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    Politique

    Adhésion à l’Istiqlal, cohérence de la majorité, gouvernance… Benhima revient

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5489 Le 05/04/2019 | Partager
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    «Ce sont les classes moyennes qui propagent en premier lieu la morosité. Elles se sentent touchées depuis quelques années par un phénomène de précarisation», estime l’ancien ministre Driss Benhima

    Réputé pour son franc-parler, Driss Benhima explique les raisons de son adhésion à l’Istiqlal qu’il considère «plus diversifié, plus ancré dans le Maroc profond». Selon lui, le fameux article 47 de la Constitution (qui prévoit que le chef du gouvernement soit désigné dans le parti arrivé en tête des élections) «pénalise gravement la situation politique et l’action gouvernementale». Quant au modèle de développement, il estime indispensable de «revenir à ses fondamentaux qui n’ont pas été respectés».

    - L’Economiste: Pour entrer en politique, vous avez choisi l’Istiqlal. Pourquoi ?
    - Driss Benhima: C’est une bonne question que je me suis moi-même posée, je dois le dire, après avoir pris la décision en fait. Il y a des choses comme cela que l’on fait sans trop théoriser et cela demande de l’introspection ensuite pour expliquer sa propre démarche. Je vois alors trois sortes de raisons. Tout d’abord, et contrairement peut-être aux apparences, le rôle des décideurs politiques s’est beaucoup renforcé. Si nous prenons le cas de n’importe quel secteur, il y a d’un côté les grands chantiers pour lesquels toutes les énergies se mobilisent, mais il y a de l’autre des problématiques complexes que seul le ministre peut affronter au quotidien et où il doit trouver un compromis positif entre des parties prenantes beaucoup plus influentes et nombreuses qu’autrefois. Participer aux débats et à l’élaboration d’une pensée politique est donc pour moi, à la fois, une activité personnelle compatible avec ma situation et une façon de défendre, à un échelon modeste, mes conceptions du bien public cultivées durant quarante-deux ans de service public.

    - Une fois pénétré de l’utilité de participer au débat politique, quel parti choisir? 
    - Là encore, malgré certaines apparences, je pense que mon choix instinctif est en fait assez naturel. Je reconnais quatre principes profondément ancrés dans le parti de l’Istiqlal. Premièrement, le nationalisme, c’est-à-dire la volonté de défendre l’indépendance de notre pays sous toutes ses formes, et pas seulement politique. Deuxièmement, la défense et la promotion de notre identité culturelle fondée sur la conviction de partager des valeurs collectives. Ces valeurs viennent du plus profond de l’histoire et elles conjuguent le respect de la diversité et le refus militant des communautarismes linguistiques ou sociaux. Les expressions culturelles fortes qui parsèment le pays, qu’elles soient sahariennes, amazighes, africaines et même européennes et juives sont des constituants de la nation marocaine, l’Oumma Maghribia dont parlait Allal El Fassi. Il est vrai qu’il y a eu des velléités au sein de la classe politique marocaine d’après l’indépendance de propager une identité culturelle nationale centrée sur le modèle, sensiblement réinventé, de la bourgeoisie urbaine des villes andalouses. L’Istiqlal n’a pas échappé à ce mouvement inspiré par le panarabisme et le salafisme, mais c’est largement dépassé et je suis convaincu que le parti prend de plus en plus en compte la réalité très diverse de notre société. 

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    «Les citoyens assistent médusés à une cacophonie de partis qui ne partagent pas et de manière profonde les mêmes objectifs politiques»

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    - Les technocrates donnent l’impression d’être plus attirés par le RNI. Ce n’est pourtant pas votre cas.
    - C’est vrai qu’historiquement, le RNI a été un parti de cadres issus du secteur public qui trouvaient dans cette formation le prolongement de leur action de technocrates, sans renier leur neutralité politique par rapport à des positions partisanes idéologiques qui devaient leur paraître inutiles. Aujourd’hui, il semble que ce sont plus des responsables du secteur privé qui choisissent le RNI, mais je suis incapable de répondre à leur place quant à leurs motivations profondes. Mais c’est vrai aussi que je dois beaucoup au RNI. Ses dirigeants et ses députés m’ont toujours soutenu dans mes positions comme responsable public et particulièrement dans mes nombreuses convocations au Parlement, cinq en trois ans entre 2012 et 2014. Mais ce n’est pas tout à fait le même RNI que maintenant comme l’Istiqlal n’est plus tout à fait le même qu’avant. Je trouve l’Istiqlal plus diversifié, plus ancré dans le Maroc profond.

    - Pourquoi avoir attendu l’âge de la retraite pour investir le champ politique?
    - Tout d’abord, le contraire est beaucoup moins naturel je trouve, c’est-à-dire de se découvrir une appartenance politique au moment de prendre une responsabilité officielle. Et il y a la grande question du conflit d’intérêts. En vingt ans comme responsable d’établissement public, j’ai eu des ministres de tutelle Istiqlal, RNI et PJD en plus d’un Premier ministre, président du conseil d’administration de l’Office national de l’électricité, USFP. Je crois que mes rapports avec eux auraient été plus difficiles si j’avais eu une couleur politique. Et je n’aurai peut-être pas pu bénéficier du soutien décisif du Mouvement Populaire pour le montage financier du Programme d’électrification rurale global en 1995. Nous avons réalisé des expériences «Pré-Perg» dans des communes rurales présidées par le MP et leur succès a entraîné l’approbation du gouvernement. Cependant, durant la réalisation du programme, la neutralité politique de la direction de l’Office a garanti qu’aucune pression partisane n’a orienté les choix des grappes de villages à électrifier.
    C’est donc important, à mon sens, qu’un patron du public soit indépendant et jamais en situation de critiquer politiquement le gouvernement. D’ailleurs, j’ai toujours refusé aussi d’être actif à la CGEM pour les mêmes raisons. Mais rien n’interdit d’appuyer les positions de son entreprise en utilisant tous les alliés politiques que l’on peut convaincre. J’en ai parlé pour le MP dans le démarrage du Perg, mais j’ai réussi aussi à convaincre le groupe parlementaire PJD pour des amendements sur les taxes aériennes touristiques et le code de l’aviation civile. Dans chaque cas, pour les seuls intérêts du service public, c’est-à-dire des intérêts du citoyen.

    «La désorganisation urbainen’a jamais été aussi forte»

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    Plusieurs fois ministre, Driss Benhima affiche à son compteur une longue expérience dans la gestion des affaires publiques. DG de l’ONE puis de l’Agence de promotion et de développement des provinces du nord et PDG de la RAM. Il a effectué un passage remarqué en tant que Wali de Casablanca. Auteur de la fameuse «Barcelone ou Calcutta», il avait tenté de faire bousculer les habitudes de gestion de la ville. Driss Benhima a également été président du comité national chargé de présenter la candidature du Maroc à la Coupe du monde 2006

    - Comptez-vous vous présenter aux prochaines élections législatives et municipales?
    - Ce n’est actuellement pas dans mon agenda. Pour l’instant, je me satisfais pleinement de ma participation à l’Alliance des économistes istiqlaliens.

    - En cas de remaniement et entrée de l’Istiqlal au gouvernement, quelles sont vos chances d’être ministre? 
    - Je ne sais pas quoi répondre alors je répète la même réponse que précédemment: je ne suis qu’un membre de base de l’Alliance.

    - Quelle est votre lecture de la situation politique marocaine et quels sont les reproches que vous formulez au gouvernement?
    - Vous m’attirez loin de ma zone de compétence et  j’ai peur de ne pas être pertinent. Tout ce que je peux dire c’est que j’approuve Nizar Baraka lorsqu’il préconise la réécriture de l’article 47 de la Constitution. Cet article prévoit que le chef du gouvernement soit désigné dans le parti arrivé en tête des élections. Il ne dit pas explicitement comment agir si ce chef du gouvernement n’arrive pas à constituer une majorité parlementaire dans un délai raisonnable. La majorité actuelle donne l’impression d’être artificielle et ne serait sûrement pas la même sans l’article 47. Ceci décrédibilise l’action gouvernementale et empêche même la solidarité gouvernementale sur les sujets importants. Les citoyens assistent médusés à une cacophonie de partis qui ne partagent pas et de manière profonde les mêmes objectifs politiques. Cette décrédibilisation affecte même l’applicabilité des lois. Tous les groupes de pression et tous les corporatismes se sentent libres de contester leur application dès qu’elles les dérangent et semblent souvent avoir gain de cause, du fait du déficit de la cohésion de la majorité. L’article 47, à mon sens, pénalise gravement la situation politique et l’action gouvernementale. Plus vite il sera changé, mieux se sera, et le mieux serait de simplifier et de supprimer toute référence à une appartenance partisane du chef du gouvernement désigné.

    - Il y a une impression d’attentisme sur tous les plans, économique, politique, … A quoi l’attribuez-vous? 
    - Tout le monde s’accorde apparemment à dire qu’il y a une crise de confiance. Ce qui paraît sûr, selon moi, est que la situation est bien meilleure, en fait, que l’ambiance. Je crois que c’est aussi l’analyse du Parti de l’Istiqlal, ce sont les classes moyennes qui propagent en premier lieu la morosité. Elles se sentent touchées depuis quelques années par un phénomène de précarisation. Les accès à la santé, à l’éducation, à l’emploi et au logement sont devenus plus difficiles pour cette tranche de la population. Ajoutez à cela que ce sont les classes moyennes urbaines qui ont placé en tête le parti majoritaire et elles sont déçues. Le PJD tient toutes les grandes villes, mais la désorganisation urbaine n’a jamais été aussi forte. Seuls les grands projets inspirés par Sa Majesté se réalisent et certains ont le culot de s’en prévaloir. En bref, les classes moyennes souffrent et l’ambiance s’en ressent.

    «Le libéralisme est entré par effraction dans notre pays»

    - Le débat sur le nouveau modèle de développement ne semble pas prendre. Qu’est-ce qui manque? 
    - Je suis moins sévère que vous. Je trouve que les débats s’enchaînent et sont de qualité. En fait, nous n’allons pas réellement changer de modèle de développement qui va rester centré sur le libéralisme et le recours à l’initiative privée comme moteur du développement. Mais nous ferons deux choses. D’abord, revenir aux fondamentaux de ce modèle qui n’ont pas été respectés comme l’équité fiscale, la régulation des marchés et la bonne gouvernance, quoiqu’elles aient figuré telles quelles dans le Consensus de Washington qui est le fondement du modèle en cours au Maroc. Ceci d’un côté. De l’autre, nous devons affronter les nouveaux défis de la mondialisation, en particulier l’accroissement des fractures territoriales et sociales, ce qui impose la mise en place d’un dispositif nouveau de solidarité. Mais le vrai enjeu de ces débats sur le nouveau modèle de développement, c’est son appropriation. Le libéralisme est entré par effraction dans notre pays, imposé par l’échec du modèle précédent caractérisé par le rôle direct de l’Etat dans l’économie. 
    Cette entrée n’a pas été accompagnée par la pédagogie nécessaire et des concepts importants, comme la citoyenneté de l’impôt et la lutte contre l’économie de rente, ne sont pas en fait profondément compris et acceptés. Nous avons une occasion en or de propager ces concepts.

     

    «Pax Marocana»

    «L’Istiqlal, et c’est la quatrième raison qui m’attire en lui, est la seule formation, à mon sens, qui a vraiment réfléchi et intégré le contrat social sur lequel reposent l’unité nationale et la stabilité des institutions. Ce contrat social, cette Pax Marocana, qui est l’assise de la stabilité et de la résilience du Maroc et des Marocains, est le pacte entre la monarchie et le peuple», affirme l’ancien wali de Casablanca. Selon lui, le Trône assure la défense des intérêts premiers de la communauté nationale, l’arbitrage entre les différentes forces qui agitent la société et la garantie de l’ordre public musulman et, en échange, le peuple lui accorde son allégeance. «Comment respecter ce contrat social et le faire évoluer dans des formes modernes qui s’inscrivent dans les valeurs universelles de la démocratie et de l’Etat de Droit. C’est cette démarche qui caractérise le Royaume depuis très longtemps et explique sa singularité». Démarche pas facile que l’Istiqlal a toujours soutenue parce qu’il l’a fortement intériorisée. «Je ne vous surprendrai pas en vous disant qu’il y a aussi la nature personnelle des dirigeants d’aujourd’hui qui est intervenue dans mon choix que je n’aurais pas fait lors de la direction précédente… », a-t-il précisé.

    Mohamed CHAOUI

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