Politique

La majorité piégée par ses contradictions

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5471 Le 12/03/2019 | Partager
Le PJD fonctionne à deux têtes
Akhannouch bouscule les habitudes électorales
L’Istiqlal appelle à réviser la Constitution pour débloquer la situation

A mi-mandat de ce gouvernement, la majorité semble encore timorée par des tiraillements internes. L’échiquier politique est marqué par la domination du couple PJD-RNI. L’affrontement sur le terrain politique est exacerbé. Le PJD, longtemps présenté comme modèle de l’organisation, est aujourd’hui traversé par un problème qu’il n’arrive pas à évacuer.

En effet, le parti fonctionne à deux têtes. Saâdeddine El Othmani est officiellement le secrétaire général. Dans la pratique, son action est politiquement parasitée par un Abdelilah Benkirane qui ne semble pas prêt à prendre sa retraite. Il commence même à goûter aux délices du sniper. Ses sorties via le Net affectent profondément le PJD où ses partisans sont nombreux. Après les attaques contre le président du RNI, l’ancien chef du gouvernement s’est trouvé de nouvelles cibles.

Ainsi, il s’en est pris dernièrement aux présidents de deux instances constitutionnelles que sont le Conseil de la concurrence et le CNDH. Il a qualifié Amina Bouayach de rouler pour le PAM et Driss El Guerraoui d’outrepasser ses attributions. Lors de la dernière réunion de la majorité, mercredi 6 mars, les partis de la coalition gouvernementale ont sommé le secrétaire général du PJD de trouver une solution. Ils ont abordé cette question, mais se sont abstenus de la mentionner dans le communiqué de presse publié à l’issue de cette réunion.

Le PJD, qui puisait ses forces dans la faiblesse des autres partis, est malmené. En fait, il est dérangé par le RNI qui, après une immersion à cause de la campagne de boycott, a repris du poil de la bête. La montée en puissance de Aziz Akhannouch se confirme de semaine en semaine, visible lors des réunions dans les régions qui se multiplient les week-ends. Depuis qu’il est président après la débâcle du parti lors des législatives d’octobre, il a insuflé une dynamique qui est perceptible au nombre de participants dans ses réunions politiques.

PJD-RNI

Dans la restructuration enclenchée, il a donné la priorité à la création des organisations parallèles, comme notamment la jeunesse, les femmes, les ingénieurs, les avocats,… La dernière en date, l’organisation d’un congrès des MRE samedi dernier à Madrid. En outre, le RNI se réorganise avec l’arrivée de nouveaux profils et  un rajeunissement des cadres. Certains d’entre eux affirment que «le visage du RNI est en train de changer  au point de ne plus se limiter aux notables. Il dispose de la légitimité pour décrocher la primature en 2021».

Un autre considère qu’avec Aziz Akhannouch, le parti fonctionne comme si les élections sont dans quelques mois. Finis donc les vieux réflexes qui consistent à ne lever les rideaux des sièges qu’à l’approche des échéances électorales. De ce point de vue, les autres partis sont dérangés par le rythme accéléré qu’imprime le président du RNI trois ans avant les législatives. Visiblement, son objectif est de construire un parti fort, avec lequel il faudra compter.

Cela n’est pas du goût du PJD qui commence à calculer cette force montante. Toutefois, le rapprochement UC-RNI, entamé en vue de déboucher sur une fusion, n’a pas encore abouti. Des contestations commencent à monter dans les rangs de l’UC, amplifiées par des responsables qui ont peur de se voir marginalisés après leur intégration au sein du RNI. Ils ont interpellé leur secrétaire général, Mohamed Sajid, pour convoquer une réunion de la commission administrative du parti pour décider de sortir du groupe parlementaire du RNI et de créer un groupement propre. Il est à rappeler qu’au lendemain des législatives de 2016, les deux partis avaient décidé de constituer un groupe parlementaire commun dont la présidence a été confiée au député du RNI Taoufik Kamil.

Aujourd’hui, la volonté de dénouer ce lien entre les deux partis s’est également manifestée dans les rangs des députés du RNI. Les mécanismes de coordination ne semblent pas fonctionner et des histoires d’ego ne sont pas étrangères à cette vague de contestation.

L’Istiqlal n’apprécie par cette focalisation de l’échiquier politique sur le PJD-RNI qui le marginalise comme les autres formations. Son secrétaire général, Nizar Baraka, explique cette concentration sur ce duo par l’article 47 de la Constitution. En effet, celui-ci stipule  que «le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants et au vu des résultats».

Cette disposition est à l’origine de la compétition que se livrent les partis pour occuper la première place et décrocher le poste de chef de gouvernement, quels que soient les moyens utilisés. Pour éviter cette situation, le secrétaire général de l’Istiqlal propose de réviser la Constitution, particulièrement cet article pour atteindre une meilleure sérénité dans l’échiquier politique.

Le PAM devenu inaudible

Quant au PAM, il est au creux de la vague, plongé dans une crise interne depuis l’arrivée de Hakim Benchamach à la tête du parti. Pourtant, il est la deuxième force de l’échiquier politique après le PJD. Mais sur le terrain et au niveau du Parlement, il est inaudible. Ce qui a poussé des responsables à imposer au secrétaire général de partager le pouvoir et d’avancer la date du congrès à octobre prochain. Auparavant, le conseil national, présidé par Fatima Zahra Mansouri, tiendra une session décisive en avril prochain. En plus d’un nouveau président de cette instance, la commission préparatoire pour l’organisation du prochain congrès sera mise en place.
Le MP n’est pas non plus au top de sa forme. Même si c’est encore tabou, le parti est traversé par une question: le secrétaire  général Mohand Laenser a été reconduit à son poste lors du dernier congrès sans qu’il ne soit reçu en audience royale comme le veut la coutume. De même, l’électrodiagramme des représentations du parti dans les régions est plat. Idem pour les organisations parallèles du MP.

M.C.

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