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    Jésus, une grande figure biblique du Coran: Episode 2: Un personnage fascinant, suite

    Par L'Economiste | Edition N°:5514 Le 13/05/2019 | Partager

    Ceci dit, les recherches concernant le «Jésus historique» ont pris une telle dimension que les ouvrages se succèdent aujourd’hui. Déjà, en 1901, le théologien protestant et prix Nobel de la paix (1952), Albert Schweitzer publie un livre, dont le titre est significatif, «Le Secret historique de la vie de Jésus». L’un de ces derniers ouvrages est celui de l’Américain James Tabor qui a écrit, au mois de mars 2006, un livre intitulé «La Véritable Histoire de Jésus». Une enquête scientifique et historique sur l’homme et sa lignée, qui a eu un grand retentissement, notamment en Amérique. L’ouvrage, écrit par un spécialiste mondialement reconnu en matière de religions, s’appuyant sur des découvertes archéologiques révolutionnaires, est venu contredire de nombreux dogmes chrétiens. Plus proche de nous, il y a lieu de citer l’ouvrage de l’Américain Robert J. Hutchinson qui porte le titre significatif d’Enquête sur le Jésus historique. Dans tous les cas, le nombre impressionnant de livres et d’articles portant, aujourd’hui, sur Jésus laisserait penser à une redécouverte de tout ce qui le concerne, à partir d’une documentation nouvelle. C’est l’opinion de nombreux spécialistes, dont celle de Charles Perrot, énoncée dans un article intitulé «À la recherche de Jésus de l’histoire». Ou encore celle de David Gowler, dans Petite histoire de la recherche du Jésus de l’histoire. Le 7 octobre 2016, l’hebdomadaire français Le Point publie un article sous le titre provocateur «Jésus était-il un terroriste?» Cette tendance a d’ailleurs été accentuée par l’apparition de documents nouveaux, notamment, les manuscrits de la mer Morte qui ont bouleversé les conceptions de l’histoire du judaïsme et du christianisme. De quoi s’agit-il? Il y a une cinquantaine d’années, un jeune homme découvre, par hasard, les premiers manuscrits dissimulés depuis plus de deux mille ans dans les parois marneuses dominant le site archéologique de Khirbat Qumran, en Cisjordanie, à l’ouest de la mer Morte. Dès le printemps de 1948, deux professeurs, l’un américain, l’autre israélien, ayant examiné, chacun de son côté, les documents, les déclarent authentiques. D’autres documents sont découverts, au même endroit, par la suite, en particulier, celui de la grotte 4 en 1952, ou encore Le rouleau du Temple, publié en 1977. Tous ces documents concernent la communauté de Qumran, véritable secte des esséniens, présidée par son fondateur «le maître de Justice», qui se présente comme le restaurateur de la Loi en Israël et fonde pour cela la communauté de l’Alliance qui doit devenir le «véritable Israël». Ces découvertes ont fait l’objet de plusieurs articles, dont notamment ceux de Jean-Baptiste Humbert «Khirbet Qumran, un site énigmatique», d’André Caquot «Des fragments par milliers»  et d’Annette Steudel «À la recherche des textes perdus». Ces documents donnent des informations de première importance, car inédites, sur les langues, le vocabulaire, les expressions littéraires, ainsi que sur les institutions, les pratiques et les croyances religieuses de l’époque. Certains auteurs, notamment américains, soutiennent que Jésus, et avant lui Jean-Baptiste, a adopté les idées de ce mouvement, sans qu’il en fasse partie. Ainsi,

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    concernant la personne de Jésus, des interrogations et même des doutes subsistent, parfois de façon démesurée, puisque certains auteurs, et non des moindres, comme David Friedrich Strauss, Ferdinand Christian Baur ou Paul-Louis Couchoud, soutiennent que l’existence même de Jésus ne relève pas de l’histoire mais du mythe.  Dans tous les cas, de l’aveu des historiens les plus reconnus, il est impossible de constituer une biographie complète de Jésus, car si l’utilisation de repères chronologiques a permis d’établir, de manière acceptable, l’âge de sa mort à trente-trois ans, on ne dispose pas de la moindre donnée historique, concernant les trente premières années de sa vie. Devant tant de débats et d’interrogations, la question qui se pose est celle de savoir comment essayer de répondre à toutes ces interrogations, avec les moyens dont on dispose? Nous sommes conscients que la réponse à cette question n’est pas facile et ce pour différentes raisons. D’abord, le sujet demande une grande connaissance aussi bien du christianisme que du judaïsme et de l’histoire de ces deux religions. Ensuite, il faut pouvoir rester détaché de ses propres croyances et essayer d’être objectif jusqu’au bout. Enfin, faire la distinction entre les faits relevant de la foi et ceux qui se rattachent à l’histoire, ce qui n’est pas facile, comme nous allons le voir.
    Maintenant, tout lecteur objectif du Coran, qu’il soit musulman ou non, ne peut rester insensible à la place faite dans le livre sacré de l’islam à Jésus et à sa mère Marie, sachant que, comme il a été souligné dans l’avant-propos de ce livre, le Coran mentionne Jésus pas moins de 35 fois: 27 fois par son nom Jésus (en arabe Issa) et 8 fois comme «le Messie» (en arabe «Al Massih»). Quant à Marie, elle est plus souvent citée dans le Coran que dans l’ensemble du Nouveau Testament, soit 34 fois contre seulement 19 dans les Évangiles et les Actes des Apôtres. Elle n’est citée ni dans les Épîtres ni dans l’Apocalypse.
    Le Coran décrit Jésus comme étant «la Parole de Dieu» sa Kalima, et aussi «Esprit de Lui». Dieu lui a donné des preuves «Al Baynats», et qu’il est assisté de l’Esprit saint. Il est cité au nombre des «plus proches», des «intimes de Dieu». À lui seul a été attribué l’«action de ressusciter» (avec la permission de Dieu). Plus encore, sa naissance, ses actes et sa fin sont présentés comme des miracles de Dieu. De la même façon, le lecteur sera étonné par le fait que les réponses à la plupart des questions que l’on se pose au sujet de Jésus trouvent leurs réponses, justement, dans le Coran, et ceci pour plusieurs raisons:  
    - Parce que, historiquement, le Coran est postérieur aux Évangiles.
    - Parce que, aussi bien sur le plan quantitatif que qualitatif, les détails donnés par le Coran, sur Jésus et sa mère, à de nombreux points de vue, sont parfois plus importants que ceux rapportés par les quatre Évangiles. Ainsi, pour prendre un exemple précis, les conditions de la naissance miraculeuse de Jésus, telles que racontées par le Coran sont très proches, mais beaucoup plus détaillées que celles rapportées par les Évangiles de Matthieu et de Luc, sachant que les Évangiles de Marc et de Jean n’en parlent pas.
    - Parce que tout musulman doit croire en Jésus et en sa mission, au même titre que les autres prophètes; c’est une obligation liée à sa foi.
    - Parce que, comme nous allons le voir, à part la question de la divinité de Jésus, les croyances des religions chrétienne et musulmane, concernant Jésus, sont très proches. Pour le Coran comme pour les Évangiles, Jésus est un prophète et un messager de Dieu. Plus encore, c’est le Messie attendu du peuple d’Israël.
    - Parce que le Coran lui-même insiste sur les affinités qui existent entre chrétiens et musulmans en rapportant ce verset où Dieu s’adresse au prophète Mohammed: «Tu constateras que les hommes les plus proches des croyants par l’amitié sont ceux qui disent: (nous sommes chrétiens), parce qu’on trouve parmi eux des prêtres et des moines qui ne s’enflent pas d’orgueil.» (Coran, v, 82).
    - Parce que les dernières découvertes d’écrits se rapportant à Jésus confortent une grande partie des affirmations du Coran concernant Jésus.
    - Parce que, en lisant attentivement le Coran, on ne peut pas ne pas se rendre compte que Jésus constitue un maillon important dans la chaîne des croyances religieuses voulues par Dieu, fondées sur son Unicité, depuis Abraham jusqu’à Mohammed, en passant par Moïse. Dans un document, émanant du secrétariat du Vatican, dont la troisième édition date de 1970, intitulé «Orientations pour un dialogue entre chrétiens et musulmans», on lit: «Les musulmans qui professent la foi d’Abraham adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour…». C’est exactement ce que dit le Coran quand il affirme: «Ne discute avec les gens du Livre (juifs et chrétiens) que de la manière la plus courtoise, sauf avec ceux d’entre eux qui sont injustes. Dites: (Nous croyons à ce qui est descendu vers nous et à ce qui est descendu vers vous. Notre Dieu qui est votre Dieu est unique et nous lui sommes soumis.)» (Coran, xxix, 46). Avant d’aller plus loin, je voudrais préciser que pour les citations des versets du Coran, je me suis trouvé devant plusieurs traductions qui sont, parfois, éloignées les unes des autres. J’ai analysé les traductions les plus reconnues, dont la seule traduction officielle admise en Arabie Saoudite, éditée sous le titre «Le Saint Coran», par la présidence générale des directions des Recherches scientifiques, de l’Ifta, de la Prédication et de l’Orientation religieuse mais également les traductions connues en Occident, celles d’Albert Kasimirski «Le Coran», de Denise Masson «Le Coran» et de Jacques Berque. «Le Coran. Essai de traduction». Dans ma démarche, que je veux être la plus neutre possible, j’ai opté pour la citation des versets, tels qu’ils ont été traduits par Denise Masson.
    Quant à la Bible, je me suis référé à celle de la Société Biblique de Genève qui a l’avantage d’utiliser des termes de notre époque, plus compréhensibles. Cette précision faite, on remarque que le Coran n’apporte pas seulement des réponses à des interrogations concernant Jésus, il apporte des solutions. Ainsi, quand les premiers disciples se trouvent gênés devant une contradiction difficile à expliquer, celle où l’on voit Jésus se faire crucifier alors qu’il incarne le Messie, tant attendu par le peuple d’Israël, le Coran, comme nous allons le voir, tranche la question en affirmant avec force, qu’il n’a pas été tué ni crucifié, mais qu’il a été élevé par Dieu. Le Coran résout, également, un problème qui a toujours fait débat entre chrétiens, celui de la virginité perpétuelle de Marie. En effet, sur ce point, le Coran est clair: Marie était vierge au moment de son accouchement de Jésus. Il dit de Marie: «Et Marie, fille de Imran, qui garda sa virginité. Nous lui avons insufflé de notre Esprit» (Coran, LXVI, 12). Une autre problématique, et non des moindres, concerne «la conception virginale» de Jésus. Avec le développement sans limites de l’esprit critique de nos jours, les historiens rejettent cette conception surnaturelle, en avançant deux hypothèses: soit le père biologique de Jésus est bien Joseph, soit la naissance de Jésus est le fruit d’une relation hors mariage. Sachant que la plupart de ces historiens et commentateurs des Évangiles privilégient la première hypothèse, en s’accordant à penser que Joseph est, selon toute vraisemblance, le père de Jésus et que les aspects surhumains de sa naissance ont été ajoutés par la suite, pour exalter un être qui présente, à son époque, les caractéristiques d’un homme exceptionnel. Sur ce point, d’une extrême importance pour les chrétiens, le Coran est clair. Il décrit, avec beaucoup de détails, la naissance miraculeuse de Jésus, en insistant sur le fait que «rien n’est impossible à Dieu» ou encore, en comparant la conception de Jésus à celle d’Adam. Concernant la seconde hypothèse, il répond à ceux qui disent que Jésus a été conçu en dehors de tout lien de mariage, en qualifiant leur affirmation d’«ignoble calomnie»: «Parce qu’ils n’ont pas cru, parce qu’ils ont proféré une horrible calomnie contre Marie» (Coran, iv, 156). Aussi, comme pour les chrétiens, un musulman qui ne croit pas à la naissance miraculeuse de Jésus, serait coupable d’un blasphème, voire d’une hérésie.
    Sur un autre plan, mais toujours dans le même sens, quand des spécialistes expriment leur étonnement devant certains comportements de Jésus envers sa mère, ou son attitude parfois violente, rapportés par les Évangiles, le Coran donne de Jésus une image d’un homme de paix et d’extrême bonté, notamment envers sa mère, comme il l’exprime lui-même: «Je suis, en vérité, le Serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre, Il a fait de moi un prophète; Il m’a béni, où que je sois. Il m’a recommandé la prière et l’aumône, tant que je vivrai, et la bonté envers ma mère. Il ne m’a fait ni violent, ni malheureux. Que la paix soit sur moi, le jour où je naquis, le jour où je mourrai, le jour où je serai ressuscité». (Coran, XIN, 30-33). C’est dire que Jésus occupe une place de choix dans le Coran. Il apparaît dans une dizaine de sourates, (chapitres), sous le nom de «Issa Ibn Mariam», «Jésus, fils de Marie», «Al-Massih», «le Messie». Comme l’a déclaré Ali Merad, dans une conférence donnée à l’Institut pontifical d’études arabes à Rome, sous le titre «Le Christ selon le Coran»: «telle qu’elle est présentée dans le Coran, la personne de Jésus est des plus fascinantes, mais autant elle inspire un grand intérêt, elle suscite des interrogations troublantes». Certains auteurs ont affirmé que son nom est chargé, à la fois, de splendeur et de mystère. Ceci dit, si les spécialistes musulmans de Jésus soutiennent que c’est dans le Coran que l’on trouve la véritable image que se fait l’islam de Jésus, la tradition littéraire arabo-musulmane rapporte des centaines de dits et récits attribués à Jésus, lesquels ont été rassemblés par Tarif Khalidi dans ce qu’il a qualifié d’Évangile musulman et qu’il a publié dans un ouvrage intitulé «Un musulman nommé Jésus».
    De même, Faouzi Skali a décrit la personne de Jésus dans la tradition soufie. Ainsi, ce que le Coran dit de Jésus n’est pas susceptible d’amplifier les interrogations le concernant, mais, au contraire, apporte des réponses à ces interrogations et conforte les chrétiens dans la plupart de leurs croyances. Aussi, le but principal de ce livre est de faire connaître, en ces temps agités où subsistent de nombreuses incompréhensions entre l’islam et le monde occidental, la place qu’occupent Jésus et sa mère dans le Coran et la vénération partagée par les chrétiens et les musulmans pour un homme exceptionnel qu’est Jésus, fils de Marie. Tout dernièrement (février 2017), recherchant le même but, Fawzia Zouari a publié, sous sa direction, un ouvrage intitulé «Douze musulmans parlent de Jésus» où elle a réuni des articles sur Jésus de douze écrivains et philosophes musulmans. Dans ce livre, elle émet le vœu, qui est aussi le nôtre, de refonder la force du lien entre les deux communautés, chrétienne et musulmane, à travers la figure universelle de Jésus.

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