Conséquence: malgré les critiques sur la qualité de la tôle de Maghreb Steel et la consécration d’un présumé monopole de fait, la disparition de l’unique opérateur va accentuer la désindustrialisation, la dépendance à l’import, l’extinction d’un savoir-faire. Le Maroc négociant supplantera le Maroc artisan. Le cas de notre théière nationale est symbolique puisqu’elle vient de Chine! La honte pour «un pays qui a une histoire métallurgique de 70 ans», rappelle le président de la fédération, Tarik Aitri. 
    Le porte-voix de la Fimme est pour «des solutions équilibrées: sauvegarder les fleurons nationaux mais pas au dépens des autres entreprises» qui vont se retrouver à acheter une tôle plus chère que celle vendue à l’international. Ce qui reviendrait à rendre les chaudronniers et les tubistes par exemple moins compétitifs vis-à-vis de leurs concurrents Turcs, Chinois, Egyptiens... «Si la mesure de sauvegarde doit être endossée, elle doit être accompagnée par d’autres mesures pour éviter l’effondrement des 1.600 opérateurs du secteur», avertit le président Tarik Aitri.               
    Du coup, l’appel récurrent de la Fimme pour la préférence nationale dans les marchés publics pourrait être l’une des issues de sortie de cette crise. Il faut bien s’entendre: «Nous devons êtres compétitifs à condition de nous en donner l’occasion. Sur certaines filières, nous le serons. Sur d’autres, nous ne le serons jamais». Ce n’est ni un passe-droit, ni un privilège. La réglementation sur la commande publique ou les partenariats publics privés encadrent scrupuleusement la préférence nationale. Pour quelle raison l’Etat ne la met pas en œuvre? 
    A part la lutte conte le dumping local, la préférence nationale et la formation, l’export est présenté comme l’une des «fenêtres de tir pour la sidérurgie». Car le marché «souffre de contraintes» comme la surcapacité de la production et la faible consommation de l’acier par habitant. Si l’Afrique de l’Ouest se présente comme un marché naturel, ce n’est pas pour autant que c’est gagné d’avance. 
    «Ce n’est pas un marché facile. Il est difficile de placer un boulon face aux Turcs et Chinois surtout qui ont des prix défiant toute concurrence», déclare l’un des métallurgistes. Le dossier des mesures de sauvegarde a eu le mérite de remettre sur la table «une politique industrielle incomplète et qui préfère les gros coups», écrit notre éditorialiste Nadia Salah. L’histoire ne pardonne pas... les faux semblants. Et ce n’est pas le Haut commissariat au plan qui dira le contraire. L’aéronautique et l’automobile, c’est très bien. Mais il faut aussi capitaliser sur l’existant.
     


    Protectionnisme: «Vous allez vous casser la figure»

    Les difficultés d’accès à la commande publique sont également décriées par la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (Fimme). Et ce, autant qu’un supposé favoritisme des donneurs de commandes au profit des sociétés  étrangères -notamment coréennes- qui «volent l’argent, laissent des ardoises et détruisent les emplois». Un expatrié français depuis «8 mois au Maroc est choqué par les propos xénophobes» de la présidence de la Fimme. «Or, un étranger partage son savoir-faire, son expérience...».  
    La fédération mise en cause le reconnaît et répond à son interlocuteur: «Vous êtes là depuis 8 mois à peine. Vous ne connaissez pas encore assez la réalité du marché. Mais les faits sont là». L’échange reste courtois. Avec un calme olympien, l’ingénieur qui «travaille dans la sidérurgie depuis les années 1980 en France» enchaîne: «Je n’entends que des pleurs. Avec le protectionnisme, vous allez vous casser la figure». Il souhaite par ailleurs avoir des éclaircissements sur les projets de formation professionnelle. Un sujet qui tient à cœur à la Fimme. Son 2e vice-président, Abdeslam Halouani, considère comme capitale la mise en place d’un Observatoire des métiers et de l’emploi. «C’est indispensable pour la veille technique et technologique. Cet observatoire va produire des informations, des statistiques, des prospectives pour anticiper sur l’évolution du marché (de l’acier) et de ses crises. Il est inconcevable que le moteur à combustion notamment puisse encore servir dans les formations alors qu’il n’est plus d’actualité», précise le 2e vice président de la Fimme, Abdeslam Halouani. Il va falloir «sortir des espaces dogmatiques», de «la logique du gagnant-perdant» et «avoir le courage de reconnaître ses erreurs pour changer».
     

     

     

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