Economie

Gestion de l’eau: Un plan d’accélération de l’investissement

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5289 Le 07/06/2018 | Partager
Un plan sur 7 ans est fin prêt pour renforcer l’irrigation et l’approvisionnement des zones à stress hydrique
14 grands barrages sont en cours de construction
Entretien avec Charafat Afilail, secrétaire d’Etat chargée de l’Eau
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«Le foncier demeure l’un des principaux handicaps qui entravent la réalisation des projets d’infrastructures qu’il s’agisse des barrages ou des stations d’épuration de l’eau. Du moins, il retarde de façon significative leur réalisation», révèle Charafat Afilail, secrétaire d’Etat chargée de l’Eau (Ph. L’Economiste)

- L’Economiste: Vous planchez sur un plan d’urgence en faveur des zones enclavées et à stress hydrique. Quels sont les contours?

 - Charafat Afilail: Notre pays a connu durant les années 2015, 2016 et 2017 des déficits pluviométriques qui ont engendré de faibles écoulements et une réduction des apports d’eau aux barrages et de la recharge des nappes d’eau souterraine.
Malgré cette situation hydrique conjoncturelle, la quasi-totalité des centres et villes du pays ont été desservis d’une manière satisfaisante. En termes d’eau d’irrigation, les fournitures à partir des barrages ont permis la réalisation des programmes.
Toutefois, des perturbations d’approvisionnement en eau potable dans certains centres ruraux durant l’année 2017 et des restrictions au niveau de certains périmètres irrigués ont été enregistrées.
A cet effet, et suite aux hautes orientations royales, une commission interministérielle a préparé un programme prioritaire proposant une tranche d’urgence sur le reste de l’année 2018 et une tranche d’accélération des investissements dans le secteur de l’eau pour renforcer l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation durant la période 2018-2025 notamment au niveau des zones les plus touchées par le déficit hydrique.

- Quels sont les domaines ciblés?
- Ce programme prévoit la réalisation de projets structurants dans le secteur de l’eau, notamment par la mobilisation des ressources en eau conventionnelles à travers la construction des barrages de différentes tailles, et non conventionnelles à travers le recours à la technologie de dessalement, la gestion de la demande et l’économie d’eau avec un zoom particulier pour le renforcement de l’approvisionnement en eau potable en milieu rural.
Nous allons poursuivre la politique de construction des grands aménagements ainsi que des petits et moyens barrages.
14 grands barrages et une dizaine de petits barrages sont actuellement en cours de construction. Et les documents de planification sont en cours d’actualisation selon les nouvelles dispositions de la nouvelle loi 36-15 sur l’eau.

- Peut-on dresser une cartographie des zones prioritaires?
- La limitation des ressources en eau eu égard aux besoins importants et en continuelle augmentation commence à devenir préoccupante dans plusieurs bassins hydrauliques du pays, notamment ceux de la Moulouya, de l’Oum Er Rbia et du Souss et évidemment la région de Sud-Est où la sécheresse est structurelle.

- Le taux de remplissage des barrages reflète-t-il la situation de la réserve?  
- Effectivement, après une série de 3 années de déficit pluviométrique, la situation hydrique et de remplissage des barrages s’est améliorée depuis janvier 2018. En effet, le taux de remplissage des barrages est passé de 34,4% vers fin novembre 2017 à 69,5% le 4 juin 2018, soit un volume d’eau stockée de près de 10,5 milliards de m3, contre 52,4% enregistré l’année dernière à la même date. C’est une année excédentaire de 80% par rapport à l’année dernière.
Il est à signaler que ce taux de remplissage reflète exactement la réserve en eau disponible  dans les retenues de barrages en tenant compte de l’envasement.  En effet, les capacités réelles des retenues de barrages sont mises à jour périodiquement sur la base des résultats des mesures bathymétriques réalisées par les services du secrétariat d’Etat chargé de l’Eau.

- Le recyclage des eaux usées ne devrait-il pas être érigé en obligation légale pour certains secteurs?
- La réutilisation des eaux usées notamment dans  l’irrigation est une composante de la politique nationale de l’eau. En effet, et pour valoriser les ressources en eau, un plan national de réutilisation des eaux usées a été préparé en coordination avec les partenaires. Les actions prévues par ce plan seront intégrées dans un programme national mutualisé d’assainissement et de réutilisation des eaux usées qui est en cours de finalisation en concertation avec les partenaires concernés. Ce programme mutualisé sera intégré dans le Plan national de l’eau qui est en cours d’actualisation.
La nouvelle loi 36-15 sur l’eau a consacré toute une section à la réutilisation des eaux usées et des boues d’épuration dans le cadre de son chapitre V relatif à la valorisation et l’utilisation des eaux non conventionnelles.

- Le foncier s’avère un facteur handicapant pour la construction des stations d’épuration d’eau. Quelles pistes explorez-vous pour lever cette contrainte?
- Le foncier demeure l’un des principaux problèmes et handicaps qui entravent la réalisation des projets d’infrastructures qu’il s’agisse des barrages ou des stations d’épuration de l’eau. Du moins, il retarde de façon significative leurs réalisations. A cet effet, le nouveau Programme mutualisé d’assainissement liquide en milieu urbain et en milieu rural et de réutilisation des eaux usées tend à lever cette contrainte.
En effet, la planification se fera dorénavant dans le cadre d’une commission regroupant tous les partenaires concernés, ce qui permettra l’adhésion de tous aux projets et donc leur participation effective et efficace à trouver des solutions concrètes à tous les problèmes, qui peuvent empêcher la réalisation des projets ou du moins les retarder, et ce en incluant le problème inhérent au foncier.

28% des ruraux n’ont pas accès direct à l’eau potable

96% des foyers ruraux accèdent, en principe, à l’eau potable! Mais combien d’entre eux sont réellement raccordés? L’Office national de l’eau et de l’électricité ambitionne de porter la proportion à 98% à l’horizon 2020 via l’investissement de 4,6 milliards de DH. Un objectif difficile à réaliser. Et pour cause, la rareté de l’eau qui s’aggrave dans plusieurs zones montagneuses combinée à la dispersion des foyers souvent sur des terrains escarpés.
Aujourd’hui, 28% de la population rurale, soit 1,3 million de citoyens, n’ont pas l’accès direct à l’eau potable (Source: Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau). Ils manquent aussi d’assainissement même à travers les fosses septiques. Le coût du raccordement s’avère onéreux pour l’écrasante majorité des ménages: 3.500 DH. De même, l’approvisionnement via les fontaines publiques est jugé cher par rapport au pouvoir d’achat. Le mètre cube d’eau coûtant entre 6 et 10 DH, ce qui limite la consommation moyenne d’eau à 8,3 litres d’eau par jour, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise au moins 20 litres par jour. Des disparités entre régions en termes d’accès à l’eau potable existent aussi. Et c’est la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma qui enregistre le taux le plus bas avec 82% d’accès à l’eau potable, soit 14% de moins que la moyenne nationale. Des disparités entre les provinces sont également signalées. Si deux provinces (Berrechid et Inezgane-Aït Melloul) n’ont pas le moindre problème, ce n’est pas le cas de sept autres: Ifrane, Tantan, Figuig, Sefrou, Taounate, Taza et Moulay Yacoub dont la moitié de la population souffre du manque de raccordement.

Propos recueillis par Abdelaziz GHOUIBI

                                                                     

140 barrages, 17,6 milliards de m3

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Le  pays a adopté, depuis les années soixante, une politique de maîtrise des ressources en eau basée sur une gestion intégrée, planifiée, concertée et participative.

Cette politique a permis de disposer d’un patrimoine de plus de 140 barrages d’une capacité de stockage de 17,6 milliard de m3 en plus de 13 systèmes de transfert et des milliers de puits et forages pour l’exploitation des ressources en eau souterraines.

Ces grandes réalisations ont permis la généralisation de l’approvisionnement en eau potable, l’accompagnement du développement industriel et minier, l’irrigation de plus de 1,5 million d’hectares, la couverture d’une partie des besoins énergétiques et une  protection  satisfaisante des biens et personnes contre des inondations.

Par ailleurs, 14 grands barrages sont en cours de construction, avec une capacité supplémentaire de stockage de près de 3,5 milliards de m3. Outre ces efforts de mobilisation des eaux conventionnelles, le Maroc fait de plus en plus recours aux ressources en eau non conventionnelles pour assurer la sécurisation de l’approvisionnement en eau pour les différents secteurs usagers même en période de faible hydraulicité, notamment à travers le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées, est un axe majeur de la stratégie.

En effet, un grand projet de dessalement de l’eau de mer a été lancé pour le renforcement de l’approvisionnement en eau potable de la ville d’Agadir et l’irrigation de Chtouka et les études techniques pour le dessalement de l’eau de mer pour le Grand Casablanca sont en cours de lancement.

En termes de réutilisation, des conventions ont été signées et sont en cours de mises en œuvre notamment les projets d’arrosages des golfs et des espaces verts ainsi que pour l’irrigation  des périmètres agricoles.

 

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