Economie

L'Acaps au Club de L'Economiste: L'assurance auto allume les feux de détresse

Par Franck FAGNON | Edition N°:5456 Le 19/02/2019 | Partager
Sa rentabilité ne compense plus les déficits de l'AT et de la maladie
Le régulateur va instaurer une provision pour risque tarifaire
L'activité générale reste dynamique: hausse de 7,5% des primes en 2018
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Le dynamisme commercial des dernières années masque des fragilités au niveau des branches automobile, maladie et accident de travail. Les deux dernières sont structurellement déficitaires. C'est mauvais pour le secteur si elles ne se développent pas de manière profitable, surtout avec la recrudescence de la concurrence sur l'automobile

L'assurance reste sur une belle dynamique et les chiffres provisoires de 2018 le confirment. Les primes émises l'année dernière ont augmenté de 7,5%, deux fois plus vite que la croissance du PIB. Quoiqu'en ralentissement, le chiffre d'affaires de la branche vie marque une progression de 7,2% alors que les primes non-vie se sont élargies de 7,7%. Le dynamisme commercial ces dernières années masque toutefois de grosses menaces qui pèsent sur la rentabilité des compagnies.

Les résultats techniques sont globalement positifs, mais de fortes disparités existent entre les branches. L'accident de travail et la maladie sont structurellement déficitaires. Le déficit moyen (mesuré par le ratio primes/coût des sinistres + frais de gestion) sur les cinq dernières années s'établit à 7% pour l'AT et 22% pour la branche maladie.

«Les compagnies ont tendance à utiliser ces couvertures comme des produits d'appel, notamment vis-à-vis des grands groupes dans l'espoir de les équiper d'autres produits comme l'assurance automobile. Tant qu'elles arrivent à équilibrer les pertes sur l'accident de travail et  la maladie par l'automobile, cela ne leur pose pas de problème», explique Hassan Boubrik, président de l'Acaps. Les marges qui s'amoncellent sur l'automobile, vache à lait historique des assureurs, remettent en cause ces pratiques.

La rentabilité de cette branche s'est beaucoup effritée ces dernières années sous l'effet de la poussée de la sinistralité et de l'augmentation de la fraude. De 88% en moyenne en 2012, le ratio combiné s'est établi à 93% à fin 2017.

Par ailleurs, la concurrence sur les prix va se renforcer et resserrer les marges. «Ce serait mauvais pour le secteur si les autres branches ne se développent pas de manière profitable», avertit le président de l'Autorité de contrôle des assurances. Après la sensibilisation des compagnies à ce sujet, le régulateur va durcir le ton. Il va instaurer une provision pour risque tarifaire.

Lorsque le ratio combiné pour un ensemble de branches (il sera déterminé par le régulateur) sera supérieur à 100%, les compagnies en dépassement devront constituer une provision. Elle ne sera levée que lorsqu'elles reviendront à l'équilibre. «Il est important que la concurrence se renforce sur le marché, tout comme il est  nécessaire qu'il y ait du développement technique profitable partout et que nous n'ayons pas des déséquilibres sur de grandes branches», indique le président de l'Acaps.

Verbatim

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Hassan Boubrik, président de  l'Acaps (Ph. Jarfi)

■ Circulaire sur l'encaissement des primes
«L'Autorité des assurances n'interdit pas la vente de l'assurance auto à crédit. Par contre, celle-ci doit s'effectuer dans le cadre d'un accord entre la compagnie et le courtier. Les intermédiaires n'ont pas le droit d'accorder des facilités unilatéralement. La circulaire a été mise en place pour les protéger. S'ils ont des propositions d'amendement, nous sommes prêts à les étudier. Pour le moment, nous n'en avons reçu aucune»
■ Digitalisation
«Nous avons entamé une analyse juridique sur la possibilité de souscrire certains contrats de bout en bout en ligne. Je pense que cela est possible sans modifier la réglementation... Nous devrions avoir une ambition plus forte en matière de digitalisation»
■ Blanchiment de capitaux
«D'importantes failles ont été relevées dans le dispositif de lutte contre le blanchiment d'argent de certains assureurs et intermédiaires. Les premières sanctions seront prononcées incessamment». 

F.Fa

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