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    Economie

    Enseignement en français: «Arrêtons de faire diversion, l’avenir du pays est en jeu!»

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5501 Le 23/04/2019 | Partager
    Si rien n’est fait, le Maroc n’aura plus de scientifiques pour accompagner son développement
    La production scientifique mondiale traduite en arabe est marginale
    Dans ce contexte, de nouveaux mots sont inventés chaque année, la plupart jamais traduits
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    «La décision qu’on prendra sur cette question cruciale de l’enseignement des matières scientifiques va dessiner notre trajectoire pour les 50 voire les 100 années à venir», indique Mostapha Bousmina, président de l’UEMF et membre de la Conférence des présidents d’université (Ph. YSA)

    - L’Economiste: Que pensez-vous de la tournure qu’a pris le débat sur l’enseignement des matières scientifiques en langues étrangères au sein du parlement?

    - Mostapha Bousmina: Je suis peiné et consterné de constater qu’on mélange, à tort et à travers, tout et on ne résonne pas de manière rationnelle sur le sujet. On fait intervenir d’autres considérations qui n’ont rien à voir avec l’intérêt des enfants marocains et par ricochet celui de notre pays. Quand on n’a pas d’arguments tangibles à faire valoir, on fait diversion et on fait appel aux idées populistes. Tout cela n’est pas crédible et relève plutôt de l’absurde que de la rationalité qui doit prévaloir en pareil cas.  

    - Quelles sont ces considérations?
    - Le seul argument avancé par ceux qui bloquent l’adoption de la loi cadre sur l’enseignement est la question de l’identité. Or sur ce volet, personne dans ce pays n’a le monopole de l’identité. Personne ne peut dire qu’il est plus Marocain que les autres ou qu’il a une identité nationale plus affirmée. On associe à tort la langue arabe à l’identité. Or si on s’aventure sur ce terrain glissant, certains pourront faire valoir la langue Amazigh ou encore le Hassani pour l’enseignement, car ces deux langues font partie de l’identité nationale comme stipulé dans l’article 5 de la constitution. Tout cela n’est pas sérieux.

    - Pourquoi commencer avec le français?
    - Pour diverses raisons rationnelles et pragmatiques. D’abord, il est actuellement plus facile au Maroc d’enseigner en français qu’en anglais. C’est notre histoire. Il faut l’assumer. D’autres pays assument leur histoire. C’est le cas par exemple des pays du Commonwealth où on enseigne en anglais. Deuxièmement, le monde des affaires au Maroc fonctionne essentiellement en français. Nier cela, c’est être amnésique ou de mauvaise foi.

    - Que pensez-vous des arguments avancés par les uns et les autres?
    - À l’exception de la question de l’identité et hormis le discours populiste non crédible, il n’y a aucun argument valable à opposer à l’adoption de la loi cadre sur l’enseignement. On distille de manière perfide et saugrenue l’idée de la francisation de l’enseignement au Maroc. Ceci est strictement faux et on induit l’opinion publique en erreur. Il faut être clair et précis. Stricto sensu, le projet de loi ne parle que de l’enseignement des matières scientifiques et notamment les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie-géologie, l’informatique et la technologie et non de toutes les autres matières qui sont enseignées en arabe.
    - Que faut-il faire pour aller de l’avant?
    - Si on veut être sain et constructif, qu’on mette en défaut les arguments suivants. D’abord, la fracture brusque et brutale entre l’enseignement des matières scientifiques à l’Université en français et l’enseignement de ces mêmes matières avant le baccalauréat en arabe. Beaucoup d’étudiants avec un profil scientifique n’arrivent pas à suivre, décrochent et s’orientent vers les matières littéraires et juridiques qui sont enseignées en arabe avec comme conséquence un avenir bouché après leur diplôme. Ensuite, la production scientifique mondiale se fait essentiellement dans les langues étrangères et essentiellement en anglais et dans une certaine mesure dans d’autres langues y compris le français. En outre, la traduction en arabe de la production scientifique mondiale est marginale. Des petits pays par le nombre comme le Portugal, la Grèce ou la Suède traduisent plus que l’ensemble des pays arabes réunis. De nouveaux mots scientifiques et techniques sont inventés chaque année et la plupart d’entre eux ne sont traduits en arabe que des années plus tard et d’autres ne sont jamais traduits.

    - L’enseignement des matières scientifiques en arabe serait-il d’une grande fatalité?
    - Tout à fait. L’expérience de l’enseignement des matières scientifiques en arabe est un réel échec. L’échec, ce n’est pas échouer, mais c’est de s’entêter et de continuer dans la même voie qui ne mène nulle part. Il faut se ressaisir et changer de cap, sinon nous serons acculés pour toujours au même mur. L’enseignement des matières scientifiques en arabe a aussi causé une désaffection forcée des étudiants par rapport aux matières scientifiques. Seuls environ 12 % des bacheliers s’orientent vers cette voie. Si rien n’est fait, d’ici quelques années, le Maroc n’aura plus de scientifiques et d’ingénieurs pour accompagner son développement.
    En tout cas, pas en nombre suffisant. Cette situation hautement dangereuse pour le pays a causé une flagrante. Ceux qui ont les moyens placent leurs enfants dans les écoles privées où ces matières sont enseignées dans les langues étrangères. Les familles pauvres n’ont d’autre choix que de les scolariser dans le public où ces matières sont enseignées en arabe. Les enfants des riches et ceux des pauvres n’ont pas la même égalité des chances pour leur avenir avec un creusement abyssal du fossé entre les classes sociales. La classe moyenne, quant à elle, consent de lourds sacrifices pour envoyer ses enfants dans le privé en coupant de manière drastique sur le budget familial. Une grande partie de cette classe se retrouve avec une baisse importante de son pouvoir d’achat. Ceci a des conséquences néfastes sur la croissance économique du pays dont la classe moyenne est supposée être le moteur.

     - Les députés PJD ont fait volte-face à l’appel de Benkirane. Pour lui, les professeurs qui enseignent actuellement les matières scientifiques en français dans les universités marocaines ont eu un enseignement en arabe et n’ont aucun mal à assurer leur fonction. Que lui répondez-vous?
    - Je ne suis qu’un simple académicien apolitique qui donne son avis scientifique. L’argument que vous avez évoqué est simplement faux. Beaucoup de nos professeurs-chercheurs actuels ont étudié dans le système bilingue à l’époque où les matières scientifiques étaient enseignées en français. Allez faire un tour à la faculté des Sciences de l’Université Mohammed V-Rabat et vous constaterez par vous-même. Mais, il y a également des professeurs qui ont effectivement étudié en arabe. Avec tout le respect que j’ai pour mes collègues, un grand nombre parmi eux trouve beaucoup de difficultés à enseigner les matières scientifiques en français et aussi à faire de la recherche scientifique qui se base essentiellement sur une production scientifique en anglais.

    Nation spectatrice...

    Pour Mostapha Bousmina, «il y a parfois des colères saines et surtout quand il s’agit d’un sujet aussi important que celui de l’enseignement des matières scientifiques à une époque où la maîtrise des sciences et des technologies devient un impératif incontournable pour pouvoir se développer et faire face à la compétition économique exacerbée à l’échelle internationale». «Si on ne prend pas maintenant la bonne décision, nous serons relégués parmi les nations spectatrices de ce qui se passe dans le monde et simples consommatrices de technologies en perdant toute maîtrise de notre avenir et de notre souveraineté», estime-t-il.

    Propos recueillis Par Youness SAAD ALAMI

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