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    Episode 13 Jésus, une grande figure biblique du Coran: Jean-Baptiste, selon le Coran

    Par L'Economiste | Edition N°:5525 Le 28/05/2019 | Partager
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    La Cène, l’oeuvre de Léonard De Vinci (représentant le dernier repas que Jésus-Christ prit avec les Douze Apôtres le soir du Jeudi saint, avant la Pâque juive, peu de temps avant son arrestation, la veille de sa Crucifixion (appelée encore Passion par les chrétiens), et trois jours avant sa résurrection (Crédit DR)

    Le Coran consacre, dans des termes qui rappellent ceux de l’Évangéliste Luc (Luc, I, 37-80) de nombreux versets à Jean, qu’il appelle Yahia, en relatant les conditions de sa naissance, alors que son père Zacharie est âgé et que sa mère est stérile. Il dit: «Récit de la miséricorde de ton Seigneur envers son serviteur Zacharie. Lorsqu’il invoqua son Seigneur d’une invocation secrète, il dit: (Mon Seigneur! Mes os sont affaiblis, ma tête a blanchi. Mon Seigneur! Jamais en te priant, je n’ai été malheureux! Je crains le comportement de mes proches après ma mort. Ma femme est stérile; accorde-moi cependant un descendant venu de Toi. Il héritera de moi, il héritera de la famille de Jacob. Mon Seigneur! Fais qu’il Te soit agréable». (Coran, XIX, 1-6).
    Nous savons que Zacharie (Zakaria dans le Coran), est un descendant de Aaron, frère de Moïse et, en cette qualité, il est au service du Temple. Le Coran le cite, par ailleurs, quand il a veillé sur l’éducation de Marie, mère de Jésus, sachant que la femme de Zacharie et la mère de Marie sont cousines. Les exégètes, cités par Ibn Kathir, racontent que Zacharie est au bord de la dépression du fait qu’il est désespéré de ne pas avoir d’enfant, étant donné son âge avancé et l’état de stérilité de sa femme. Il se réveille pendant la nuit et, après avoir prié intensément, demande à  Dieu de lui donner une descendance. En parlant du comportement de ses proches, Zacharie, craint que ceux-ci ne soient pas aussi dévoués que lui et sa famille pour servir le Temple. Aussi, en ayant un fils, pieux et vertueux, il serait sûr qu’il héritera de sa sagesse et de la prophétie. À la suite de cette invocation pendant la nuit, il est interpellé par les anges qui lui annoncent la bonne nouvelle:
    «Tandis qu’il priait debout dans le Temple, les anges lui crièrent: (Dieu t’annonce la bonne nouvelle de la naissance de Jean: celui-ci sera véridique, un Verbe émanant de Dieu; un chef, un chaste, un prophète parmi les justes)». (Coran, III, 39).
    La nouvelle est tellement inattendue que Zacharie ne peut s’empêcher de s’exclamer:
    «Zacharie dit: (Mon Seigneur! Comment aurais-je un garçon ? Ma femme est stérile, et j’ai atteint l’âge de la décrépitude)» (Coran, XIX, 8). On rapporte que Zacharie avait plus de soixante-dix-sept ans, peut-être plus, et sa femme n’a jamais pu enfanter. Mais face à l’étonnement de Zacharie, l’ange lui dit: «C’est ainsi: ton Seigneur a dit: (Cela m’est facile. Je t’ai créé autrefois, alors que tu n’étais rien)» (Coran, XIX, 9).
    L’ange lui rapporte les paroles de Dieu:  «Nous l’avons exaucé ; Nous lui avons donné Jean; Nous avons rendu son épouse capable d’enfanter. Ils s’empressaient de faire le bien, ils Nous invoquaient avec amour et avec crainte. Ils étaient humbles devant Nous». (Coran, XXI, 90).
    La guérison de son épouse signifie la réanimation de son utérus, la fertilisation de ses oeufs et le retour de ses menstrues. Zacharie demande à Dieu un signe supplémentaire pour se rassurer: «Zacharie dit: (Mon Seigneur! Donne-moi un signe). Il dit: (Ton signe sera que tu ne parleras aux hommes que par gestes, trois jours durant. Invoque souvent ton Seigneur ; glorifie-Le au crépuscule et à l’aube)» (Coran, III, 41).
    Concernant Jean (Yahia), le Coran affirme: «Ô, Jean! Tiens le Livre (la Torah) avec force! Nous lui avons donné la sagesse, alors qu’il n’était qu’un petit enfant, et la tendresse et la pureté. Il craignait Dieu; il était bon envers ses parents ; il n’était ni violent, ni désobéissant. Que la paix soit sur lui le jour où il naquit; le jour où il mourra ; le jour où il sera ressuscité». (Coran, XIX, 12-15).
    Des termes qui rappellent ceux rapportés par le Coran, à propos de Jésus, notamment dans le verset 30-33 du chapitre XIX. D’ailleurs, le Coran cite Jean avec d’autres prophètes, en disant: « Zacharie, Jean, Jésus, Elie, ils étaient tous au nombre des justes. » (Coran, VI, 85). Signalons que Jean, même considéré comme prophète et messager par le Coran, n’a pas accompli de miracles durant son existence et n’a pas laissé d’écrits.

    Les quarante jours de Jésus dans le désert et le début
    de sa mission

    Trois des Évangiles, ceux de Matthieu, Marc et Luc rapportent qu’après l’épisode du baptême par Jean, Jésus s’éloigne seul dans le désert où il va passer quarante jours de jeûne et de prières. D’après ces Évangiles, pendant les derniers jours de cette recluse, Jésus est confronté trois fois au diable qui essaie par toutes sortes de tentations et d’épreuves de le détourner de sa mission, mais chaque fois, Jésus sort vainqueur: c’est le début du ministère de Jésus. On situe le «lieu de la tentation» au mont dit de la «Quarantaine», le «djebel Qarantal», au-dessus de l’oasis de Jéricho.

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    En fait, le ministère de Jésus consiste à arpenter les routes et à rassembler les foules qui accourent pour l’écouter et se passionnent par ce qu’il enseigne. Il se présente comme un rabbi «celui qui enseigne», sans passer par une école rabbinique. Ce qui a d’ailleurs choqué les spécialistes officiels de la Loi de Moïse (les prêtres, les scribes et les pharisiens) qui s’étonnent du savoir de Jésus et surtout des interprétations qu’il fait de la Torah et autres écrits de la Bible hébraïque. Mais Jésus ne se limite pas à parler aux gens sur les routes, il le fait également dans les synagogues et même dans le Temple de Jérusalem. Ce comportement de Jésus commence à gêner ces spécialistes de la Loi, surtout qu’il encourage les gens à s’éloigner du clergé officiel.
    Pourtant, comme les pharisiens qui militent pour une stricte observation de la Loi de Moïse, il prône le respect strict de cette Loi et de ses commandements. D’après l’Évangéliste Matthieu, il lui arrive de déclarer: «Ne pensez-vous que je sois venu supprimer la Loi de Moïse et l’enseignement des prophètes. Je ne suis pas venu les supprimer mais pour leur donner tout leur sens. Je vous le déclare, c’est la vérité ; aussi longtemps que le ciel et la terre dureront ; ni un iota ni le plus petit détail ne seront supprimés de la Loi, et cela jusqu’à la fin de toutes les choses». (Matthieu, V, 17-18).
    Sauf que si, pour Jésus, la Loi ne doit pas changer, il en fait une lecture originale et particulière. Il s’élève contre tout ce qui rappelle le système et ses dérives. Pour ses compagnons, comme pour les apôtres qui ont cherché à perpétuer son message après sa mort, Jésus n’est pas venu pour abolir la Loi, mais pour la réformer. Voici donc un élément important qu’il faut garder à l’esprit lorsqu’il s’agira d’étudier les conditions de la naissance et du développement du christianisme.
    Concernant le début de la mission de Jésus, il faut, peut-être, s’arrêter sur un aspect, souvent négligé, de cette mission et qui est rapporté par l’Évangéliste Jean, celui de Jésus «baptiseur».
    En effet, l’Évangéliste Jean raconte (Jean, I, 35-49) que, lors de la première rencontre avec Jean-Baptiste, Jésus était accompagné par quatre hommes, Simon Pierre et son frère André, Philippe et Nathanaël qui «étaient déjà des disciples du Baptiseur». Il confirme ceci, en déclarant: « Après cela, Jésus, accompagné de ses disciples, se rendit dans la terre de Judée et là il demeurait avec eux et il baptisait à Enon, près de Salim, parce qu’il y avait beaucoup d’eau et on y venait pour être baptisé. » (Jean, III, 22-24). C’est là un fait intéressant à relever, celui où l’on voit Jésus baptiser en même temps que Jean, avant l’arrestation de ce dernier, et ce, pendant toute une année. En se référant à l’Évangile de Jean, des historiens affirment que Jésus a baptisé, dans les collines de Judée, durant l’été, l’automne et une partie de l’hiver de l’an 27. D’ailleurs, plus que Jean, son oeuvre rencontre un succès considérable.

    Jésus et ses apôtres

    Les Évangiles consacrent de nombreux versets aux apôtres. Le Coran en parle aussi.
    Comme les autres rabbis, Jésus est suivi par ses disciples, comme c’est le cas des pharisiens et même de Jean-Baptiste. Le groupe de Jésus est constitué de personnes qui répondent à son message, le suivent et abandonnent tout pour lui. Certains d’entre eux peuvent être chargés de missions de prêche et même de guérison de malades.
    Matthieu et Marc décrivent comment Jésus a commencé sa mission en engageant André et son frère Simon à le suivre, en les interpellant au bord du lac de Tibériade par cette phrase: «Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes». Sans aucune hésitation, les deux hommes laissent leur barque pour suivre Jésus. La même chose se produit avec les deux frères, fils d’un certain Zébédée. Concernant Simon, en particulier, Jésus s’adresse à lui en ces termes: «Tu es Simon, le fils de Jean ; tu t’appelleras Céphas», c’est-à-dire Pierre. Il s’agit là d’un signe car dans l’ancienne Alliance, les changements de noms s’accompagnent d’une signification ou d’une mission nouvelle. Ainsi, Abram qui s’appelle Abiran qui signifie «le père est très haut», devient Abraham, qui veut dire «Le père d’une multitude de nations» ou encore Jacob qui devient Israël. Pour Simon Pierre, le nom renvoie au Rocher. Les Évangélistes insistent tous sur le ton ferme de Jésus, notamment quand il s’adresse à Lévi, percepteur d’impôt ou de douane, qui laisse sa table et sa monnaie pour le suivre spontanément.
    Parmi ses disciples, Jésus choisit douze apôtres (du grec «apostolos», envoyés de Dieu), comme les douze tribus d’Israël, elles-mêmes rattachées aux douze fils de Jacob, dont est issu tout le peuple d’Israël. Les apôtres ne sont pas uniquement les compagnons de Jésus, comme c’est le cas des dix compagnons du prophète Mohammed. Jésus a assigné à ses apôtres des missions qui dépassent, parfois, le rôle qu’on confie habituellement à des êtres humains normaux. Ainsi, d’après Matthieu: «Ayant appelé à lui ses douze disciples, Jésus leur donne un pouvoir sur les esprits impurs de façon à les expulser et à guérir toute maladie et toute langueur». (Matthieu, x, 1).
    Selon Marc: «Puis (Jésus) gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu’il voulait. Ils vinrent à lui et il institua douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher avec pouvoir de chasser les démons» (Marc, III, 13-15).
    Cette mission exceptionnelle est confirmée, également, par Luc qui rapporte que, au moment où Jésus envoie les douze apôtres, deux à deux, il leur demande de «guérir les malades et d’expulser les démons» (Luc, IX, 1).D’ailleurs, Matthieu rapporte dans de nombreux versets (X, 5-42) que de véritables instructions sont données par Jésus à ses apôtres, pour l’accomplissement de leur mission.
    Une question reste posée, celle de savoir si l’on doit limiter la qualité d’apôtres aux douze? Certains Évangiles optent pour cette limitation, comme ceux de Matthieu et de Luc. En revanche, l’Évangile de Jean ne parle pas d’apôtres. Quant à Paul, il se qualifie lui-même d’apôtre et prend lui-même l’initiative de nommer des missionnaires comme apôtres Un autre fait mérite, également, d’être signalé: la présence de femmes parmi les compagnons de Jésus ; ce qui constitue un phénomène particulièrement singulier, à l’époque. Il s’agit de Marie de Magdala, une ancienne possédée ; Salomé, la mère de Jacques et de Jean ; Jeanne, la femme de Chouza, intendant d’Hérode Antipas; Suzanne, dont on ne sait rien « et beaucoup d’autres», affirme Luc (Luc, VIII, 1-3). Ces femmes sont chargées de préparer les repas et s’occupent des tâches ménagères.
    Le Coran parle, lui aussi des apôtres de Jésus. Il rapporte que c’est Dieu qui a inspiré aux apôtres de croire en Jésus et de le suivre. Il dit: «J’ai révélé aux apôtres: (Croyez en Moi et en mon Prophète)». Ils dirent: «Nous croyons! Atteste que nous sommes soumis». (Coran, V, 3).
    Dans un autre verset, le Coran raconte comment Jésus a interpellé les juifs en leur demandant d’obéir à Dieu et d’écouter son Message, sachant que la plupart d’entre eux repoussent ce que Jésus leur dit. D’autres, en revanche, formant un groupe de gens pieux et vertueux, répondent à son appel et deviennent ses alliés. Ils l’aident à propager son Message et essayent de le protéger contre ceux qui lui veulent du mal. Ainsi, le Coran dit:
    «Dieu est, en vérité, mon Seigneur et votre Seigneur: Servez- Le: c’est là le chemin droit. Jésus dit, après avoir constaté leur incrédulité: (Qui sont mes auxiliaires dans la voie de Dieu). Les apôtres dirent: (Nous sommes les auxiliaires de Dieu ; nous croyons en Dieu; sois témoin de notre soumission. Notre Seigneur! Nous avons cru à ce que Tu nous as révélé ; nous avons suivi le Prophète ; inscris-nous, parmi les témoins). Les fils d’Israël rusèrent contre Jésus. Dieu ruse aussi ; Dieu est le meilleur de ceux qui rusent. (Coran, III, 51-54)
    Que signifie, alors, le nom de «Nassârâ» «sing. Nasrânî», donné par le Coran aux chrétiens? Il s’agit, pour certains auteurs, de la traduction arabe de «ceux qui soutiennent», c’est-à-dire ceux qui ont répondu à l’appel de Jésus et l’ont soutenu, parmi les enfants d’Israël. Pour d’autres, dont Ernest Renan, pendant toute sa vie, Jésus a été désigné du nom de «Nazaréen», par référence à Nazareth et c’est comme cela que ce terme a été appliqué par les juifs aux chrétiens, et c’est ainsi qu’il est désigné par le Coran et dans tous les pays musulmans. Ce que confirme Denise Masson, dans son introduction à la traduction en français du Coran. Elle affirme que le terme de «Nassârâ» a, sans doute, la même origine que «nazaréen» qui signifie «les disciples de Jésus, le Nazaréen» et qui est la transcription de l’araméen (nasraya). Elle rappelle que le mot «nazaréens», appliqué aux chrétiens, est placé dans la bouche d’un adversaire de Paul, dans les Actes des Apôtres (XXIV, 5). Signalons que, à l’instar de Jésus, le prophète Mohammed avait des «compagnons» «Sahaba», dont les plus proches étaient au nombre de dix et, parmi eux, quatre ont assumé la fonction de «califes» «successeurs» après sa mort, il s’agit de Aboubakr, Omar, Othman et Ali.

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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