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    Intelligence artificielle: «Les inquiétudes ne sont pas justifiées»

    Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5366 Le 08/10/2018 | Partager
    Les machines n’ont ni volonté propre ni autonomie morale
    D’énormes opportunités dans l’industrie 4.0
    Les GAFA souhaitent assumer des fonctions qui relèvent des attributions de souveraineté
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    Jean-Gabriel Ganascia, expert en Intelligence artificielle, a mis en garde contre les menaces que pourrait engendrer le comportement prédateur de certains géants de la technologie sur le développement des Etats et sur les tissus sociaux. Pour lui, «il faut s’assurer que les infrastructures du numérique, en particulier les données à la source des richesses contemporaines, ne soient pas préemptées par ces grands acteurs internationaux»  (Ph Bziouat)

    - L’Economiste: L’intelligence artificielle suscite fascination et crainte. Cette suspicion est-elle justifiée?

    - Jean-Gabriel Ganascia: Dans le grand public, les craintes suscitées par l’intelligence artificielle relèvent, pour beaucoup d’entre elles, d’une angoisse immémoriale devant la machine. Pour les religions (judaïsme, christianisme et islam), cela relève certainement de la peur de la transgression d’un interdit implicite: l’Homme crée un être à son image de même que Dieu l’avait créé à son image. Il se met donc à égalité avec Dieu ce qui pourrait être considéré comme irrévérencieux. Dans les pays d’extrême orient de tradition animiste, comme le Japon, la Corée ou la Chine, cette crainte n’est pas présente et les robots sont perçus d’une façon beaucoup plus positive. On espère qu’ils résoudront des problèmes sociaux liés, par exemple, au vieillissement de la population. Or, les inquiétudes métaphysiques ne sont pas justifiées, car contrairement à ce que certains laissent entendre, les machines et les robots n’ont ni volonté propre, ni autonomie morale. Ce ne sont donc pas des créatures, au sens où l’Homme est une créature, mais simplement des automates, c’est-à-dire des outils.

    - Quelles seront les conséquences de l’implémentation de l’intelligence artificielle sur la vie des entreprises?
    - Dans la vie concrète des entreprises, il y a deux conséquences majeures. La première tient à ce que les produits soient en permanence re-designés en fonction des retours d’usage, pour satisfaire les différents segments de la clientèle. Les entreprises qui ont les capacités de faire cela ont un avantage compétitif énorme. De même, la publicité adaptative donne un bien meilleur retour que la publicité à tout-venant, qui envoie le même message à tous.
    Le second point majeur pour les entreprises tient à la baisse du coût des capteurs. Il s’ensuit qu’il est possible, désormais, d’enregistrer de façon continue, de multiples informations, puis de les exploiter en temps réel pour améliorer les processus. Ainsi, un supermarché n’a plus besoin d’attendre la fin de la journée pour établir son stock. De même, les entreprises de logistique peuvent adapter la taille de leurs entrepôts en fonction de l’anticipation de la demande, et adapter les transports en fonction des besoins pressentis. Cela correspond à ce que l’on appelle l’industrie 4.0.

    - Quelles sont les perspectives qu’ouvre l’intelligence artificielle dans le domaine de l’enseignement?
    - On parle beaucoup aujourd’hui de l’enseignement en ligne et, surtout, dans ce cadre, de l’enregistrement systématique des interactions entre les élèves ou les étudiants et les machines à enseigner. Cela aide à mieux comprendre les sources des difficultés rencontrées par les élèves. C’est donc potentiellement un apport considérable. Cela ouvre des perspectives nouvelles en matière d’enseignement. Néanmoins, cela ne signifie pas que les machines enseigneront à la place des femmes et des hommes. Bien au contraire, cela signifie que, puisque nous sommes dans une société de la connaissance, nous aurons de plus en plus besoin de nous former de façon continue, tout au long de la vie. Et, là, cette formation pourra bénéficier aux enseignants qui incarnent les savoirs et la transmission, mais aussi aux systèmes d’intelligence artificielle qui aident à acquérir les savoir-faire, avec des exercices que les machines corrigeront.

    - La course liée au développement de l’intelligence artificielle ne risque-t-elle pas d’accentuer davantage la fracture numérique?
    - Indubitablement, il existe un risque d’accroître la fracture numérique, à la fois entre les pays qui tireront avantage du numérique et ceux qui, pour différentes raisons, par exemple pour des raisons d’infrastructure ou de faiblesse du système de formation, n’y parviendront pas, et à la fois entre les personnes d’un même pays. Car, certains auront accès à une maîtrise du numérique, grâce à leurs compétences, et d’autres non. Il convient donc de tout mettre en œuvre pour assurer une transition vers le numérique qui permette de tirer parti des opportunités extraordinaires qu’il offre. Cela passe par la mise en place de formations, à la fois initiales, mais aussi de formations professionnelles tout au long de la vie. Il faut aussi s’assurer que les infrastructures du numérique, et en particulier les données à la source des richesses contemporaines, ne soient pas préemptées par de grands acteurs internationaux du numérique, ceux que l’on appelle les Big Tech, les géants du web ou les GAFA. Ceux-ci risquent, à terme, si l’on n’y prend pas garde, d’avoir un effet prédateur sur les développements nationaux et, surtout, sur le tissu social. En effet, ils souhaitent désormais assumer à la place des États un certain nombre de fonctions qui relevaient des attributs de la souveraineté. À court terme, cela apparaît avantageux. Mais à long terme, cela pourrait s’avérer dévastateur pour la liberté des peuples.

    Propos recueillis par Mohamed Ali MRABI

     

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