Economie

Filière laitière: Le boycott attise la guerre d’usure

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5291 Le 11/06/2018 | Partager
Copag accusée de rafler des parts de marché via «le lait reconstitué» à partir de la poudre
Le grand déballage a-t-il commencé?

 La campagne du boycott prend une nouvelle tournure. Surtout celle ciblant le lait de Centrale Danone. Des tentatives de porter l’attention sur d’autres marques fusent au jour le jour. En tête de ces marques, figure la Coopérative agricole (Copag) qui commercialise Jaouda.

Cette entreprise est ainsi taxée de mettre sur le marché du «lait frais reconstitué à partir de la poudre dans l’objectif de rafler des parts de marché résultant de la baisse de l’offre de Centrale Danone». Une pratique interdite par la loi. Le lait en poudre est destiné exclusivement  aux produits dérivés et accessoirement au lait pasteurisé.

Le président de Copag, M’hamed Loultiti, est catégorique. «Pour faire face à la forte demande du mois de jeûne, nous destinons les ¾ du lait collecté à la fabrication du pasteurisé. Le reste est utilisé dans la production des produits dérivés avec un complément de poudre de lait», tranche-t-il.

Ce qui est une pratique légale, autorisée et généralisée à travers l’industrie laitière dans le monde. «A charge pour l’Onssa (Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires) de procéder aux analyses de nos produits». L’Economiste a tenté de joindre par téléphone ses responsables mais sans résultats.

Dans le détail, Copag prépare, chaque année, quelques mois avant Ramadan, la fabrication  d’un stock de lait UHT pour subvenir aux besoins de la demande additionnelle. En plus du stock, cette année c’est 350 tonnes par jour de lait réceptionné qui sont traitées en pasteurisé.

«Nous avons également arrêté, depuis le début du mois de Ramadan, la fabrication de 49 produits dérivés et parfums. Ce qui nous a permis de dégager 155 tonnes vers le pasteurisé». Malgré cet effort qui se traduit par un grand manque à gagner pour la Coopérative dans la mesure où la rentabilité résulte beaucoup plus des produits dérivés, la pression du marché reste très forte, est-il expliqué.

Les clients réclament de plus en plus des surplus de lait frais. «C’est dire l’ancrage de la marque parmi la clientèle et le consommateur marocain», se félicite Loultiti.

Quant à l’importation massive du lait en poudre lors du dernier mois, le président de Copag rejette en bloc les propos de l’enquête du cabinet Kantar, relayée par Médias 24 (le site se garde de préciser le commanditaire de l’étude). «Archi faux», dénonce le président de Copag. 

Selon lui, l’achat de la poudre de lait est une décision stratégique qui ne se fait pas du jour au lendemain, c’est le résultat de plusieurs recherches sur le marché international et des prévisions d’évolution du prix de la poudre qui est lié à son tour à d’autres variables du marché mondial telles que le cours du pétrole.

Atteindre un ratio  de 5 fois en si peu de temps pour couvrir le besoin actuel du marché laitier est inconcevable. De plus, Copag ne dispose pas de l’équipement nécessaire pour le traitement de cette matière. Or, l’investissement dans ce domaine nécessite un délai minimum d’un an. Sans oublier que l’enquête en question évoque un volume global importé de 20.000 tonnes. Si donc Copag aurait acquis 1.000 tonnes, où sont passées alors les 19.000 tonnes?  

La réponse n’a pas été apportée par l’enquête. Par contre, les chiffres avancés quant au développement des parts de marché en quelques semaines donnent le tournis. Pour Copag, le positionnement actuel résulte d’un plan d’action sur plusieurs axes pour retrouver sa place qui avait stagné suite à l’émergence de nouveaux arrivants stimulés par la stratégie agricole.

Pour le moment, la Coopérative fédère environ 45.000 éleveurs et procure 6.200 emplois directs et assure un revenu convenable à ses adhérents via un prix du lait variant entre 4,10 et 4,6 DH/le litre.

Des antibiotiques dans le lait?

Les attaques  contre certaines marques du lait foisonnent. Selon des sources professionnelles, «la commercialisation du lait contenant des résidus d’antibiotiques se ferait à grande échelle». Aucune donnée scientifique ou rapport officiel ne le confirme. Que dire alors du colportage? Les chiffres officiels estiment la production laitière à 2,5 milliards de litres alors que les usines n’en captent que 1,4 milliard.  L’attrait «lait de ferme» séduit le consommateur. Malgré les libertés prises avec les normes d’hygiène, le phénomène ne suscite aucune réaction du contrôle sanitaire. Du coup, tous les mélanges sont admis pour un rendement maximal: eau, additifs alimentaires et bien d’autres. Le tout, acheminé via des moyens rudimentaires à l’atmosphère ambiante.

Les éleveurs laitiers reculent

Après des manifestations organisées devant plusieurs municipalités dans différentes localités, la Fédération des éleveurs producteurs laitiers (Fepronel) a gelé ses campagnes. Celle programmée pour le vendredi 8 juin a été reportée sine die. Pour «des raisons de logistique», a-t-il été expliqué.

 

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