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    Culture

    Un petit délice de conte philosophique

    Par Nadia SALAH | Edition N°:5494 Le 12/04/2019 | Partager
    On rit de bon cœur avec la plume de Benoît Duteurtre
    Toute ressemblance avec la politique française n’est absolument pas fortuite
    Le roman qui guérit la sottise
    benoit_duteurtre_094.jpg

    Benoît Duteurtre a écrit une grosse  vingtaine de livres. 24 exactement et le 25e est sous presse. Il a reçu le Prix Médicis pour un roman de 2001 «Le Voyage en France». La réédition post-Prix préfèrera changer la couverture par une reproduction d’un tableau de Monnet, La Terrasse et ce pour correspondre à un des personnages. Il a aussi reçu le Prix de l’Institut de France en 2017, pour l’ensemble de son travail.  Un de ses ouvrages, la Petite fille et la cigarette, a fait l’objet d’une bande dessinée (Ph. AFP)

    Thomas, un jeune député sérieux et appliqué part en voyage d’études en Rugénie. C’est le pays idéal, écolo, social, démocratique… sans voitures mais avec tri sélectif, des «concours de diversité»… Le paradis rêvé des bobos (bourgeois-bohèmes) de notre temps.

    C’est, bien sûr, un conte philosophique. Très drôle, il s’en prend évidemment aux travers de la société française, heureusement évités au Maroc sauf dans une toute petite frange de la population urbaine. Ce n’est pas le Royaume certes, mais c’est salutaire de voir la paille dans l’oeil du voisin, surtout si elle est amusante.

    Un petit échantillon:
    Notre gentil député se fait contrôler à l’arrivée. Il sourit et tente de nouer conversation avec la douanière en lui disant combien il était content de visiter son pays, la patrie mondiale du développement durable. Ce qui le mena tout droit au poste de police pour «harcèlement sexuel»!

    On ne plaisante pas avec ce délit. Au contraire il faut rattraper 40.000 ans ou plus d’esclavage des femmes par les hommes.  Alors on en rajoute, sans discussion possible.

    Même tabac pour les élevages de vaches. Elles polluent à cause de leurs divers  «rejets». Alors fini l’élevage. Il ne restera que des fermes décoratives pour la promenade. Le lait et le fromage seront importés, y compris pour le resto de la ferme décorative.

    La Rugénie était un pays germanophone de tout temps. Sauf qu’il ne faut plus blesser les sensibilités. «Au nom des victimes du passé»,  l’allemand fut banni. On le parle pourtant partout. Heureusement, sinon comment faire avec les touristes? Tiens! Cela nous rappelle quelque chose, mais qu’est-ce donc?

    Alignant le «politiquement correct» d’aujourd’hui, le livre va d’une ânerie à l’autre, sans désemparer.

    en_marche_094.jpg

     

    On découvrira ces sornettes politiques, sociales, juridiques et écologiques tout au long des deux cents pages de «En Marche» (NRF-Gallimard). D’ailleurs le titre «En Marche» n’est pas innocent: on reconnaitra le terme de ralliement des électeurs d’Emmanuel  Macron, devenu président de la République française en 2017. Les piques contre Macron sont financières (et oui, les âneries financières politiquement correctes existent aussi). Les piques contre d’autres partis, des médias…  concernent très largement l’écologie mais aussi la gestion municipale, les organisations festives, les transports, l’immigration….

    Les vieux Rugènes, les habitants de la Rugénie, ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ont la mémoire du bon sens mais ils se font de plus en plus prudents pour le rappeler. Et pour cause….

    Le Professeur Gloss est devenu le «Dieu de la machine» devenue folle. Ce loustic de Gloss s’est taillé une situation en or dans cette folle Rugénie. Le désir de lui plaire ou la peur de lui déplaire sont capables de déclencher une guerre. Une vraie celle-là.

    Comment ce livre peut-il finir? Thomas est-il expulsé? Non. Pendu? Non. Rentre-t-il  gentiment chez lui? Non. Son rapport d’enquête est-il bien accueilli au parlement français ? Non, non et non.

    Benoît Duteurtre est bien plus malin que ça!

                                                                                          

    L’humour léger, le plus difficile?

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    Caustique n’est pas exactement le qualificatif qui conviendrait à l’auteur, car chez lui la musique adoucit les moeurs. Benoît Duteurtre est un as de la drôlerie, cet humour simple et léger. Mais il n’est surtout pas cynique ou méchant.

    La critique professionnelle n’aime pas beaucoup cet auteur. Le journal Le Monde l’avait comparé à un personnage repoussoir,  Robert Faurisson. Duteurtre est allé en justice et a gagné la publication de sa mise au point.  La justice et la loi sont très différentes au Maroc. Passons. On reproche à l’écrivain Duteurtre une expression trop simple de journaliste, ce qu’il est. Il est vrai aussi que le modèle pour faire sourire est souvent le même: mettre le personnage devant une incongruité qu’il décrira comme normale et logique.  Si on lit les 25 ouvrages Duteurtre à la chaîne, cela peut finir par déplaire. Mais un de temps en temps décrasse les idées.

    Que diriez-vous d’une ville privatisée par ses promoteurs dans une jeune démocratie déjà mourante? La Cité heureuse.

    Que ferait un Général de Gaulle miraculeusement ressuscité, saisi par l’Europe d’aujourd’hui?  «Le retour du général» remède riant pour les -trop- fans de l’homme d’Etat ou de l’UE.

    Et si  «L’ordinateur du Paradis», omniscient par définition, avait conservé tous vos courriels (mails) ? Bonjour les tourments… de l’enfer, dont la bureaucratie est efficace comme sur Terre.

    N.S.

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