Culture

Expo: Un Orient (re)fantasmé

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5289 Le 07/06/2018 | Partager
Des œuvres contemporaines face à des affiches coloniales
Casser les stéréotypes, réinterpréter les codes
Au musée de la Fondation Slaoui jusqu’en septembre
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L’artiste Lalla Essaydi, installée aux Etats-Unis, récupère dans son travail, pour déconstruire, les images et représentations de la femme dans la peinture orientaliste, qui continuent d’influer sur l’idée que se font les Occidentaux des femmes arabes. Ces œuvres font écho à des affiches publicitaires presque caricaturales (Ph. Abo)

Faire dialoguer des œuvres d’artistes contemporains avec l’imagerie coloniale reflétant une certaine construction d’un Orient fabriqué par une Europe conquérante, c’est le pari de l’exposition, «L’Orient fantasmé», qui se poursuit, jusqu’au 29 septembre au Musée de la Fondation Slaoui à Casablanca.

La fondation disposant d’une collection significative d’affiches orientalistes réalisées par de grands peintres et affichistes du 19/20e siècle tels que Dinet, Majorelle, de la Néziaire…la commissaire de l’exposition et directrice du Musée Slaoui, Laura Scemama, a imaginé une conversation entre ces affiches d’époque coloniale et le regard d’artistes contemporaines maghrébines.

L’exposition dessine ainsi une analyse des codes de représentation utilisés dans la construction par l’image d’un certain Orient, représentant l’antithèse de l’Occident qui procède du mythe de la fracture entre les deux mondes. Cette image de l’Orient invention européenne datant du XIXe siècle, bien que représentée dès le XVIe siècle, nourrie par les récits de voyageurs et d’émissaires, a été portée essentiellement par des peintres mais également par une production littéraire, non moins abondante.

Cependant, les affiches publicitaires des années 1930 à 1960, vantant les colonies aux peuples européens, ont encore plus accentué cette construction de l’Orient par l’Occident. «Diffusées en masse, les «réclames» ont contribué à la création d’un  Orient qui est très loin de la réalité.

Un «Autre» fantasmé, exotisé et bien souvent essentialisé participant ainsi au renforcement de stéréotypes très ancrés» précise la commissaire. Les artistes contemporaines marocaines et tunisiennes présentées dans l’exposition empruntent, quant à elles, l’imagerie de cet Autre pour questionner leur propre condition aujourd’hui et à travers l’histoire et penser une (ré)-appropriation du corps et des codes... De ce fait, le public découvrira les œuvres de la Tunisienne Héla Ammar.

Son travail photographique questionne les notions de mémoire et d’identité par-delà les références et conventions sociales, politiques et religieuses. Co-auteur, d’une enquête sur les couloirs de la mort en Tunisie (2013), elle a ensuite développé un ensemble d’installations sonores et visuelles dépeignant pour la première fois l’univers carcéral tunisien. 

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Une affiche graphiquement très belle, de la compagnie Air France vantant un voyage dans le Moyen-Orient. Or on constate que les concepteurs ont résumé une des régions les plus riches culturellement et les plus complexes en 4 clichés primaires: le pétrole, la mosquée, la femme voilée et la jarre. Force est de constater que les stéréotypes de cette région du monde persistent encore (Ph. Abo)

On retrouve également l’artiste franco-marocaine Yasmina Bouziane. A travers sa série d’autoportraits «Inhabited by Imaginings We Did Not Choose», elle restaure l’intégrité des Marocaines qui, jadis, furent photographiées pour le recensement des différentes physionomies arabes. Le titre lui-même, «Habités par des imaginations que nous n’avions pas choisies», correspond à une thèse critique.

La série se présente comme une courte histoire visuelle. À la façon des cartes postales anciennes, usant de la mise en scène du studio, la photographe incarne devant son objectif tous les rôles, du modèle à celui de photographe. L’exposition donne également à voir la Marocaine Lalla Essaydi.

Cette artiste utilise différents médiums dont notamment la peinture, la calligraphie, l’installation, la photographie argentique et la vidéo, au travers desquelles elle questionne les images de l’identité féminine arabe tout en démontant les clichés circulant à propos de ces femmes.

Reprenant les codes de  la peinture orientaliste qui a produit des scènes de femmes dans des harems, cachées et isolées derrière des voiles et des murs. L’artiste récupère et déconstruit ces images qui continuent d’influer sur l’idée que se font les Occidentaux des femmes arabes.

 

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