Société

Préservation des sites archéologiques: Dans l'Oriental, le système «D» en guise de stratégie...

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5344 Le 05/09/2018 | Partager
Ministère de la Culture et collectivités locales aux abonnés absents
Le zéro pointé de l'ex-agence de l'Oriental
Patrimoine universel de l'Unesco: la grotte des pigeons candidate depuis... 23 ans
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Hassan Zakriti, SG de l’Association de recherche sur l’histoire et le patrimoine de l’Oriental: «La promotion des sites archéologiques de l’Oriental reste défaillante, malgré leur notoriété mondiale. Le principal écueil est le déficit en ressources humaines. Il y a 20 ans, il y avait quatre conservateurs du patrimoine. Aujourd’hui, il n’y a plus qu’un seul» (Ph. A.K)

- L’Economiste: Comment évaluez-vous l’état du patrimoine culturel dans l’Oriental?

- Hassan Zakriti: Je préfère parler de ressources patrimoniales du territoire, dans une logique de développement, pour ne pas tomber dans des classifications parcellaires et typologiques. Il faut reconnaître que le patrimoine culturel de l’Oriental est dans une situation alarmante! D’abord, parce que les textes qui régissent le patrimoine culturel sont dispersés entre la loi 22-80, le code d’urbanisme et les lois organiques relatives aux collectivités territoriales, avec un fort degré d’obsolescence, d’ambiguïté et d’incohérence. Donc, il n’y a pas vraiment un code ou une charte du patrimoine. Par ailleurs, les structures administratives sont vidées de leur contenu et privées de moyens et de ressources budgétaires et humaines.
Sur le plan pratique, on note une absence d’inventaires des ressources patrimoniales, essentiels à toute démarche de sauvegarde. Toutefois, le principal écueil réside dans le déficit en ressources humaines, avec une tendance baissière en termes de recrutement au niveau de la région. Il y a 20 ans, il y avait quatre conservateurs du patrimoine. Actuellement, l’effectif se réduit à une seule personne.

- Les conseils régionaux ont-ils un rôle à jouer?
- Pour le moment, le rôle de l’Etat est primordial. Mais sa contribution est mitigée, dans un environnement institutionnel concurrentiel, où le département de la Culture a du mal à assurer le leadership, et pèche par manque d’une stratégie claire et fédératrice. Quant aux attributions des régions, elles sont assez floues et ambiguës. Ceci dit, les conseils régionaux et locaux sont appelés à contribuer au recensement des ressources patrimoniales de leurs territoires, tout en tirant profit de l’inventaire de l’administration de tutelle.

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La muraille de la ville et les monuments qui datent du XIIe siècle, comme Jamaa lakbir, nécessitent des entretiens permanents, afin de faire d’Oujda une réelle capitale de la culture (Ph. A.K)

- L’opération «d’inscription» des biens patrimoniaux contribuera-t-elle à améliorer la situation?
- On s’attendait à des décrets de classement et non à des arrêtés d’inscription qui laissent planer le doute sur les vraies intentions de leurs auteurs. Cette démarche intervient dans un contexte particulier. Le choix d’Oujda comme «capitale de la culture arabe» engendre des effets foncièrement différents de ceux du classement, revendiqué depuis des années. Par ailleurs, la plupart des biens inscrits sont des biens publics, donc protégés de facto. Force est de dire que le classement,  malgré l’effet de momification qu’il engendre, implique l’Etat dans la sauvegarde des biens grâce à une tutelle sur le bien. Contrairement, l’inscription se limite au droit de regard sur les biens patrimoniaux. Entre l’obligation d’intervenir (classement) et le droit d’être informé (inscription) il y a une zone d’incertitude, où le devenir du patrimoine matériel (immobilier ou mobilier) sombre dans l’inconnu!

- La grotte des pigeons avait-elle une chance de figurer sur la liste du patrimoine de l’humanité, à la dernière session du comité de l’Unesco?
- Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi un autre site qui figure sur la liste indicative de l’Unesco, depuis 2011, à savoir la ville oasienne de Figuig, alors que celui que vous venez de citer l’est depuis 1995. On constate une opacité sur le dossier de candidature sans aucune implication des collectivités territoriales concernées, ni de la société civile. Et ce, contrairement à Figuig, dont la promotion auprès de l’Unesco a été menée par l’Agence de l’Oriental. Mais ce qui est certain, c’est qu’il y a une mauvaise gestion du dossier de candidature qui n’a pas bougé d’un iota depuis 23 ans! D’autres sites ont été classés, sachant qu’ils ont été inscrits sur la liste indicative ultérieurement (le cas de la ville de Rabat en l’occurrence).
De plus, les critères d’éligibilité pour inscrire ce site se limitent à un seul, alors qu’il en existe d’autres susceptibles de «booster» la candidature. Idem pour la monographie du site qui se limite à un maigre paragraphe non actualisé, et sans aucune référence à la valeur universelle et exceptionnelle des dernières découvertes.

Trafics et vente d’objets sur internet!

«Pour prémunir le site contre les différentes formes de dégradation, il est impératif d’intégrer toute la commune de Tafouralt dans un circuit touristique culturel de qualité, avec la grotte spéléologique du chameau, le massif, le village de Tafouralt, la nouvelle piscine, le complexe touristique (en phase de construction), l’arrière-pays et la grotte des pigeons», insiste Amine Bouabdellaoui, directeur régional du tourisme.
Toutefois, ce site étudié par les grandes universités internationales, comme Cambridge ou Oxford, mérite d’être protégé matériellement par des gardiens en permanence. Pour le moment, il est exposé à tous les risques possibles, notamment en période estivale de grande affluence de plaisanciers et de vacanciers. La dégradation des coupes archéologiques est manifeste. Certains objets d’une grande valeur scientifique et patrimoniale sont en vente sur internet. Le site est une proie facile pour tous les trafics. Triste sort pour un site de renommée internationale, qui n’a pas bénéficié, non plus, d’une réelle stratégie promotionnelle. Une tâche que devait assurer l’Agence de développement de l’Oriental. D’aucuns s’interrogent sur les prérogatives de cette agence…

Propos recueillis par Ali KHARROUBI

 

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