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    International

    Manifestations populaires: Où va l’Algérie?

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5515 Le 14/05/2019 | Partager
    Les derniers rebondissements n’augurent rien de bon
    Multiplication des arrestations et mise en garde contre la dérive autoritaire
    Pour l’heure, aucun leader politique n’a émergé pour canaliser le mouvement
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    Parallèlement aux manifestations, l’une des principales attentes des populations des deux côtés est la réouverture des frontières pour relancer les échanges entre les deux pays (Ph. Bziouat)

    Ceux qui ont misé sur la lassitude des manifestants à cause du Ramadan et de la chaleur en Algérie, devront revoir leur calcul. Ils ont été démentis par l’ampleur de la mobilisation  (aussi importante que lors des dernières semaines) lors du premier vendredi de ce mois sacré.

    Cette persévérance constitue une énorme victoire pour le peuple et une leçon magistrale à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, notent des observateurs. Pacifique, civilisé et responsable, autant d’adjectifs répétés à travers le monde pour qualifier ce mouvement de protestation lancé le 22 février dernier.

    En effet, les marcheurs, à Alger mais aussi dans les différentes régions du pays, ont par exemple décidé de laisser leurs places propres après les manifestations. Vendredi dernier, ils ont décidé d’organiser une rupture de jeûne collective devant la grande place de la poste d’Alger.

    Purge interne pour servir les intérêts de quelques clans

    Cependant, les derniers développements de la scène algérienne n’augurent rien de bon pour l’avenir. En effet, l’arrestation jeudi dernier de Louisa Hanoune, secrétaire général du Parti travailliste, créé en 1990, a provoqué l’indignation générale, particulièrement dans les milieux politiques. Elle a été placée en détention provisoire dans le cadre d’une enquête visant Said Bouteflika, le frère du président déchu. Une audience est programmée pour le 20 mai prochain.

    Reste que cette initiative du nouvel homme fort du régime, le général Ahmed Gaid Salah, est «considérée comme une menace contre toute la classe politique et une dérive autoritaire». Cette femme politique, trotskiste de surcroît, s’était présentée aux élections contre Abdelaziz Bouteflika à trois reprises. Toutefois, sa candidature n’a jamais attiré plus de 3 à 4% des suffrages. Depuis l’époque, elle n’a cessé de dénoncer le siphonage de l’argent public et la domination des mafieux. 

    Quelques jours auparavant, les forces de l’ordre ont procédé à l’arrestation de Said Bouteflika et des généraux Toufik et Tartag, anciens patrons des services de sécurité en Algérie. Cette séquence a été médiatisée par la télévision. D’autres personnalités du sérail et des hommes d’affaires dont le patron des patrons, ont été également incarcérés.

    Autant d’actes qui sont perçus comme des leviers d’une purge interne pour servir les intérêts de quelques clans. Ils sont également utilisés par le régime en vue d’apaiser les manifestants. Des arrestations pour rapprocher l’armée de la rue, disent les mauvaises langues. Mais, les algériens ne sont pas dupes.

    Vendredi dernier, les manifestants ont scandé des slogans hostiles au nouvel homme fort du pays. D’ailleurs, depuis le début de ce mouvement, ils dénoncent tous les barons du régime dont le général en fait partie. Il a toujours voué une admiration sans faille et une fidélité à toute épreuve à l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Il avait même menacé ceux qui doutaient de la pertinence de sa candidature pour un 5e mandat.

    A la croisée des chemins

    Après bientôt trois mois, le mouvement est à la croisée des chemins. D’un côté, l’armée est déterminée à organiser les élections présidentielles le 4 juillet prochain  pour éviter un vide constitutionnel. Selon des observateurs, elle ne veut rien lâcher. Car elle voit dans ce mouvement une menace pour le confort et la situation de rente qu’elle veut faire perdurer.

    Pour le régime, cette lame de fond représente un changement dans la conception de la légitimité de la tutelle. Jusqu’ici, celle-ci puisait sa substance au nom de la révolution algérienne, paternaliste et autoritaire, ayant abouti à l’indépendance du pays. En face, une nouvelle légitimité qui émerge s’appuie sur l’expression du peuple.

    De l’autre côté, la rue est dans une autre logique. Elle est favorable à une transition démocratique, conduite par une personnalité de consensus, issue de l’extérieur du régime en place. Pour l’heure, la scène n’a pas encore enregistré l’émergence de leaders et d’acteurs pouvant canaliser ce mouvement et traduire dans la pratique ses aspirations en solutions politiques.

    Or, la classe politique devrait profiter du mouvement pour sortir renforcée. Ces manifestations populaires sont en train de mettre en place de nouvelles conditions et de meilleurs horizons à l’opposition dont les marges de manœuvre se rétrécissaient comme une peau de chagrin. Sauf qu’aujourd’hui, cette classe politique se comporte comme «si elle était dans une salle d’attente», pour reprendre l’expression d’un observateur.

    Ainsi, les partis, qui étaient dans l’alliance de Bouteflika, soutiennent, depuis le début, la proposition de l’armée pour des présidentielles le 4 juillet. Ils comptent sur les manœuvres du général Ahmed Gaid Salah pour demeurer à proximité du pouvoir.

    Quant aux partis de l’opposition, ils ont refusé l’invitation de l’armée et du président à engager un dialogue pour préparer l’organisation des élections à cette date. Ils considèrent cette initiative comme «un complot contre le peuple», tout en se rangeant derrière les revendications de la rue algérienne.

    Pour eux, il faut réunir les conditions du libre choix en mettant en place une instance nationale indépendante chargée de superviser les élections. Le dialogue, estiment-ils, ne peut avoir lieu avec des personnes du système, rejetées par les manifestants, hostiles à l’entrée de l’armée en politique qui, selon eux, doit rentrer dans les casernes.

    Vers un scénario à l’égyptienne?

    Une lecture intéressante de la crise algérienne est avancée. Selon ses partisans, le scénario à l’égyptienne est déjà écrit. Une de ses séquences prévoit que l’armée surfe sur la vague des revendications de la rue qui réclame la chute du système. En Egypte, on avait également procédé à l’arrestation du président Hosni Moubarak, ses enfants et d’autres dignitaires du régime. Cela a été suivi par l’arrestation de l’ex-président élu Mohamed Morsi et les dirigeants de son parti. La situation politique avait propulsé le général Sissi pour devenir président de la république égyptienne.

                                                                     

    Neutralité de Rabat

    Parallèlement aux manifestations, l’une des principales attentes des deux côtés est la réouverture des frontières pour relancer les échanges entre les deux pays. Mais, dans la crise algérienne, le Maroc a observé une neutralité sans faille. En effet, dès le début, Rabat a décidé de s'en tenir à une attitude de non-ingérence dans les affaires internes d’un pays frère.

    «Il s’est abstenu de tout commentaire à ce sujet », avait souligné le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale. Réagissant à une fake news en mars dernier, Nasser Bourita avait affirmé que «le Maroc n’a ni à se mêler des développements internes que connaît l’Algérie, ni à les commenter de quelque manière que ce soit.

    Aucune déclaration n’a été faite à aucun média, de manière formelle ou officieuse. Le Maroc rejette également avec force l’allégation mensongère de coordination avec d’autres pays, notamment la France, sur les événements en Algérie. Aucun contact n’a été établi avec Paris, ni avec aucun autre pays d’Europe ou d’ailleurs à ce sujet».

    M.C.

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