Culture

Abdellatif Laâbi enfin chez lui

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5369 Le 11/10/2018 | Partager
Son œuvre poétique complète publiée
«Une injustice réparée»
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C’est une œuvre magistrale et ô combien nécessaire pour la préservation de la mémoire littéraire marocaine.  L’Œuvre poétique complète (de 1965 à 2017) d’Abdellatif Laâbi parue aux éditions du Sirocco, rassemble l’intégralité des poèmes d’un artiste singulier, à la sensibilité exacerbée.

Une vingtaine de recueils rassemblés en 2 volumes où il partage son regard sur la vie «à la fois passionné et subtil, grave et rieur, intime et universel, exigeant et tendre» selon l’éditeur. L’œuvre est une belle déambulation à travers des chemins  dévoilés par l’artiste, de rébellions en rêveries, de déchirements en promenades, d’incertitudes en tribulations, de turbulences en odes à la beauté, à l’amour, celui de la femme aimée…

Abdellatif Laâbi, en intellectuel accompli, propose une œuvre  inscrite dans un système de défense des valeurs humaines. Un engagement qu’il exerce d’abord par l’écriture, usant de tous les registres de l’expression littéraire: poèmes, récits, théâtre, conte, correspondance, traductions, entretiens, essais. 

«Le pacte poétique de Laâbi est une ode à la vie, un appel à relire les pages de l’histoire avec le sens de la vigilance créatrice et de la dignité inébranlable. […] Lire ou relire Laâbi revient à partager cette expérience de vie et de création qui donne sens au potentiel humain: derrière le «je peux ce que j’écris» de Laâbi, il y a un «je peux ce que je lis» qui nous tend la main, prometteur et généreux, sous l’ombre protectrice de l’arbre à poèmes», précise dans sa préface le chercheur Khalid Lyamlahy.

L’auteur, lui, se dit soulagé de cette parution: «J’ai ainsi le sentiment de réparer une forme d’injustice car, jusqu’à maintenant, la plupart des lecteurs marocains n’avaient accès que partiellement à ces œuvres. Cela est dû, faut-il le rappeler, à des facteurs sur lesquels je n’avais aucune emprise... Je me réjouis donc de la solution que nous apportons, les Éditions du Sirocco et moi-même (à travers la Fondation qui porte mon nom), à une anomalie qui n’a que trop duré. Il est vrai qu’une œuvre littéraire quelle qu’elle soit est en bonne partie l’histoire de sa rencontre avec ses lecteurs. Je crois qu’avec l’actuelle publication j’aurai assuré ma part des conditions nécessaires à cette rencontre.

Aux lecteurs maintenant d’assurer la leur». L’ouvrage sera présenté au public  le 11 octobre à 18h30 à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc à Rabat, le 17 octobre à la librairie Livre-moi à Casablanca, et du 18 au 21 octobre au Salon maghrébin du livre d’Oujda 2018.

Connu comme l’un des fondateurs et le principal animateur de la revue «Souffles» de 1966 à 1972, avec les poètes Mohammed Khaïr-Eddine et Mostafa Nissaboury, et particulièrement  pour son activisme culturel, son militantisme au sein puis en-dehors de la gauche marocaine, Abdellatif Laâbi  crée également, avec Abraham Serfaty, l’Association de Recherche Culturelle, l’ARC.

Les deux hommes seront arrêtés. Son combat pour la liberté d’opinion lui vaudra d’être emprisonné à plusieurs reprises à Kénitra de 1972 à 1980. Il est assigné à résidence, puis s’exile en France en 1985. Il reste néanmoins l’auteur de 12  ouvrages de création, d’un livre d’entretiens-essais, de 6 traductions de la littérature arabe et de 3 anthologies, 2 consacrées à la poésie palestinienne, la troisième aux textes, dessins, peintures de prisonniers politiques marocains.

 

 

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