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    Société

    Libertés individuelles: Cachez-moi ces dogmes et ces tabous!

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5299 Le 22/06/2018 | Partager
    Interdiction du colloque du Collectif démocratie et libertés: Encore un pas en arrière
    Les Marocains ne sont-ils pas suffisamment matures pour débattre de tout?

    Excès de zèle, de conservatisme, de bêtise… Qu’est-ce qui aurait bien pu pousser les autorités locales à empêcher un simple débat d’idées? Le colloque international du Collectif démocratie et libertés sur les libertés individuelles, initialement prévu pour ces 22 et 23 juin à Casablanca, a été tout bonnement interdit. La décision a été notifiée au Collectif par un courrier évoquant «le non-respect des procédures».

    Ce que son président conteste. «C’est totalement faux. Tout le monde a subi des pressions pour ne pas héberger le colloque, c’est un scandale», dénonce Noureddine Ayouch. La rencontre couvrait des concepts qui interpellent notre projet de société.

    La liberté de conscience, le droit des minorités religieuses, la religion et la politique, l’égalité en héritage, le droit de disposer de son corps, l’avortement… Oui, les Marocains sont majoritairement contre l’idée même de discuter de certains de ces sujets. De récents sondages de L’Economiste-Sunergia ont, par exemple, démontré que 76% sont contre l’avortement (78% des femmes) et 69% contre l’égalité en héritage (64% des femmes). Mais est-ce une raison pour interdire des débats éclairés autour de ces questions? La Constitution n’a-t-elle pas consacré la liberté de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes?

    Cette réaction est en fait symptomatique d’une société plongée dans un sommeil dogmatique. Une société qui refuse d’affronter ses tabous, ses contradictions, de se questionner, peut-être même de s’émanciper. Les Marocains ne seraient-ils pas suffisamment matures pour accepter d’échanger des idées en toute liberté?

    «Il existe deux types de débats: public et entre savants. Pour ce dernier, il ne peut y avoir de limitation, puisque c’est à travers l’échange que nous pouvons aboutir à la connaissance. Cependant, pour le grand public, certains thèmes ne devraient pas être abordés s’ils ne sont pas suffisamment imprégnés dans la société, car ils peuvent véhiculer de fausses idées», estime Abdellah Chérif Ouazzani, chercheur en pensée islamique et sciences de l’éducation.

    Le droit de débattre serait ainsi partiel…? Permis aux uns et pas aux autres… «La conférence interdite a invité des intervenants représentant un seul courant de pensée, minoritaire dans la société. Ce n’est pas un débat. Il aurait fallu des participants de plusieurs sensibilités. Sinon, ce ne serait ni sain ni constructif, mais insidieux et mal intentionné», poursuit-il.

    Toujours est-il, nous avons, encore une fois, porté un coup à des valeurs essentielles. Or, sans liberté, il n’y a point de dignité, et sans débat, il n’y a point de progrès.

    Mauvais signaux

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    En interdisant le débat, le Maroc se compromet aux yeux de la communauté internationale, de ses partenaires en Europe, en Afrique… Il le fait aussi en prenant des positions teintées d’excès de conservatisme, et parfois, dénuées de sens. Le ministre d’Etat en charge des Droits de l’Homme, Mustapha Ramid, par exemple, a récemment déclaré, dans un entretien accordé au quotidien Assabah, que la liberté de conscience est une «menace pour la cohésion du pays».

                                                                       

    De la liberté d’expression, regard d’un philosophe

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    «Nous évoquons les libertés au pluriel, parce qu’il y en a toute une gamme: liberté de se déplacer, liberté de conscience, d’expression...

    A propos de cette dernière, qui fait l’objet d’un vif débat de nos jours, le choix est fait parmi des approches situées entre deux extrêmes: à l’un, on cherche à présenter un «consensus» de façade, et donc à réprimer tout ce qui met en question ledit consensus. C’est un choix généralement fait par des régimes autoritaires, pour qui la liberté d’expression représente une menace existentielle.

    Les termes du «consensus» sont variables d’un pays à l’autre. Autrefois, ils étaient dictés par ceux qui détenaient le pouvoir. Tout écart était considéré comme une forme de contestation, et ses auteurs sanctionnés de manière exemplaire, de façon à maintenir une atmosphère de crainte dans la société.
    A l’autre extrême, le choix est fait d’autoriser, et parfois de défendre, les libertés telles que celle de s’exprimer sur diverses questions, quel que soit leur degré de sensibilité ou de sacralité. Dans de nombreux contextes, les règles du jeu ne sont pas formulées clairement et/ou ne sont pas appliquées de manière constante et consistante, ce qui donne la latitude d’invoquer des principes, et en même temps, d’agir de façons qui les contredisent.

    Dans l’opinion publique, il est incontestable que l’aspiration à des espaces de liberté plus larges apporte des progrès. On voit des forces vives pousser fortement dans cette direction.

    En même temps, des conservateurs et des nostalgiques d’anciens régimes tentent d’effrayer les citoyens en essayant de leur faire croire que discuter certaines questions en toute liberté peut les projeter hors des limites de la foi, ou les placer dans une posture de trahison envers les croyances fondamentales de la nation. De telles tactiques peuvent réussir dans le court terme. Toutefois, comme le dit le poète, Quand le peuple veut la vie…».

     

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