Culture

Exposition: Quand les jeunes artistes subliment la terre

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5367 Le 09/10/2018 | Partager
Une carte blanche à Fatiha Zemmouri
Une interprétation différente de la matière
A la galerie CDG jusqu’au 17 novembre
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Youness Atbane revient en quelque sorte à la source de son inspiration première: un souvenir d’enfance dans l’atelier de son oncle, potier dans la région de Safi, où il modelait ses propres jouets. Des figurines qu’il associait parfois avec des pièces de Lego (Ph. CDG)

Pointue, cohérente et éclectique, résolument marocaine, l’exposition «Akal», signifiant «terre» en amazigh, réunit 4 jeunes artistes contemporains parmi les plus brillants de leur génération. Le tout orchestré par Fatiha Zemmouri, à qui la fondation CDG a donné carte blanche.

Après Fouad Bellamine, Mahi Binebine, Mehdi Qotbi, Hassan Bourkia, Amina Benbouchta, Najia Mehadji et Bouchaib Habbouli, c’est donc à l’artiste matérialiste, au vocabulaire abstrait mais ô combien poétique, qu’est revenue la mission d’encadrer et d’animer cette 8e carte blanche auprès de jeunes artistes émergents ou confirmés. 

Sa prédilection pour certains matériaux (le bois, le charbon et la céramique), sa relation aux phénomènes naturels (eau, feu, terre), l’ont poussé le plus naturellement  à privilégier  une matière plutôt qu’une thématique comme fil conducteur. «Plutôt que d’être dans le choix d’une thématique, j’ai préféré laisser une grande marge de manœuvre quant à la démarche de chacun en choisissant plutôt une matière commune et en demandant aux artistes de proposer une œuvre en argile en résonance avec leur travail» précise la curatrice dans sa note d’intention.

Il s’agira donc de la terre, «la matière de l’origine, mais aussi celle de la fin…Le matériau premier, le matériau originel de l’art lui-même», confirme de son côté Dina Sebti, la directrice générale de la Fondation CDG.  Un pari poétique qu’ont relevé les 4 artistes, intimes de la matière, choisis par Fatiha Zemmouri. Il s’agit de Youness Atbane, Mustapha Azeroual, Soukaïna Aziz El Idrissi et M’Barek Bouhchichi.

Point de lignes directrices et autres guidelines directifs  de la part de la curatrice sinon l’obligation de travailler avec la terre comme matière principale.  «Redonner de la vigueur aux gestes fondamentaux, au potentiel onirique des matières élémentaires, la terre, le feu, l’eau et l’air. L’argile devient ici le symbole de l’effort de l’artiste et de son travail sur sa propre matière en résonance avec le monde», note Fatiha Zemmouri.

L’exposition «Akal», qui se poursuit à la galerie Espace expression CDG, à Rabat, jusqu’au 17 novembre, présente une sélection d’œuvres que les artistes ont réalisées spécialement pour cette exposition, durant l’été 2018.  Zemmouri a lancé un challenge aux artistes parrainés en leur demandant de sortir de leur zone de confort et de réaliser des œuvres en terre.

Une nouvelle expérience pour la plupart d’entre eux qui ont réussi à nous présenter ici des œuvres d’art en céramique d’une grande originalité, où l’on peut découvrir ce dialogue entre l’approche technique de chaque artiste et la matière terre utilisée. C’est ainsi que Mbarek Bouhchichi, dont l’œuvre, éminemment poétique,  aux  formes simples et saisissantes rappelle l’attachement de la curatrice à la matière ( terre, sol, bois, métal…).

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Mustapha Azeroual propose ici un travail parti des gravures rupestres de l’Oukaimeden, reproduites sur de grands disques en céramique qu’il a utilisés comme des matrices d’impression (Ph. CDG)

L’artiste a choisi pour cette exposition de travailler ici sur l’idée de réécrire une histoire imaginaire en travaillant avec des débris de poterie ramassés au fil de ses promenades. Près de 80 objets ont été récupérés, moulés et réassemblés sur la trame d’une archéologie intime. Mustapha Azeroual, en véritable chasseur de lumière, révèle des fragments de paysages, qu’il a tôt fait de transformer en motifs et dont l’existence n’est justifiée que par rapport à la lumière qui les révèle.

Résultat, des œuvres, d’une poésie saisissante, flirtant avec l’abstraction, dans une approche quasiment plasticienne qui surprend au premier regard. C’es ainsi qu’il propose ici un travail parti des gravures rupestres de l’Oukaimeden, reproduites sur de grands disques en céramique qu’il a utilisés comme des matrices d’impression, faisant lien avec ses études photographiques du soleil et de la lumière.

Youness Atbane, quant à lui, revient en quelque sorte à la source. Celle de son inspiration première: un souvenir d’enfance dans l’atelier de son oncle, potier dans la région de Safi, où il modelait ses propres jouets.

Des figurines qu’il associait parfois avec des pièces de Lego et des allumettes pour soutenir la structure et lui permettre de rester debout» Réminiscence de son enfance, ou traumatisme causé par  les images de la destruction de sculptures d’art antique au musée de Mossoul par les intégristes en 2014? Toujours est-il que son installation, «The abandoned museum», rappelle  tout autant les figurines de son enfance que l’armée d'argile, ensevelie avec  le premier empereur de Chine Qin Shi Huang. Soukaina Aziz El Idrissi, qui nous a souvent habitués à ses somptueuses étoffes lumineuses, faites de plastique recyclé s’est prise au jeu d’un étonnant dialogue de sourds entre les deux matières: Le plastique et l’argile.

L’une essayant d’imiter l’autre et vice versa. A tel point qu’il devient extrêmement difficile de distinguer l’une de l’autre. Un travail qui s’inscrit avec justesse dans son engagement pour une conscience environnementale. Tous les travaux en terre ont été réalisés spécialement pour le projet avec la collaboration étroite de trois artisans potiers de la région d’Ourika, qui ont pris part à l’aventure.

 

 

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