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    Tribune

    Modèle de développement De quoi parle-t-on au juste?

    Par Abdelmounim BELALIA | Edition N°:5524 Le 27/05/2019 | Partager

    Abdelmounim Belalia est professeur universitaire et expert en management et stratégies des organisations. Ingénieur et docteur en management stratégique de l’université Paris Dauphine, il a travaillé en France dans le secteur privé et en université avant de rejoindre le groupe ISCAE et récemment l’Ecole nationale de santé publique en tant que directeur (Ph. AB)  

    Depuis plusieurs mois, on ne parle que du modèle de développement. Tout le monde le cherche mais comment est-il, où le trouver et par où commencer une fois trouvé?

    Il faut d’abord savoir ce qu’on cherche comme préalable à tout exercice d’esquisse du fameux modèle de développement. Le vocable «modèle» correspond à une construction théorique qui met en avant les traits et caractéristiques principales d’un phénomène ou une situation en négligeant les variables non significatives.

    Le modèle est considéré comme un «idéal type» au sens de Max Weber dans la mesure où il offre la lisibilité et l’intelligibilité d’un concept censé être par nature complexe et multidimensionnel. Il permet aussi de construire des schémas de pensée et sous-tend en conséquence une action éclairée par une connaissance globalisante de la réalité: «Nous ne raisonnons que sur des modèles», disait Paul Valéry.

    Le positivisme comme posture épistémologique de recherche qui continue à bénéficier d’une place importante, surtout dans les sciences dures, part du modèle comme une synthèse de l’état de l’art relatif à la connaissance disponible. Il est un ensemble de variables causantes et causées dans le cadre d’hypothèses qu’on cherche à expliquer. Le modèle est l’intermédiaire à qui nous déléguons la fonction de connaissance selon Suzanne Bachelard.

    Dans d’autres postures épistémologiques moins déterministes, le modèle serait une interprétation d’une réalité ou une construction cognitive de cette dernière. Il est dans tous les cas une représentation d’un phénomène actuel ou futur qui offre la possibilité d’agir selon un schéma cognitif préétabli. Plusieurs méthodes scientifiques peuvent contribuer à la création du modèle comme la systémographie qui considère le système général comme moyen de modélisation de la complexité.    

    De l’autre part, le développement est un concept polymorphe et renvoie à une dynamique d’évolution d’une nation et s’exprime entre autres par le progrès économique et social qui détermine le degré de bien-être des citoyens. La notion de développement a pris une place grandissante dans les années 50 lorsque les pays ont commencé à s’interroger sur la vocation à prendre dans un contexte de décolonisation et d’émergence de nouvelles formes de multilatéralisme.

    Le développement économique comme socle de tout modèle de développement est un concept dont les origines remontent aux travaux d’Adam Smith dans son célèbre ouvrage «La richesse des nations» de 1776. Comme l’une des meilleures productions scientifiques à ce jour dans le domaine de l’économie, le livre met en lumière les facteurs conduisant à la prospérité des nations et traite de variables toujours d’actualité pour la construction d’un modèle de développement: la division du travail, le marché, la monnaie, l’accumulation du capital, l’allocation du travail productif et non productif, la rente et les revenus, les salaires et les profits.

    La force du livre est qu’il s’interroge sur les étapes du développement économique et intègre la dimension socio-politique comme composante importante de ce développement. La prospérité, selon l’auteur, est la responsabilité de l’état qui a la charge de protéger contre les violences (internes et externes) et contre les injustices tout en créant les infrastructures et les institutions qui soutiennent le développement.

    Le développement social entretient une relation d’interdépendance avec le développement économique. Comme champ disciplinaire de l’après-guerre, le développement social repose sur des paradigmes comme celui de la modernité, la dépendance ou l’ouverture en analysant les processus et déterminants de toute évolution sociale qui garantit la prospérité des acteurs sociaux. Cette conception est complémentaire à la vision économique puisqu’elle dote l’homo economicus de mobiles affectifs basés sur l’histoire et les expériences et qui font que l’intérêt ne soit pas le seul moteur de l’action individuelle et collective. Les acteurs dans une nation sont liés par des facteurs d’altruisme, de confiance mutuelle, de solidarité et d’intérêt commun qui fondent la politique sociale du pays et déterminent les réponses aux besoins des citoyens en termes de logement, de travail, d’éducation et de sécurité en cas de problème de santé ou de vieillesse.

    Le modèle social dépasse donc le simple cadre de politiques sociales. Il donne sens aux variables et impératifs économiques dans une codétermination tant les besoins sont à la fois sociaux et économiques. Cela est corroboré au travers de la définition donnée par l’économiste français François Perroux au développement comme «la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement son produit réel et global». Le modèle de développement devient cet agrégat qui implique les acteurs socioéconomiques dans le pays et les interactions qu’ils entretiennent.

    Producteurs, consommateurs, employeurs, travailleurs, institutions publiques, partis politiques, syndicats, société civile sont autant d’acteurs qui entrent en jeu dans le modèle de développement. Ce dernier serait la résultante des rapports, ce qui s’exprime par des processus de coopération, de compétition et de conflit parfois. Le modèle de développement est donc une orientation générale qui englobe des choix économiques, une dynamique de société, des arbitrages politiques, une identité culturelle et un positionnement du pays sur l’échiquier régional et mondial.     

    Nous constatons enfin que trouver un modèle de développement correspond à la recherche d’un point d’arrivée dans une trajectoire économique et sociale dont les étapes intermédiaires sont l’effet d’un processus à la fois émergent et délibéré. Ainsi, toutes les théories de management du changement trouvent naturellement leur place pour l’analyse des mécanismes qui permettent d’augmenter les chances d’atteindre le modèle de développement souhaité.

    Fordisme, néo-libéralisme

    L’histoire des nations révèle l’existence de plusieurs modèles de développement. Ceux d’inspiration fordiste par exemple reposent sur une augmentation de la productivité et de la consommation en parallèle à la baisse des coûts de production en supposant une gouvernance basée sur l’intervention de l’Etat. Le modèle néo-libéral accorde aux activités marchandes la légitimité de réguler les rapports socioéconomiques en diminuant le dirigisme de l’Etat à la faveur d’une régulation par le marché et d’une utilisation de mécanismes comme le partenariat public-privé et le libre-échange. Chaque modèle suppose des politiques sociales spécifiques en cohérence avec les doctrines qui le constituent.

     

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