Economie

ALE Maroc-Turquie: Une nouvelle bataille, les bouteilles de gaz

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5401 Le 29/11/2018 | Partager
Une société pétrolière compte en importer de Turquie
Des opérateurs craignent pour leur business

Alerte sur l’industrie de fabrication des bouteilles de gaz. L’industrie compte cinq unités de fabrication, emploie 1.500 personnes et une partie de sa production est destinée à l’export. Aujourd’hui, l’activité est menacée par les importations en provenance de Turquie avec laquelle le Maroc a signé un accord de libre-échange en 2006 (voir encadré).

Les opérateurs  veulent alerter les pouvoirs publics sur les risques pour le marché local. Surtout qu’une société pétrolière a  passé commande pour s’approvisionner en bouteilles de gaz auprès d’industriels turcs. «Les multinationales passent généralement par leurs centrales d’achats et peuvent donc obtenir des prix préférentiels.

Aujourd’hui, la quantité en jeu importe peu. Cette société  tâte le terrain à travers cette première opération avant d’inonder le marché», souligne un opérateur qui requiert l’anonymat. Pour des industriels, les importations de bouteilles constituerait une menace pour le marché et ouvrirait même la porte aux bouteilles de gaz en provenance du continent asiatique.

Cela se traduirait par une «concurrence sur le prix», et pourrait remettre en cause le modèle économique de l’industrie locale. Le tarif actuel de la bouteille de 12 kg varie entre 280 et 300 DH. Les industriels craignent certes pour leur business, mais  aussi par rapport à la sécurité et comptent saisir les ministères de l’Industrie et de l’Energie.

«Nous sommes face à deux risques: la fragilisation de l’industrie locale et la sécurité. Nous avons connu des problèmes avec les chauffe-eau importés de Chine par exemple. Nous ne voulons pas qu’un tel scénario se reproduise avec les bouteilles de gaz», poursuit un industriel.

  La mise en circulation de bouteilles de gaz obéit à une réglementation stricte. Elle n’est autorisée qu’une fois les tests de sécurité accomplis et le produit jugé conforme aux normes. Ce n’est pas la première fois qu’une opération d’importation de bouteilles de gaz est critiquée. En 2008, une compagnie pétrolière avait tenté d’introduire sur le marché un lot de vieilles bouteilles de gaz. Mais l’opération a été stoppée après le tollé soulevé (cf. L’Economiste N° 2830 du 29/07/2008).

Le marché compte près de 35 millions de bouteilles de gaz. Le  butane est décliné sous forme de bouteilles de 3, 6 ou 12 kg. Il est consommé par les ménages (le tiers) et divers secteurs d’activité, en particulier l’agriculture pour le pompage d’eau et le chauffage.

L’exonération de  la TVA sur les pompes solaires prévue par le projet de loi de finances pourrait encourager la substitution du butane dans l’agriculture. Ce qui allégerait la charge de compensation. Celle-ci a augmenté de 20% à fin septembre, s’élevant ainsi à 8,6 milliards de DH.

Une balance déficitaire

Entré en vigueur en 2006, l’accord de libre-échange avec la Turquie est jugé défavorable pour le Maroc. Le volume des échanges commerciaux entre les deux pays a atteint 26,1 milliards de DH en 2017 contre 6,6 milliards en 2006. La balance commerciale du Maroc avec ce pays est déficitaire de 12,4 milliards de DH en 2017 contre 4,4 milliards en 2006. Les importations en provenance de Turquie sont constituées de produits finis de consommation, de demi-produits et de produits finis d’équipement industriel. Des mesures de défense commerciale ont été mises en place ces dernières années, en particulier par rapport à l’acier.  Ce qui a valu au Maroc son premier procès devant l’OMC (cf. L’Economiste N°5399 du 27/11/2018).

Khadija MASMOUDI

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