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    Economie

    Une grève de routiers contre les routiers

    Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5466 Le 05/03/2019 | Partager
    Le ministre du Transport avait promis un dépassement de 30% de la charge utile
    Sous la pression de la CGEM, il a fait marche arrière
    Les opérateurs mécontents relancent la grève
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    Des milliers de camions ont fait l’objet d’une profonde modification pour pouvoir transporter jusqu’à 16 tonnes au lieu de 3,5 (Ph. Privée)

    Les transporteurs de marchandises prennent Abdelkader Amara au mot. Suite à leurs grèves au cours du dernier trimestre de 2018, le ministre, dans un PV de réunion, s’était engagé à faire preuve de souplesse jusqu’à 30% de surcharge. Une décision provisoire et pour le moins étonnante dans un pays où les accidents de la circulation représentent un fléau (près de 3.500 morts).

    Ne voyant rien venir, les transporteurs de marchandises ont déclenché une grève depuis jeudi 28 février à Casablanca qui devrait s’étendre à d’autres régions. Le mouvement social a commencé depuis vendredi dernier, par des sit in devant le marché de gros de Casablanca et certains quartiers commerciaux.

    L’impact a déjà commencé à se faire sentir au niveau des prix des fruits et légumes. Le ministre se trouve pris à son propre piège. La surcharge n’est pas légale dans le cas de ces camions et le patronat s’était élevé contre l’assouplissement des mesures de contrôle sur la route.

    «Nous avons appelé à une grève suite à la volte-face du ministre au sujet de la tolérance de la surcharge. C’est notre principale revendication», Mohamed Mahdi, président de l’Union syndicale des professionnels du Maroc. Les fédérations et syndicats de transport routier de marchandises, affiliés à la CGEM, devaient diffuser, hier lundi 4 mars, un communiqué pour se désolidariser de ce mouvement.

    Une position compréhensible puisque ces organisations professionnelles sont opposées à la surcharge qui génère une concurrence déloyale aux entreprises transparentes. Sont donc concernés par la grève les propriétaires des petits camions entre 3,5 et 19 tonnes qui utilisent la surcharge comme argument concurrentiel.

    Cette grève rappelle les dérives de l’économie de la rente et les travers d’une réforme mal engagée dans le domaine du transport de marchandises depuis 2003. Les camions en question, qui seraient au nombre de 40.000 selon les estimations de la profession, sont déjà en surcharge à vide par rapport à leur état initial.

    En effet, pour pouvoir transporter jusqu’à 16 tonnes de marchandises alors que leur charge utile ne devrait pas dépasser le quart, les propriétaires procèdent à différentes transformations telles que l’utilisation de pneus de gros camions, le changement d’amortisseurs, l’extension du châssis, un deuxième réservoir de carburant, etc.

    Du coup, le véhicule se retrouve en surcharge même en étant vide. Ce qui représente un risque certain pour la sécurité, sans oublier les implications en termes d’usure de la chaussée et la concurrence déloyale envers les autres opérateurs qui ne pratiquent pas la surcharge.

    Le problème de la surcharge des camions traîne depuis plusieurs décennies. En effet, il y a quelques années, face à la rareté des licences concernant les camions de 8 tonnes et plus, les transporteurs de marchandises se sont rabattus sur l’achat de petits véhicules de 3,5 tonnes ne nécessitant pas d’agréments.

    Ces derniers subissaient des transformations substantielles pour pouvoir transporter jusqu’à 4 fois leur charge utile. A l’évidence, il y a une collusion totale puisque ni les centres de visite technique ni d’immatriculation n’ont sévi.

    Mais aujourd’hui, cela représente un sérieux problème. Et le gouvernement n’a aucune vision pour le régler. A supposer que la promesse du ministre de tolérer jusqu’à 30% de surcharge soit tenue, ne serait-ce que provisoirement, cela aura des implications techniques et financières auxquelles les transporteurs n’ont pas pensé.

    «Le fait de passer de 3,5 tonnes à 12 ou 16 tonnes entraîne obligatoirement un changement de catégories de permis puisqu’il faudra passer du permis B à C. Il faudra également obtenir une carte professionnelle et un code du transport, obligatoire pour exercer. Ce qui passe par une mutation juridique.

    Le transporteur devra aussi s’acquitter de la vignette qui sera d’au moins 7.500 DH par an au lieu de 3.000 DH», précise Abderrahim Chennaoui, directeur de la Fédération nationale du transport de marchandises sur routes et ports, affiliée à la CGEM et opposée à la grève.

                                                                           

    Les établissements de formation au chômage

    Outre la tolérance de la surcharge, le ministre du Transport avait également promis d’accélérer la couverture sociale en faveur des salariés du secteur, l’instauration du gasoil professionnel… Le catalogue des promesses prévoit également la gratuité de la formation professionnelle obligatoire. Les personnes concernées attendent toujours la mise en œuvre de cet engagement et s’abstiennent de s’inscrire auprès des établissements de formation.

    Résultat: une quarantaine d’établissements privés, dont 26 déjà opérationnels, se tournent les pouces depuis plus de trois mois faute de clients. Rappelons que les frais de la formation de qualification initiale minimale obligatoire (FQIMO), instituée par le code de la route de 2010, s’élèvent à 3.000 DH pour la conduite de camion et à 8.000 DH pour l’autocar.

    Le problème qui risque de se poser maintenant est d’ordre réglementaire. La gratuité de la formation doit évidemment être prise en charge par une partie, l’Etat en l’occurrence. Or, il faudra lancer des appels d’offres pour sélectionner les établissements répondant aux conditions réglementaires.

    La formation initiale est obligatoire pour obtenir la carte professionnelle, mais elle a été reportée à plusieurs reprises en attendant l’ouverture des centres de formation. Du coup, des instructions étaient régulièrement transmises aux agents de contrôle pour fermer les yeux sur les chauffeurs n’ayant pas suivi la formation obligatoire jusqu’en 2017.

    Le ministère du Transport vient de diffuser une circulaire pour reporter cette obligation à 2021. Soit la même année que les prochaines élections législatives.

    Hassan EL ARIF

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