Entreprises

Le Cotef en perpétuel abandon

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5416 Le 20/12/2018 | Partager
Le complexe textile de Fès, délaissé depuis 2005, tombe totalement en ruine
15 ha en pleine ville, squattés par des délinquants
El Azami charge le chef du gouvernement: «Orientez l’investissement vers Fès»
cotef_016.jpg

Le Complexe textile de Fès (Cotef) qui cherche preneur depuis des années, tombe en ruine. A ses abords, un fatras de bouteilles, de canettes, de détritus de toutes sortes jonchent le sol. Laissé à l’abandon depuis 2006, l’actif du Cotef comprend outre les machines, détruites et volées, un terrain de 15 ha dont le tiers est couvert. Une superficie vivement recherchée par les multinationales… mais encore inexploitée (Ph Y.S.A.)

Ni le ministre de l’Industrie, ni le chef du gouvernement n’ont jusqu’ici tenu leurs promesses par rapport à la relance du Cotef, ou son redéploiement dans une activité industrielle qui «générerait quelque 6.000 emplois». Plus d’un an après ces annonces, aucun investisseur marocain ou étranger n’a été orienté vers Fès.

«Pourtant, le gouvernement a le plein pouvoir d’orienter les investissements vers la région», déplore Driss El Azami El Idrissi, maire de la capitale spirituelle. C’était lors des journées portes ouvertes organisées en novembre dernier par le PJD, à Fès.

El Azami, en a profité, pour réclamer l’appui du chef de l’exécutif, présent à cette manifestation, pour orienter les investissements publics et privés vers la ville de Fès. «Nous savons que vous pouvez le faire. Car, ce n’est pas toujours l’investisseur qui choisit l’emplacement de son implantation», dit-il. Et d’informer le SG du PJD sur la disponibilité du foncier du Cotef et le lancement prochain d’une nouvelle ZI à Aïn Chgague.

Pour rappel, il y a tout juste deux ans, le maire intervenait pour l’interdiction de la vente aux enchères de l’ancien complexe de textile de Fès (Cotef). «C’était in extremis», disait-il affirmant que cette unité devait garder son aspect industriel. Pour y parvenir, le président du Conseil communal préconisait le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt afin de réactiver le secteur industriel. Sans réponse. A l'heure actuelle, l’ex-fleuron du textile est une véritable ruine. Son mur de clôture a succombé à l’usure du temps tout comme de nombreuses parties de sa toiture.

Longtemps squatté par de sombres individus, l’endroit immense (15,3 ha) dérange et inquiète le voisinage. Située au cœur du quartier industriel de Sidi Brahim, l’usine ressemble désormais à un quartier «dévasté par la guerre» comme le surnomment les riverains. Débris et déchets de toutes sortes jonchent le sol.

La demande formulée par les industriels afin d’évacuer cet endroit, fermer les issues, et traiter les mauvaises odeurs... est restée lettre morte. «Il y a quelques mois, du personnel avait été déployé pour garder les accès du site, mais il a rapidement disparu», déplore un industriel.

Sans activité industrielle à forte valeur ajoutée capable de créer des milliers d'emplois et endiguer la petite délinquance avoisinante, le Cotef  restera un sordide repaire de brigands de tout genre. Et à elle seule, la répression policière ne pourra nullement mettre fin à un problème sociétal et économique.

A ce titre, El Azami a fait du redéploiement de cette unité son credo. C’était d’ailleurs l’un des principaux projets défendus par l’actuel maire lors de sa campagne pour les communales 2015. «Longtemps considéré comme un fleuron de l’industrie du textile dans les années 1980 à Fès, Cotef devrait rouvrir et créer des milliers d’emplois», s’accordent à dire les responsables locaux.

Une initiative a été prise par un ancien responsable de l’administration territoriale qui avait élaboré un dossier «complet» de réactivation du Cotef. Adressée au ministre du Commerce pour réaliser un Groupement d’intérêt économique qui aurait été le maître d’ouvrage du parc d’exposition, sa proposition est restée sans réponse.

«J’avais alerté un ancien wali sur le scandaleux pillage d’un bien de l’Etat. Mais aucune personne n’a bougé le petit doigt pour stopper cet acte criminel», déplore-t-il rappelant que «les voleurs n’ont rien épargné». L’usine était devenue un hypermarché de ferraille à ciel ouvert. Les pilleurs agissaient au grand jour n’hésitant pas à escalader des toitures vermoulues pour découper, arracher, des tuyaux, des fenêtres, des câbles...

Le convoyage de la «marchandise» était effectué par les seniors postés aux différentes sorties. Pourtant, l’usine est supposée être fermée et gardée depuis 2006. «La société de gardiennage qui n’a pas été payée a plié bagage… laissant des voleurs s’emparer des installations dont la valeur marchande dépassait les 100 millions de DH», déplore notre source. Et d’ajouter: «L’incendie qui avait ravagé une partie de cette unité en 2010 serait d’origine criminelle mais il est resté impuni». Saccagées, volées ou brûlées, les installations du Cotef ont disparu.

Aujourd’hui, même les murs ne résistent plus. Il faut noter que le complexe compte des bâtiments couverts d’une superficie de 50.000 m² et pourrait servir de base à un méga palais d’exposition…  A suivre.

Chronologie

Créé en 1967, Cotef est sur la liste des sociétés privatisables depuis le début des années 90. Durant toutes ces années, plusieurs études ont été réalisées pour sa restructuration. Mais aucune décision n’avait été prise pour lui permettre de réaliser ses plans d’investissement afin de la préparer à la mondialisation et éventuellement attirer un acquéreur. En 2005, Cotef s’était retrouvé en mauvaise posture pour cause de concurrence féroce dans le secteur. En juillet 2006, et après plusieurs mois de tourment, l’espoir de relancer l’activité du complexe se profilait. Mais rapidement, l’idée a été abandonnée. L’unité baisse ses rideaux. La crise de 2008-09 était encore bien loin... Aujourd’hui, des industriels rappellent à juste titre qu’une dizaine de grosses unités de confection (dont CIC et Promaille…) ont mis la clé sous le paillasson ces deux dernières années.

Youness SAAD ALAMI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    abonnement@leconomiste.com
    mareaction@leconomiste.com
    redaction@leconomiste.com
    publicite@leconomiste.com
    communication@leconomiste.com

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc