×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Société

    Code de la famille: La révision passe par la refonte de l’héritage

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5476 Le 19/03/2019 | Partager
    Le PPS se repositionne dans la pensée progressiste
    La règle de Taâssib est un système tribal, sans aucune référence religieuse
    Abou Hafs propose une lecture historique du Coran

    Nabil Benabdallah revient aux fondamentaux. En organisant une conférence sur l’égalité devant l’héritage, le secrétaire général du PPS négocie un virage à gauche. Timidement, puisque l’intitulé officiel de la rencontre n’a pas cherché à heurter les sensibilités politiques: «l’égalité entre les exigences de la modernisation et le contenu de la pensée religieuse».

      Le patron du parti reconnaîtra que le sujet a été discuté au bureau politique. Initialement, la conférence devait s’intituler «l’égalité dans l’héritage». Mais, les camarades se sont ravisés pour aborder la thématique sous un angle global alors que l’héritage n’était qu’une partie de la problématique, a-t-il dit. Toutefois, le constat de l’ancien ministre est sans appel: la pensée progressiste est en recul. D’où la nécessité de reprendre l’initiative en plaçant l’égalité au cœur du combat démocratique.

    Les sujets tabous ont des chances de provoquer des débats de société. C’est pourquoi le PPS a choisi cette thématique en rappelant que les combats du passé ont permis au Maroc de réaliser des avancées au cours des années 90 et au début 2000. Il est donc nécessaire d’impulser une nouvelle dynamique, sans tomber dans une quelconque provocation ou excitation des autres.

    Ainsi, pour compenser le recul flagrant des surfaces occupées par la pensée progressiste et traiter la question de l’égalité devant l’héritage, Nabil Benabdallah a invité Mohamed Abdelouhab Rafiki, plus connu sous le sobriquet d’Abou Hafs, ancien salafiste et ex-détenu dans le sillage des évènements terroristes de 2003. Aujourd’hui, il est islamologue. Le débat a été animé par Charafat Afailal, ancienne secrétaire d’Etat chargée de l’Eau.

    Visiblement, Mohamed Abdelouhab Rafiki était en terrain conquis au point que l’assistance l’a applaudi à maintes reprises, particulièrement lorsqu’il a proposé une lecture historique du Coran. Il fait la distinction entre le message de Dieu à ses croyants et les textes visant la réglementation des relations sociales. Cette dernière partie doit faire l’objet de révision.

    Pour convaincre, il donne l’exemple de la règle de Taâssib en héritage, «un système tribal sans aucune référence religieuse et ne correspondant pas aux réalités que nous vivons. Elle visait à protéger le patrimoine de la tribu, «en permettant à un oncle ou un cousin lointain d’hériter du défunt lorsque sa progéniture ne comporte que des filles est une absurdité», dit-il. A l’époque, l’oncle prenait en charge la femme et les filles du défunt alors que maintenant, il ne les connaît même pas, indique-t-il.

    En plus, le contexte a changé et cette pratique n’est plus compatible avec la vie des familles. Aujourd’hui, les femmes travaillent et prennent en charge 20% des familles marocaines, selon les statistiques officielles, citées par Mohamed Abdelouhab Rafiki. Pour lui, cet aspect du code de la famille doit être révisé.

    Sur d’autres sujets, Abou Hafs  n’y va pas par quatre chemins. Ainsi, il a abordé la filiation de l’enfant au père biologique, né d’une relation extraconjugale. Aujourd’hui, les techniques de la recherche moderne comme notamment l’ADN, fournissent des preuves tranchantes. Malheureusement, la loi ne reconnait pas ces avancées scientifiques. Pour convaincre, il a cité l’exemple du juge de Tanger qui avait autorisé la filiation. Un jugement que la Cour d’appel s’était empressée d’annuler.

    Mohamed Abdelouhab Rafiki est direct: la religion est un obstacle au développement de la femme alors que plusieurs textes sont d’ordre civil. La révision du système d’héritage s’est confrontée à des textes anciens. Pour convaincre, il fait référence à «l’Islam qui a honoré les femmes» et qui a été pionnier dans la consolidation de leurs droits. Or, ceux qui avancent cette thèse sont ceux-là même qui consacrent l’infériorité des femmes et les dépouillent de la responsabilité.

    Et à ce titre, elles ne peuvent prétendre au droit de l’égalité complète. Si la femme s’abstient de son devoir conjugal au lit avec son mari, elle sera maudite par les anges, souligne-t-il. Sur ce sujet aussi, il fait une lecture historique en affirmant qu’il est injuste de juger les droits apportés par l’Islam aux femmes avec la logique d’aujourd’hui.

    Pour mieux saisir le sujet, il est nécessaire de revenir au contexte historique. Ainsi, la femme était considérée comme un bien faisant partie de l’héritage légué par un homme après sa mort. Avec l’Islam, elle est devenue héritière, avec une demie part. Ce qui était considéré comme une révolution par rapport aux pratiques du passé au point que des tribus enterraient leurs filles vivantes.

    Cette dynamique a été stoppée après la prise du pouvoir par les Omeyades et les dynasties ultérieures qui ont transformé les textes religieux en véritable obstacle au développement de la situation de la femme.  Il a fallu attendre le début du 20e siècle pour que le monde musulman connaisse une dynamique de renaissance.

    Sauf que les écrits des réformateurs n’ont plus dépassé le stade de la défense. Leurs plaidoiries s’étaient limitées aux réponses subjectives en comparaison avec les problématiques occidentales.

    Changement

    Après 15 ans de sa mise en place, les appels à la révision du Code de la famille se multiplient. Pour Mohamed Assid, activiste au niveau des droits de l’homme et dans le mouvement amazigh, ce Code devrait prendre en compte les nouvelles dispositions de la Constitution, particulièrement la primauté des conventions internationales sur le dispositif national et l’article 19 consacrant l’égalité entre les deux sexes. Les faiblesses qui plombent le Code actuel poussent à l’amender au niveau de la tutelle, de la polygamie et de l’héritage. Mohamed Assid comme Mohamed Abdelouahab Rafiki sont formels: «nous ne pouvons réviser le Code de la famille sans toucher au système d’héritage».

    M.C.

    • SUIVEZ-NOUS:

    1. CONTACT

      +212 522 95 36 00
      abonnement@leconomiste.com
      mareaction@leconomiste.com
      redaction@leconomiste.com
      publicite@leconomiste.com
      communication@leconomiste.com

      70, Bd Al Massira Khadra
      Casablanca, Maroc

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc