Economie

Gestion de l’eau: L’état d’urgence

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5289 Le 07/06/2018 | Partager
La mobilisation des eaux superficielles ne suffit plus
Le dessalement et recyclage comme apport d’appoint
L’économie de la ressource en irrigation, une nécessité
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Le pays dispose de 135 barrages de différentes capacités mobilisant entre 5 et 18 milliards de m3. Cela ne suffit pas pour faire face aux besoins croissants de l’agriculture et des populations. La solution réside aujourd’hui dans le recyclage et le dessalement de l’eau de mer (Ph. L’Economiste)

Il y a urgence! Le stress hydrique s’intensifie. Au nord comme au sud du pays, plusieurs villes et centres urbains connaissent des perturbations d’approvisionnement en eau potable ces dernières années. En réponse, un plan vient d’être élaboré par une commission dédiée et placée sous la présidence du chef du gouvernement. Elle a présenté ses conclusions mardi dernier devant le Souverain. (lire article).

Déjà l’année dernière, des habitants à Ouezzane et Ouarzazate ont dû manifester contre la soif. Or, si Ouarzazate est sujette au stress hydrique, Ouezzane est si proche du plus grand barrage du pays: Al Wahda. Et le projet d’alimentation en eau potable de la ville à partir de ce barrage remonte à 2008. Mais les résultats se font toujours attendre.

«De fait, 37 villes et centres urbains sur les 681 agglomérations gérées par l’ONEE souffrent de perturbations de l’approvisionnement en eau potable», avait reconnu Saâdeddine El Othmani devant les membres du Parlement.

Pour ce qui est des communes non couvertes par l’ONEE, des mesures provisoires ont été prises dans une trentaine d’entre elles, basées sur la mise en place de systèmes hydriques intégrés, tels le forage des puits et l’installation de réservoirs équipés de matériel de pompage.

Ces opérations alternatives ont poussé le gouvernement à revoir le Plan national d’eau. Constat d’échec ou reconsidération des paramètres sur lesquels est basé ce plan? La réponse est fournie par la secrétaire d’Etat chargée de l’Eau. Selon Charafat Afilail, «la mobilisation des ressources superficielles n’est plus suffisante».

Les retenues des 135 barrages ainsi que les eaux souterraines ne permettent plus de faire face aux besoins des populations, de l’agriculture, du tourisme et de l’industrie. La solution, dit-elle, réside dans le dessalement de l’eau de mer et le recyclage des eaux usées.

Deux axes sur lesquels le pays a pris beaucoup de retard. Rien qu’au niveau de la réutilisation des eaux usées, «pas moins de 325 millions de mètres cubes seront captés», avait estimé le chef du gouvernement lors d’une séance parlementaire. A cet effet, il est prévu la réalisation de 28 stations d’épuration d’eau.

Mais le salut proviendrait du dessalement d’eau de mer dont les projets seront généralisés à l’ensemble du territoire. L’exemple du projet du Grand Agadir en eau potable qui doit permettre la mobilisation de 150.000 m3/jour sera ainsi dupliqué à d’autres régions. La politique gouvernementale repose sur trois axes complémentaires.

Le premier tient au traitement structurel à travers la planification préventive et la programmation de projets visant à mobiliser les ressources hydriques afin de répondre aux besoins en eau sur le moyen et le long terme. C’est l’objectif du PNE et des plans directeurs d’aménagement intégré.

Le dispositif sera accompagné par la poursuite des programmes d’économie d’eau d’irrigation. Le deuxième pilier est relatif à la gestion proactive et participative des réserves des barrages. Il s’agit d’impliquer toutes les parties prenantes pour être au fait des besoins des différents secteurs et d’en déterminer les priorités.

Le troisième axe s’articule, quant à lui, autour des mesures d’urgence pour faire face à la pénurie d’eau en cas de sécheresse et de fortes chaleurs. C’est le même scénario qui prévaut pour certaines régions du Sud. En somme, c’est ce dispositif qui sera accéléré. Avec à la clé, la poursuite du plan d’économie d’eau d’irrigation agricole et la sensibilisation des populations à rationnaliser la consommation de la ressource.

La réserve par habitant divisée par 2 en 20 ans

• Eaux superficielles: entre 50 et 150 milliards de m3 par an dont 5 à 18 milliards mobilisés  
• Le disponible d’eau actuel atteint 750 m3/habitant contre 1.500 en l’an 2000 et 2.500 m3/habitant en 1980
• 1,3 million de personnes ne bénéficient pas d’accès direct à la ressource
• 140 ouvrages d’une réserve théorique de 17,5 milliards de m3  
• 75 millions de mètres cubes, la perte annuelle du fait de l’envasement des barrages
• 103 nappes phréatiques répertoriées dont 21 profondes
• Leur potentiel est estimé à 4,2 milliards de m3
• Elles couvrent 80.000 km2, soit 10% du territoire.

 

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