Economie

Réassurance: Les enjeux de l'entrée d'Allianz dans le capital d'Africa Re

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5288 Le 06/06/2018 | Partager
L'opération ne se traduit pas par une augmentation du capital
Allianz remplace IRB Brasil Ré dans le tour de table
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Hassan Boubrik, président de l'Acaps et président du conseil d'administration d'Africa Re: «Le Maroc, avec près de 8% du capital, est l’un des actionnaires importants et dispose d’un siège permanent au Conseil d’administration» (Ph. L'Economiste)

Allianz le géant de l’assurance a acquis 8% du capital de la Société africaine de réassurance (Africa Re). L’opération  a été officialisée la semaine dernière. Le montant de la transaction est de 69 millions d’euros. Interview avec Hassan Boubrik, président de l'Acaps et président du conseil d'administration d'Africa Re.

 - L'Economiste: Que va changer l'entrée de l'Allemand Allianz dans le tour de table d'Africa Re?
-Hassan Boubrik:
Comme vous le savez, Africa Re est une institution panafricaine créée en 1976 par les accords de Yaoundé signés par 41 pays de l’Organisation de l’Unité Africaine (ndlr: l'actuelle union Africaine) et la BAD. Si le capital était détenu au départ exclusivement par la BAD et les Etats africains, une première ouverture a été faite en direction des compagnies d’assurances africaines. Une deuxième ouverture a été opérée plus tard en intégrant quelques investisseurs internationaux. Aujourd’hui et selon les statuts de l’Africa Re, 75% du capital est détenu par les africains (60% de ces 75% par les Etats et la BAD et 40% par les entreprises d’assurances) et 25% par des investisseurs internationaux de renom. L’ouverture à ces investisseurs a pour objectif d’apporter à Africa Re plus d’expertise et un ancrage plus important dans un marché de la réassurance qui est, par définition, international.
Allianz entre dans le capital à la place de IRB Brasil Ré, en achetant les 8% du capital détenus auparavant par le réassureur brésilien et ce, après un processus de sélection mené par Africa Re. En tant que leader mondial de l’assurance, Allianz apportera une valeur ajoutée réelle sur le plan de l’image et en matière d’expertise et de synergie d’affaires. Africa Re contribuera au développement africain du groupe Allianz, grâce à sa grande connaissance des marchés et à son positionnement unique.

- Cette opération répond-elle à un besoin en capital?
- Elle ne se traduit pas par une augmentation du capital d’Africa Re. Néanmoins, il était important de procéder à un remplacement de IRB Brasil Ré assez rapidement pour ne pas enregistrer une diminution des fonds propres. Il faut signaler à ce sujet que IRB Brasil Ré, comme l’ensemble des autres actionnaires disposait d’une option de vente (option Put) sur Africa Ré, qui était obligé de racheter leurs actions s’ils souhaitaient sortir du capital. En plus de cette opération de remplacement, nous avons entrepris un travail avec les autres actionnaires afin de lever cette option, chose que nous avons réalisé il y a quelques mois. Aujourd’hui, Africa Re dispose d’un capital solide et stable, ce qui lui permet de maintenir sa notation («A-» par Standard & Poors et «A» par AM Best) et d’entrevoir avec beaucoup de sérénité son développement.

- Quelle est la nature de l'accompagnement marocain sur cette opération et de l'Acaps?
- Je tiens d'abord à préciser que l’Acaps n’a pas un rôle direct dans Africa Re. Cette dernière, en tant qu’institution panafricaine, jouit d’un ensemble de privilèges (diplomatiques et fiscaux, accès sans entraves à l’ensemble des marchés africains) et n’est régulée par aucune juridiction particulière. Le Maroc, avec près de 8% du capital, est l’un des actionnaires importants et dispose d’un siège permanent au Conseil d’administration. Je représente personnellement notre pays au sein de ce Conseil où j’ai été élu en tant que président en 2013 pour un mandat de trois années, qui a été renouvelé en 2016. La présidence du Conseil d’administration n’est pas exécutive. Nous tenons généralement trois réunions par an. Notre rôle est de fixer les orientations stratégiques de l’institution et de surveiller la gestion et l’atteinte des objectifs par le management.

- Comment se porte le marché de la réassurance sur le continent africain et que reste-t-il à faire pour doter Africa Re des capacités à même d'en faire un acteur mondial de référence?
- Avec un volume global de près de 7 milliards de dollars, ce marché reste faible, même s’il croît à un rythme élevé. Il représente à peu près 1,6% du marché mondial. Le nombre d’acteurs est élevé, compte tenu de la taille du marché (un peu moins d’une quarantaine d’acteurs). Africa Re est leader avec une part de marché de 10%.
La compagnie n’a pas pour vocation de devenir un acteur global, même si elle fait partie des 50 premiers réassureurs à l’échelle mondiale. Africa Re restera majoritairement focalisée sur les marchés africains. La part du chiffre d’affaires en dehors de l’Afrique ne devrait pas dépasser les 15%. La raison principale est que nous devons garder notre mission d’origine qui est le développement de l’assurance en Afrique, le continent offrant par ailleurs des perspectives de développement et de diversification très importantes.

622 millions d'euros de primes

Africa Re dont le siège se trouve à  Lagos au Nigéria dispose de 6 bureaux régionaux: Casablanca, Lagos, Abidjan, Le Caire, Nairobi et Ile Maurice. Le bureau de Casablanca a la responsabilité de la région de l’Afrique du Nord  et gère les opération sur le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Mauritanie. Africa Re a également deux filiales, l’une en Afrique du Sud et l’autre spécialisée en Re-Takaful basée en Egypte. Elle opère en priorité sur le marché africain et souscrit aussi des affaires sur des marchés choisis en Asie et au Moyen-Orient. La compagnie a souscrit 622 millions d'euros de primes brutes et enregistré un bénéfice net de 73 millions d'euros en 2017.

Propos recueillis par Khadija MASMOUDI

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