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    Episode 8 Jésus, une grande figure biblique du Coran: L’attente du Messie

    Par L'Economiste | Edition N°:5520 Le 21/05/2019 | Partager
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    L’Adoration des mages. Œuvre d’Andrea Mantegna (vers 1431). Les Rois mages ont été guidés par l’étoile du Berger qui leur a montré le chemin de la grotte de la nativité à Bethléem (Crédit DR)

    Les historiens rapportent que, en 63 av. J.-C., un écrivain juif dont on ignore le nom, implore Dieu de redonner un roi au peuple d’Israël. En fait, cet écrivain n’a fait que rappeler une promesse consignée dans la Bible, faite par Dieu à David, selon laquelle il y aurait toujours un roi de sa dynastie sur le trône de Jérusalem. Et pendant quatre siècles, ce sont bien les descendants de David qui ont régné sur Judas. Puis, pendant une longue parenthèse, le pays a vécu sous domination étrangère. Il a fallu attendre l’an 100 av. J.-C., pour que la royauté soit rétablie par les Hasmonéens. L’écrivain juif s’appuie également sur d’autres textes, le Livre d’Isaïe et les Psaumes, pour annoncer l’arrivée d’un roi qui rassemblera le peuple d’Israël. Ce roi promis, c’est celui qu’on nomme le «Messie», un terme qui vient de l’hébreu et qui signifie «oint», parce qu’on oignait d’huile la tête du nouveau roi lors de son intronisation. En fait, c’est toute une partie d’Israël qui espère la venue du Messie, qui devra rassembler le peuple de Dieu, à l’instar du roi David, et qui purifiera ce peuple avec une nouvelle alliance avec Dieu. Bref, au moment où Jésus naît, le peuple juif attend la venue d’un messie qui, en plus de ses tâches de rassembleur et de purificateur, aura comme mission de lutter contre les étrangers. Ce qui correspond, d’ailleurs, à plusieurs personnages annoncés par trois livres de l’Ancien Testament: le Livre de Zacharie (chapitres III et IV) qui annonce un prêtre en relation avec un roi, le Livre d’Isaïe (chapitre L III) qui évoque le cas d’un homme qui souffrirait à la place des autres pour leurs péchés, et enfin le Livre de Daniel (chapitre vii) qui parle d’un personnage, divin et humain à la fois, «le fils de l’homme» qui gouvernerait un royaume éternel. Ce qui explique que, durant le Ier siècle ap. J.-C., plusieurs personnes se présentent comme des messies royaux ou encore comme des prophètes.

    Les interrogations concernant la naissance de Jésus

    Comme pour de nombreux aspects qui concernent Jésus, des interrogations subsistent aussi bien sur la date de sa naissance, le lieu de sa naissance et même sur les conditions de sa naissance.
    Les historiens relèvent que c’est le tout premier des mystères qui entourent la date de naissance de Jésus, un mystère et peut-être une erreur historique qui rendrait caduc le calendrier sur lequel repose aujourd’hui la civilisation occidentale. Cette erreur d’interprétation qui, si l’on devait la corriger, ferait vieillir la civilisation judéo-chrétienne de quelques années. C’est du moins ce que l’on trouve dans une série d’excellents articles publiés dans le n° 4 du magazine Secrets d’histoire, consacrés à Jésus sous le titre «Histoire et mystère d’un homme nommé Jésus». D’après l’un de ces articles, des indices montrent que Jésus serait né en l’an 6 ou 7 avant notre ère et qu’il avait trente-quatre ou trente-cinq ans à sa mort. Cet article cite plusieurs indices qui plaident en faveur d’une erreur historique concernant la date de naissance de Jésus. Le premier indice se trouve dans les Évangiles mêmes. Matthieu dit que Jésus est né sous le règne d’Hérode. C’est une réalité communément admise sauf qu’Hérode est mort en 4 av. J.-C. Il faut donc que Jésus soit né, au-moins, quatre années plus tôt. L’historien juif Flavius Josèphe, qui écrit au 1er siècle, affirme qu’Hérode est mort juste avant une éclipse de lune. Or on a repéré une éclipse le 13 mars de l’an 4 avant J.-C. Quant à Luc, il soutient que Jésus est né lorsque Quirinus, le gouverneur de Syrie, a ordonné un recensement, sur l’ordre de César Auguste. Sauf que Quirinus n’est nommé qu’en l’an 6 de notre ère et que le recensement en question ne concerne pas la Galilée, dont sont originaires les parents de Jésus. Le deuxième indice se trouve à la fois dans la Bible et dans le ciel. Les Écritures racontent, en effet, comment les Rois mages ont été guidés par l’étoile du Berger qui leur a montré le chemin de la grotte de la nativité à Bethléem. En effet, l’Évangéliste Matthieu rapporte: «Jésus est né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode; voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent: (où est le roi des juifs qui vient de naître? Nous avons vu son astre à son lever et nous sommes venus lui rendre hommage)» (Matthieu, ii, 2).

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    Situé à Bethléem, à 10 km au sud de Jérusalem sur le site que les Chrétiens reconnaissent traditionnellement, depuis le IIe siècle, comme le lieu de naissance de Jésus, l’église de la Nativité a été construite en 339 et l’édifice qui lui a été substitué après un incendie survenu au VIe siècle conserve des vestiges du sol du bâtiment original (Ph. DR)

    Or, l’étoile du Berger dans le langage courant, c’est Vénus dont l’apparition est tout sauf exceptionnelle. La comète de Haley aurait pu être ce phénomène hors du commun, mais son passage date de l’an 12 av. J.-C.; trop éloignée pour être retenue. Le troisième indice concerne la date du 25 décembre, retenue ensuite pour la naissance de Jésus, est elle-même sujette à caution en raison de la rigueur des hivers palestiniens qui rend hasardeux le coucher des troupeaux de moutons en rase campagne, comme décrit dans l’épisode de la Nativité. La date du 25 décembre semble avoir été choisie pour sa dimension symbolique: coïncidence avec le solstice d’hiver, c’est-à-dire le moment de l’année où le soleil ressurgit. Le quatrième indice concerne le calcul du calendrier. En 525 ap. J.-C., le pape de l’époque, Jean 1er, demande au moine Denys Le Petit de calculer la date de Pâques. Celui-ci propose de reprendre tous les calculs, de basculer le calendrier julien de l’époque et de prendre en compte le 25 décembre comme jour de référence. La naissance de Jésus est alors datée du 25 décembre de l’an 553, selon le calendrier julien du moment. Plus tard, des recherches approfondies sur le règne d’Hérode ont montré que Denys Le Petit s’est trompé d’au-moins quatre ans dans ses estimations. Finalement, en révisant les calculs, on est arrivé à avancer que Jésus est né quatre ou sept ans, et certainement environ cinq ans, avant le début de l’ère qui porte son nom. C’est l’opinion à laquelle se rallie le pape Benoit XVI, dans son ouvrage consacré à la naissance et à l’enfance de Jésus. D’où cette expression utilisée par de nombreux historiens, dont Michel Quesnel «Jésus est né avant Jésus-Christ». Rappelons que le calendrier juif démarre au premier jour de la Création selon une lecture littérale de la Genèse (premier livre de l’Ancien Testament), celui de l’islam commence avec la date de l’hégire, celle de l’exode du prophète Mohammed de La Mecque à Médine. Cette date, fixée le 16 juillet 622 de notre ère, a été décidée par Omar Ibn Khattab, deuxième khalife après la mort du Prophète.
    - Les interrogations concernant le lieu de naissance de Jésus
    Concernant le lieu de naissance de Jésus, deux des quatre Évangiles évoquent Bethléem, même si l’on parle de Jésus de Nazareth. En fait, Joseph et Marie résident à Nazareth et c’est au cours d’un déplacement pour recensement des habitants, ordonné par l’empereur romain, que le couple se retrouve à Bethléem. Bethléem étant la ville de la famille de David, d’où descend Joseph, qui compte s’inscrire avec Marie, sa fiancée enceinte. Or l’enregistrement décidé doit se faire dans la ville d’origine et c’est ainsi que Joseph doit se rendre dans la ville d’origine de David. Pendant qu’ils étaient dans cette ville, Marie accouche de Jésus. Concernant le lieu de naissance de Jésus, les deux Évangélistes Matthieu et Luc sont d’accord pour dire que c’est Bethléem, mais pas dans les mêmes conditions. Alors que Matthieu semble affirmer que c’est le lieu d’origine de Marie et de Joseph et que leur déplacement à Nazareth s’explique par le désir d’éloigner l’enfant des successeurs d’Hérode, Luc, en revanche, veut absolument qu’il soit né dans la ville de David. Quant à Marc et Jean, ils ne parlent que de Nazareth. De nombreux historiens se sont posés la question de savoir pourquoi Luc tient tant à ce que Jésus soit né à Bethléem?

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    Il semblerait que la raison est double. D’abord, parce que Bethléem est considérée comme la ville de David, et, par Joseph, il veut démontrer que Jésus est bien issu de la descendance de David et des rois d’Israël. Ensuite, parce que les anciennes prophéties disent que le messie qui viendra, tel un nouveau roi David, sauver Israël et lui rendre sa liberté, sera né à Bethléem. Pour le Coran, Marie n’a pas accouché dans une mangeoire ou dans une crèche, mais en plein désert. Il rapporte, en se référant à la mère de Jésus: «Les douleurs la surprirent auprès du tronc du palmier. Elle dit: «Malheur à moi! Que ne suis-je déjà morte, totalement oubliée!» L’enfant qui se trouvait à ses pieds l’appela: «Ne t’attriste pas! Ton Seigneur a fait jaillir un ruisseau à tes pieds. Secoue vers toi le tronc du palmier; Il fera tomber sur toi des dattes fraîches et mûres» (Coran, xix, 23-25). Le Coran décrit, ainsi, les douleurs de Marie pendant l’accouchement. Pour l’encourager et la réconforter, une voix lui annonce que Dieu a fait jaillir sous ses pieds une source et a fait sortir de terre un palmier qui se penche vers elle, pour lui permettre de se nourrir. Ce qui n’est pas sans rappeler un récit apocryphe chrétien qui situe, lui aussi, la naissance de Jésus dans le désert.
    - La généalogie et la famille de Jésus
    La généalogie de Jésus a constitué l’un des points cruciaux dans les Évangiles car elle soulève des questions importantes, telles que sa relation avec le roi David, ou encore le choix entre une descendance paternelle ou maternelle.
    - La généalogie de Jésus dans les Évangiles
    Une autre interrogation, soulevée par de nombreux spécialistes, concerne la généalogie de Jésus. Les Évangélistes Matthieu et Luc proposent chacun une généalogie différente concernant Jésus, mais paternelle, alors que le Coran, lui, donne une généalogie maternelle, ce qui est plus logique puisque aussi bien pour le Coran que pour les Évangiles, Jésus n’a pas de père biologique. Le Coran lui donne le nom de «Issa Ibn Meryem». S’agissant de la généalogie de Jésus, certains historiens se sont posés une question qui a son importance concernant son identité: Jésus est-il ou non un descendant de David? En effet dès le premier verset de l’Évangile de Matthieu, celui-ci déclare: «Voici la généalogie de Jésus: «fils de David, fils d’Abraham». Quant à Luc, il prédit que Marie aura un enfant qui s’assoira sur le trône de «son père, David». Pourquoi ces deux affirmations se rejoignent? Parce qu’elles ont le même objectif, celui de démontrer que Jésus est bien un descendant de David, figure essentielle dans l’ancien Israël. Or avant la mort de David, Dieu lui a promis que «son trône» durerait «pour toujours» et que seuls ceux sortis de ses entrailles «pourraient l’occuper devenant ainsi les dirigeants légitimes de la nation d’Israël» (ii Samuel, vii, 12-16). Pour les prophètes juifs, le Messie («Christ» en grec), doit nécessairement être de sang royal, c’est-à-dire descendant de David, pour avoir la légitimité pour monter sur le trône d’Israël. Il s’agit là «d’une alliance indissoluble entre le Seigneur et son peuple» (JérémieXXXIII, 25-26).
    La difficulté pour Luc et Matthieu est de résoudre l’équation suivante: comment affirmer que Jésus n’a pas de père humain et, en même temps, dire qu’il descend de David? Dans tous les cas, d’après Ernest Renan, jamais Jésus ne s’est désigné de sa propre bouche comme «fils de David» et durant les trois premiers siècles, après sa mort, des fractions importantes du christianisme ont nié sa descendance royale et même l’authenticité de sa généalogie. L’Américain Tabor est, comme nous allons le voir, d’un autre avis.
    - La famille de Jésus dans les Évangiles
    Les Évangélistes, en particulier Marc et Matthieu, parlent de la famille de Jésus, composée de son père, Joseph, de sa mère, Marie, de ses frères, Joseph, Jacques, Simon, Jude et de ses sœurs, dont les noms ne sont pas révélés. (Matthieu, xiii, 55). La personne de Joseph est quasiment absente dans les Évangiles canoniques. Son nom n’est cité que cinq fois chez Matthieu et tout à fait absent chez Marc et Jean. Une place particulière est réservée à son frère Jacques, désigné par Paul comme le frère du Seigneur. Luc, partisan inconditionnel de Paul, ne cite pas les frères de Jésus et a essayé en revanche d’amoindrir leur rôle après sa mort. L’historien juif, Flavius Josèphe, rapporte l’exécution de Jacques, frère de Jésus. Cela suppose que Marie, après la naissance de Jésus, est tombée enceinte de ses frères et sœurs, ce qui est complètement rejeté par la tradition catholique et par l’église orthodoxe, pour lesquelles la virginité éternelle de Marie est un dogme. La difficulté vient du fait que les Évangiles sont unanimes pour affirmer que Marie était vierge avant la naissance de Jésus, mais ne parlent pas de cette virginité, après sa naissance. Voilà encore une énigme qu’on a essayé d’élucider par des hypothèses: on a dit que, en fait, ses frères et sœurs seraient des cousins car, même si les Évangiles ont été rédigés en grec, ils proviennent d’une tradition orale en araméen. Or en araméen, comme en hébreu, on utilise le même mot pour désigner les frères et les cousins. Une autre hypothèse a été avancée, celle qui soutient que Joseph a eu des enfants d’une première épouse, et qu’il a eu de Marie un fils unique, Jésus, lequel a eu des demi-frères et demi-sœurs. C’est l’opinion du prêtre John Meier, enseignant à l’université Notre-Dame aux États-Unis qui a écrit un livre sous le titre «Un certain juif, Jésus».

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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