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    Tribune

    Le peuple le plus malheureux du monde-Par Gabriel BANON

    Par Gabriel BANON | Edition N°:5554 Le 11/07/2019 | Partager

    Gabriel BANON, ingénieur civil, économiste et expert en géopolitique, a développé une double carrière, en politique et en tant que patron d’entreprises industrielles. Conseiller économique de différents chefs d’Etat, il fut appelé dès le début du processus de paix au Moyen-Orient auprès du président Yasser Arafat (1994-2004). Chroniqueur  sur Atlantic Radio, conférencier, consultant international, il a été élu, «Géopoliticien de l’année 2003», par un panel de journalistes spécialisés à Genève. Gabriel Banon a publié 6 livres. Le 7e un manuel de géopolitique vient juste de sortir  (Ph. L’Economiste)

    Apparemment, c’est l’Etat-providence qui est à l’origine du «malheur» français.
    Dans toutes les enquêtes, les Français croient qu’ils sont  parmi les «peuples les plus malheureux» et ils sont les plus pessimistes des pays développés.  
    C’est un véritable paradoxe, car le niveau de vie moyen par habitant de la France est un des plus élevés (le deuxième) des vingt-huit pays de l’Union européenne, juste après le Luxembourg.
     La France, que certains considèrent le «dernier pays marxiste du Monde libre», est le plus égalitaire du monde développé. Ce pays est parmi les dix premiers de l’Union, eu égard à la faiblesse de l’écart entre les plus riches et les plus pauvres.
      Contrairement aux slogans syndicaux, aux manifestations, comme celles des «Gilets jaunes», tous les gouvernements ont toujours veillé à maintenir une dynamique positive du pouvoir d’achat. 
    Sur les dernières soixante années, le revenu brut disponible des ménages n’a connu que trois baisses annuelles. La lutte contre la pauvreté a fait progresser le niveau de vie de 10% des ménages les plus pauvres, de près de 20% en euros constants! 

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    Depuis les années 1980 (ce que l’on voit à sa coupe de cheveux!), l’analyste François de Closets publie une série d’ouvrages consacrés à l’augmentation sans frein des dépenses publiques. La série comprend aujourd’hui huit ouvrages! Le succès ne se dément pas, les dépenses non plus (Ph. amazon)

    La France a le taux le plus faible des ménages pauvres d’Europe, après le Danemark et la République tchèque. Contrairement aux déclarations constantes de la Gauche française, les entreprises et les riches sont les plus fortement taxés des pays développés. Il faut noter que 1% des ménages les plus riches paient 25% du total de  l’imposition directe sur le revenu. 
    La France est également le pays qui impose le plus le capital, même après la réforme de l’ISF, en Europe, bien loin devant ses suivants, la Belgique et le Danemark. 
     On doit se poser légitimement la question: Pourquoi les Français se sentent malheureux avec de telles données, qui mesurent des faits indiscutables?

    Champions du monde

     Comment les Français, qui sont les champions du monde de la dépense publique (47,5% du PIB) et des prélèvements obligatoires (les 4/5 des dépenses publiques), soient les citoyens les plus insatisfaits de leurs services publics et de leur système social?
    Certains l’expliquent par trop de protection sociale qui finit par tuer cette protection, à tuer l’élan créateur de l’homme, l’innovation créatrice de richesses. Il semble bien qu’une trop grande protection sociale tue la croissance économique, nécessaire au financement de ladite protection. 

    depenses_pib_5554.jpg

    Source: Banque mondiale

    En 1997 la France est à 47%; l’Algérie à 23,78. 
    Les données algériennes ne sont plus disponibles depuis 2011, date à laquelle la part des dépenses publiques du Maroc et de l’Algérie était similaire, 29,3% du PIB. A partir de 2012, Rabat a abaissé chaque année ses engagements pour les faire tomber à 24% en 2017. Paris engage 47,5% du PIB dans les dépenses publiques (39% en 1990). Le PIB français pèse 2.766 milliards de dollars, celui du Maroc 118 milliards de dollars et celui de l’Algérie vaut 180 milliards de dollars 

    On peut trouver également des réponses dans l’ouvrage «Toujours plus» de François de Closets, journaliste, écrivain. Ce «Toujours plus» serait un mal français et pourrait expliquer cette insatisfaction constante qui en fait un citoyen malheureux.
     En France, depuis des décennies, les classes moyennes sont massivement taxées, faiblement aidées socialement et de moins en moins bien servies par les administrations.
    Evitons ce futur au Maroc qui travaille, si nous voulons un développement harmonieux, paisible et juste pour le pays.


    Cinq recommandations pour le Maroc

    L’enseignement à tirer pour le modèle économique marocain est de veiller à:
    1- ce que le système ne doit pas être centré sur la taxation des revenus du travail. En France, elle représente 52% contre 39% dans l’Union européenne;
    2- éviter la colère du Maroc qui travaille et paye les impôts;
    3- éviter, dans la mise en place d’un système de redistribution, de pénaliser les classes moyennes;
    4- chercher la mise en place d’un système social progressif et non assurantiel;
    5- éviter que le développement des dépenses sociales ne soit pas fait au détriment des budgets de la sécurité intérieure, la police, la justice et surtout de l’enseignement et la recherche.

     

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