Société

«Un coup de poignard contre les libertés individuelles»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5299 Le 22/06/2018 | Partager
Les représentants des partis politiques se seraient désistés, sauf ceux du PSU
Des oulémas aussi
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Noureddine Ayouch, président du Collectif démocratie et libertés: «En tant que démocrates, qui croyons en ce pays, nous pensons que les libertés individuelles sont  fondamentales. Elles sont aussi importantes que le pain, l’emploi, le progrès…» (Ph. L’Economiste)

- L’Economiste: Avez-vous reçu un courrier officiel interdisant votre colloque sur les libertés individuelles?

- Noureddine Ayouch: Tout à fait. Nous avons reçu un courrier en mains propres, déposé par une caïd, où il est précisé que l’évènement est interdit pour des raisons procédurales. Ce qui est totalement faux, nous avons respecté les procédures. Notre demande a été déposée 48h avant, c’est-à-dire mardi matin, à 9h15. Mercredi à 9h15, nous n’avions aucune réponse, ce qui valait approbation, selon la réglementation. Seulement voilà, en fin d’après-midi, on nous a annoncé l’interdiction.

- Aucune mention n’a été faite aux thèmes du débat?
- Non, ils ne peuvent pas le faire. Ils se seraient ridiculisés, car il s’agit d’un pas en arrière, un coup de poignard contre les libertés individuelles, c’est bien dommage. Ils ne sont même pas capables de respecter la Constitution. Le gouvernement n’a pas le courage de se prononcer. Nous avons invité tout le monde, y compris le gouvernement, tous les partis politiques, des oulémas… mais tout le monde s’est désisté. Ils ne veulent même pas débattre d’une manière intelligente, civilisée et démocratique. Seuls deux membres du PSU ont eu le courage de rester pour débattre, Omar Balafrej et Mohamed Sassi. Invité, le chef du gouvernement n’a même pas daigné répondre. Pas plus que le PJD.   

- Sommes-nous prêts pour le débat?
- Malheureusement, il semble que non. Je ne sais pas quand nous pourrions l’être. Pourtant, il y a 6 ans, nous avons organisé un colloque sur la liberté de conscience, où des intervenants de plusieurs pays étaient invités.  Personne ne nous a interdits. Peut-être est-ce le sujet des minorités religieuses ou la liberté de disposer de son corps qui dérangent… ou tous les thèmes rassemblés. Ils n’ont même pas eu le courage de dire pourquoi. Le débat sur les libertés peut être posé à tout moment. Nous ne sommes pas un pays à problèmes graves. De quoi a-t-on peur? Les forces conservatrices sont plus fortes au sein du gouvernement.

- Abandonnerez-vous le sujet?
- Nous n’abandonnerons jamais. En tant que démocrates, qui croyons en ce pays, nous pensons que les libertés individuelles sont  fondamentales. Elles sont aussi importantes que le pain, l’emploi, le progrès… elles sont nécessaires pour le développement de notre pays, sa modernité, son évolution vers un modèle démocratique. Cette vague, nous la laisserons passer. Nous avons perdu une bataille, mais pas la guerre… et nous continuerons de manière différente.
Les Tunisiens nous ont précédé. Toutes les libertés que nous allions aborder ont été proposées au chef du gouvernement par une commission indépendante et démocratique. Ce n’est pas comme chez nous, où nous mettons ensemble des gens de la droite, de l’extrême droite, de la gauche, pour chercher le consensus à tout prix. Et donc, nous n’arrivons jamais à mener de véritables réformes.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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