Politique

PAM: Quelle vie après El Omari?: Un conseil national extraordinaire ce samedi

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5277 Le 22/05/2018 | Partager
Il doit trancher sur la démission du SG et choisir son successeur
Un courant veut différer l’élection du nouveau patron
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L’arrivée d’El Omari n’a pas pu faire du PAM l’alternative politique tant attendue par les électeurs. Toutes les options sont désormais ouvertes pour le parti du tracteur (Ph. L’Economiste)

Le PAM est à la croisée des chemins. Ce samedi, la classe politique aura les yeux rivés sur le conseil national extraordinaire qui se tiendra à Salé. Cette instance, le parlement du parti, devra trancher sur la démission d’Ilyas El Omari du secrétariat général du PAM et choisir son successeur. Sauf que tous les responsables dans le parti ne sont pas d’accord avec cette programmation. Pour schématiser, deux orientations sont en présence.

L’une, proche du SG, veut élire le nouveau patron le jour de la tenue du conseil national. L’autre veut se limiter à la confirmation du départ d’Ilyas El Omari avant de fixer un autre rendez-vous pour l’élection de son successeur. Les partisans de cette option sont favorables à l’installation d’une direction collégiale, qui devra courir jusqu’au choix du secrétaire général. L’élection de ce dernier devra intervenir lors d’un congrès extraordinaire en décembre prochain.

La possibilité d’un conseil national extraordinaire n’est pas exclue. C’est juste le temps nécessaire pour mettre en place une stratégie de reconquête d’ici 2021. Cette dernière formule, prônée par ses détracteurs, donnera plus de temps et de visibilité à ceux qui souhaitent briguer ce poste. Les mauvaises langues n’excluent par l’autre scénario sur la table: le maintien d’Ilyas El Omari SG jusqu’à la fin de son mandat en 2020, juste avant les législatives de 2021.

En tout cas, à quatre jours de cette échéance, aucune candidature ne s’est officiellement déclarée. Des noms circulent, mais les intéressés ne le confirment pas. C’est le cas de Abdellatif Ouahbi, député et ancien chef de groupe parlementaire.

Plus de trois mois après l’annonce du départ d’Ilyas El Omari, il avait démissionné du bureau politique du PAM pour protester contre la gestion du SG. S’il est intéressé d’aller vers la bataille, il mesure ses chances, pas très grandes pour l’heure, de décrocher le sésame. Ses critiques, parfois virulentes contre Ilyas El Omari, sont de notoriété publique.

Or, il sait comme beaucoup de ses camarades que le SG détient l’appareil du parti. En effet, ses partisans sont majoritaires au sein de toutes les instances. Il voudra y placer un de ses protégés. Pour rappel, le conseil national comprend 1.000 membres, y compris des représentants des organisations parallèles.

En tout cas, ses adversaires sont convaincus que «les dés sont pipés. Même avec son départ annoncé, il restera derrière les rideaux pour tirer les ficelles. C’est un homme de l’ombre, un rôle qui lui sied à merveille», souligne un des fondateurs du PAM.

Habib Belkouch, membre du bureau politique, pourrait aussi être dans la course. Il avait assuré l’intérim du secrétariat général du PAM après l’annonce de la démission d’Ilyas El Omari. Il est l’un des fondateurs du parti et du Mouvement pour tous les démocrates. Ancien prisonnier politique, il dirige actuellement le Centre d’études en droits humains et démocratie.

Autre potentielle candidate, Fatima Zahra Mansouri, présidente du conseil national. Même si elle décline, l’ancienne maire de Marrakech pourrait monter au créneau. Mais elle devra démissionner au préalable de la présidence du conseil national. Voudra-t-elle courir le risque de perdre ce qu’elle a sans être sûre d’être élue.

Le nom de Hakim Benchamach est donné comme potentiel successeur. Il jouit de l’avantage de la proximité avec Ilyas El Omari, toutefois entamée au cours de la dernière période. Sauf que c’est un homme clivant, qui n’arrive pas à fédérer les énergies autour de lui. Il l’a démontré dans sa gestion de la Chambre des conseillers. Or, il est tenté par un deuxième mandat à la tête de cette Chambre dont l’élection de la nouvelle présidence est prévue pour octobre prochain.

Par ailleurs, pour la succession du SG, le candidat doit faire l’unanimité, jouir d’une crédibilité et rassembler les militants du PAM qui ont été désarçonnés par de multiples épreuves ces derniers temps au point de perdre pied. Le Hirak du Rif a considérablement affaibli son secrétaire général qui avait placé Al Hoceïma, sa région natale, comme base arrière de sa conquête du pouvoir politique.

Finalement, tout le monde a pris conscience de la supercherie: même si le PAM était la première formation dans la région, elle n’avait pas de prise sur la population, particulièrement les jeunes. Sur la scène politique, le parti, pourtant deuxième force après le PJD, avec 102 sièges, est totalement absent.

Au cours de l’ancien mandat, avec seulement 47 députés, le groupe parlementaire, animé par des jeunes à l’image notamment de Younès Sekkouri ou de Mehdi Bensaid, était beaucoup plus percutant. Actuellement, le PAM n’arrive pas à s’imposer en tant que principale force d’opposition parlementaire.

Ses élus, dont une grande partie entre au Parlement pour la première fois, ne sont pas habitués au pugilat au sein de l’hémicycle. Il a fallu attendre l’intervention musclée de Abdellatif Ouahbi face au chef du gouvernement pour redonner goût du bras de fer qui opposait le PAM au gouvernement lors du mandat précédent.

Par ailleurs, le PAM a souffert d’un autre problème: le siège central est souvent vide. Le cumul du SG avec la présidence de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma n’arrange pas les choses. Des membres du bureau politique ont pris conscience de la nécessité d’avoir un SG constamment présent au siège pour prendre les décisions politiques nécessaires. Outre un secrétariat, il devra être appuyé par un cabinet, composé de quelques membres du BP.

Partira, partira pas…?

La vraie-fausse démission, annoncée début août dernier, n’a pas encore été concrétisée. Le conseil national avait recommandé la création d’une commission qui se penche sur cette affaire. Celle-ci est composée du SG, de la présidente du CN, Fatima Zahra Mansouri, de trois membres du bureau politique et une personne de chaque région. Sa mission est de proposer des scénarios après la démission, de revoir le règlement intérieur et de faire des recommandations. Cette commission s’est réunie 5 fois dont 2 à Marrakech, 2 à Rabat et une fois à Casablanca. Elle a finalisé son rapport qu’elle a présenté au bureau politique lors de sa dernière réunion. Pour une source proche du dossier, Ilyas El Omari veut partir, mais continuer comme membre du bureau politique. Selon le règlement intérieur, le nouveau SG aura 60 jours pour revenir vers le conseil national en vue d’exposer son projet et son plan d’action.

 

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