Competences & rh

Employabilité Les pays arabes doivent prendre le train du 4.0

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5372 Le 16/10/2018 | Partager
Des millions de jeunes risquent d’être exclus de l’emploi, selon la Banque mondiale
L’enseignement doit se tourner vers les sciences, les technologies et l’ingénierie
Libéraliser les télécoms et le marché bancaire au profit d’opérateurs innovants
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Seuls le Qatar, les Emirats Arabes Unis et le Liban disposent d’un Internet mobile haut débit au-dessus de la moyenne mondiale. Les autres pays de la région sont clairement à la traîne. Au niveau de l’Internet fixe haut débit, la situation est encore plus décevante, selon la Banque mondiale. Sur ce service, le Maroc fait partie des mauvais élèves de la région. Seuls le Yémen, l’Irak et la Jordanie font pire que lui (sur une vingtaine de pays). Dans ces conditions, la nouvelle économie ne pourra pas se développer

Le digital promet de bouleverser le marché du travail. Plusieurs études ont déjà annoncé des millions de destructions de postes dans les prochaines années. Les travailleurs les moins qualifiés en seront les premières victimes, car ils pourront facilement être remplacés par des «intelligences artificielles». Une étude de la Banque mondiale de 2016 a estimé que les deux tiers des emplois dans les pays en développement sont menacés.

Dans cet avenir où le digital règnera en maître, c’est l’économie du numérique qui créera le plus de valeur. Et ce sont les profils les mieux formés dans le domaine qui pourront tirer leur épingle du jeu. Dans son dernier rapport, une nouvelle économie pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient (octobre 2018), la Banque mondiale estime que le numérique pourrait permettre l’émancipation des femmes et des jeunes de la région, et leur offrir une chance de s’insérer enfin sur le marché de l’emploi.

La région Mena fait partie de celles enregistrant les plus forts taux de chômage des jeunes. Au Maroc, plus du quart des 15 à 24 ans sont sans travail (plus de 4 sur 10 en milieu urbain). Et paradoxalement, plus on est instruit, plus on se retrouve au chômage.

«Cela contribue au malaise social et freine les économies, car la main-d’œuvre la plus instruite et potentiellement la plus productive reste inexploitée», relèvent les experts de la Banque. C’est également là où l’on relève les plus faibles taux d’activité des femmes (22,4% au Maroc).

Devenir une «société apprenante»

Les pays de la région doivent, selon l’institution, évoluer vers le modèle de «sociétés apprenantes», pour reprendre l’expression du prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz. Des sociétés où «le partage du savoir stimule l’innovation et favorise le développement». Rester sur une économie manufacturière, basée sur une industrie légère à forte intensité de main-d’œuvre, ne fonctionnera pas.

Pour réussir cette transition, il faudra agir sur plusieurs niveaux, à commencer par l’éducation. Les pays arabes en sont encore au modèle classique de formation de cadres destinés à la fonction publique, aujourd’hui révolu. Les administrations publiques ont, d’ailleurs, atteint les limites de leur capacité d’embauche. Au Maroc, le secteur public n’assure qu’1 emploi sur 10.

Les pays de la région concentrent, par ailleurs, leurs programmes sur les études sociales. Or, l’économie du futur aura besoin de profils formés en technologie, ingénierie, sciences et mathématiques. Il est donc essentiel, selon la Banque, de réorienter les cursus. Les systèmes en place n’encouragent pas, non plus, l’esprit critique, l’analyse, la prise de risque, l’inventivité… des qualités essentielles.   

Arrêter de protéger les opérateurs classiques

L’économie du savoir, c’est aussi, naturellement, une question d’infrastructures. Là encore, la région s’illustre par ses déficiences. Elle affiche le plus faible débit par abonné au monde. Et mis à part le Liban, le Qatar et les Emirats Arabes Unis, la vitesse des connexions mobiles haut débit est inférieure à la moyenne mondiale. Les appareils numériques sont ainsi d’abord utilisés pour accéder aux médias sociaux. Au niveau de l’argent mobile, les pays d’Afrique de l’Est s’en sortent mieux.

Les réglementations en place, conçues pour protéger les acteurs classiques (banques et opérateurs télécoms traditionnels) n’arrangent pas les choses. «Les organes de réglementation adoptent trop souvent une perspective prudentielle. Trop soucieux de limiter les risques, ils sont insensibles au besoin de stimuler l’innovation ou la concurrence», selon le rapport de la Banque mondiale.

«L’ouverture des secteurs des télécommunications et de la finance à de nouveaux intervenants permettrait de réduire les prix et d’augmenter la qualité. Mais les opérateurs historiques et les organes de réglementation de ces deux secteurs entravent ce processus et freinent l’innovation», poursuit-il. Ceci est particulièrement vrai en Afrique du Nord, selon la Banque. Les pays d’Afrique de l’Est, beaucoup plus pauvres, sont pourtant plus avancés dans le domaine.

Il est donc important de monter un système de télécoms moderne et une infrastructure financière à même d’accompagner l’essor d’une «économie numérique solidaire». Et il faudrait, surtout, ouvrir l’accès à ces deux secteurs à des opérateurs innovants.

Autrement, l’écart technologique avec le reste du monde continuera à se creuses, et «toute une génération de jeunes sera condamnée au chômage, ou à des emplois à faible productivité et à bas salaire», prévient la Banque mondiale.

Des exemples concrets démontrent le potentiel du numérique. Comme l’application de voiture de transport avec chauffeur (VTC), Careem, devenue une entreprise d’un milliard de dollars, qui a créé des milliers d’emplois dans 80 villes de la région Mena.

Ou encore M-PESA, la plateforme kenyane de services financiers mobiles. Après avoir commencé avec le transfert d’argent par SMS, M-PESA a élargi son offre au paiement numérique et au microcrédit. En 2017, elle comptait 30 millions de clients et un réseau de 287.400 agents. 

+2,7 billions de dollars de PIB, si les femmes travaillent plus

Les filles arabes sont les plus formées en sciences, technologies, ingénierie et maths au monde. Pourtant, c’est aussi dans la région Mena où on enregistre les plus faibles taux d’activité des femmes. Le stock de compétences féminines inutilisées est ainsi important. Selon la Banque mondiale, augmenter leur taux d’activité permettrait à la région de gagner 2,7 billions de dollars supplémentaires d’ici 2025. Attirer les femmes dans le secteur des TIC permettrait de profiter de ce potentiel inexploité.

                                                             

Une approche progressive du changement ne marchera pas!

Parole de la Banque mondiale. L’institution estime que les pays arabes doivent lever la barre très haut, se fixer des objectifs aussi ambitieux que celui des Etats-Unis, début des années 60, d’envoyer un homme sur la lune. Un projet de prime abord impossible, mais qui a fini par devenir réalité, grâce à la mobilisation de toutes les forces vives du pays. Et pourquoi pas s’imposer le défi de rattraper, «voire de dépasser», d’ici 2022, les pays de l’OCDE sur les plans de l’accès à Internet, de la bande passante et des transactions financières électroniques, suggère la Banque. Ce n’est qu’ainsi qu’il est possible de donner un réel coup de pouce à l’économie du numérique.

 

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