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    INSAF: 500 fillettes sauvées, et le combat continue!

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5423 Le 02/01/2019 | Partager
    Sensibiliser en faisant connaître les sanctions prévues par la loi
    Le contrôle est impossible, mais la dénonciation est ouverte
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    Meriem Othmani, présidente de l’Institut national de solidarité avec les femmes en détresse (INSAF): «Maintenant, nous pouvons expliquer aux employeurs qu’ils risquent 1 à 3 mois de prison, et 25.000 à 30.000 DH d’amende, le double en cas de récidive. Pour nous, c’est une victoire! C’est extraordinaire de savoir que nous pouvons enfin agir»
    (Ph. Jarfi)

    Il n’existe à ce jour aucun programme gouvernemental ciblant les petites bonnes, ni aucune structure d’accueil ou d’accompagnement dédiée. Seules quelques ONG s’activent pour leur venir en aide. Parmi elles, INSAF, qui a développé il y a 15 ans un programme visant à sauver ces fillettes du travail domestique, et à les réinsérer à l’école.

    La loi 19-12, rentrée en vigueur le 2 octobre dernier, interdit le travail des mineurs de moins de 16 ans (d’ici 5 ans le seuil sera relevé à 18 ans), mais des doutes subsistent quant à sa mise en application. L’ONG est consciente du travail qui reste à faire sur ce dossier. Néanmoins, elle se réjouit des sanctions claires introduites par la loi. 

    - L’Economiste: La nouvelle loi sur le travail domestique est-elle à votre avis suffisante pour lutter contre le phénomène des petites bonnes?
    - Meriem Othmani:
    Personnellement, j’ai été extrêmement heureuse de savoir qu’il existe enfin des sanctions contre les employeurs des petites bonnes. Jusqu’à présent, nous ne pouvions intervenir quand une enfant de 10 ans était réduite en esclavage. Nous entendions ses pleurs sans pouvoir l’aider. Maintenant, nous pouvons expliquer aux employeurs qu’ils risquent 1 à 3 mois de prison, et 25.000 à 30.000 DH d’amende, le double en cas de récidive. Pour nous, c’est une victoire. Les employeurs peuvent également être poursuivis pour Traite des Êtres Humains, et les sanctions peuvent aller de 25 à 30 ans de prison. C’est extraordinaire de savoir que nous pouvons enfin agir.  

    - Cette loi est, cela dit, difficilement applicable sur le terrain, car le contrôle reste impossible. Comment donc protéger ces fillettes?
     - Certes, le contrôle est quasi-impossible à effectuer par les inspecteurs du travail. Toutefois, ce qui est formidable, c’est que le ministère du Travail nous a confirmé, lors d’une conférence de presse le 10 octobre 2018, que bientôt tout un chacun pourrait aller dénoncer à la police un employeur de petite bonne. S’en abstenir pourrait être considéré comme une non-assistance à personne en danger, et ceci, dès que les modalités d’application de cette loi seront formulées. Ce sera alors la fin de l’esclavage des petites bonnes, et c’est la société civile qui résoudra ce terrible problème. 

    - Comment expliquer la persistance de ce phénomène?
    - C’est très curieux, nous avons des personnes responsables revendiquant des droits qui, par ailleurs, sont d’une cruauté sans borne avec des enfants. Tout cela sous le prétexte fallacieux que ces petites filles sont très pauvres et qu’elles les nourrissent. Mais cela est faux! Les 500 petites filles que nous avons arrachées au travail domestique se sont toutes plaintes d’avoir eu faim et froid, d’être épuisées par le travail de 6H00 du matin jusqu’à la nuit tombée. Elles mangent les restes, quand il y en a, et sont privées de soins. Sans compter qu’elles ne peuvent en aucun cas jouer. Aller à l’école leur semble être un rêve impossible. Ceci au nom d’une prétendue assistance. Or, ces enfants sont mille fois plus heureuses près de leurs parents, même si elles ne mangent que du pain et de l’huile d’olive. Elles peuvent aller jouer dans les champs avec leurs amies, rire et chanter comme toutes les petites filles du monde, et surtout, aller à l’école.

    - Quel est le bilan de l’initiative développée par Insaf en 2002 pour leur venir en aide?
     - Nous avons créé ce programme en 2002 avec l’appui financier de Yann Borgstedt. INSAF a pu rapatrier chez elles plus de 500 petites filles qui étaient en situation de travail dans plusieurs villes. Elles ont toutes été à l’école, et d’ici 3 ans, 54 passeront leur baccalauréat. A l’heure actuelle, 14 sont déjà à la faculté.

    Leur redonner foi en elles-mêmes

    Les petites bonnes sont généralement issues de milieux démunis. Elles ont vécu dans des conditions précaires, et certaines ont subi des drames familiaux. «Elles ont souvent grandi dans un contexte fragilisé par la pauvreté et l’analphabétisme. Leur vécu les amène à réagir de manière négative à tout. Elles manquent de confiance en elles-mêmes et envers les autres. Recréer cette confiance demande beaucoup de temps», regrette Omar Saâdoun, responsable du pôle de lutte contre le travail des enfants à l’association INSAF. «Nous leur payons les frais de scolarité jusqu’au baccalauréat, leur octroyons une bourse mensuelle de 250 DH et leur offrons vêtements et différentes aides. Mais le meilleur support que nous pouvons leur assurer est surtout psychologique, à travers différentes activités, et un suivi permanent», insiste-t-il. La majorité des filles accompagnées arrive à terminer sa scolarité. Cependant, l’association est amenée à lutter en permanence contre l’environnement malsain qui les entoure, afin de les garder à l’école et de les aider à se fixer des objectifs de vie clairs à réaliser.  

    Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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