Economie

Villes sans bidonvilles: Pourquoi il faut revoir le mode opératoire

Par Nadia DREF | Edition N°:5276 Le 21/05/2018 | Partager
Les grandes villes donnent du fil à retordre à l’Etat
58 sur 85 villes sont assainies, 3 autres programmées pour 2018
Mobilisation du foncier, familles composées, insolvabilité des ménages… Les contraintes
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81% des ménages concernés se concentrent sur les deux régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra

Hausse des bidonvilles, prolifération de l’habitat insalubre et anarchique, manque de foncier, insolvabilité des ménages, gouvernance… Le programme «Villes sans bidonvilles» (VSB) donne du fil à retordre aux pouvoirs publics, surtout au niveau des grandes villes où les difficultés s’accumulent.

Abdelahad Fassi-Fehri, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, s’attaque à ce chantier problématique. La tutelle planche sur la redéfinition des démarches opérationnelles menées jusque-là qui, avouons-le, ont montré leurs limites.

«L’exode rural et la croissance démographique entraînent des changements radicaux au niveau de l’organisation sociale et spatiale des agglomérations urbaines. L’habitat insalubre affecte négativement le paysage urbain dans la plupart des villes», constate le ministère.

Malgré les efforts fournis, plusieurs contraintes persistent encore. Lancé en 2004, ce chantier, qui devait s’achever en 2012, n’a pu assainir que 58 sur 85 villes ciblées. Pour les villes en cours, l’état d’avancement varie entre 50% et 75%, précise le ministère de tutelle.

Trois autres villes seront assainies en 2018, promet Abdelahad Fassi-Fehri. Ainsi, 81% des ménages restant à recaser se concentrent à Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra. Par ailleurs, ces deux régions abritent 88% des familles concernées par des unités disponibles.

A ce jour, 251.000 ménages ont bénéficié de ce programme de relogement, soit 66% des familles concernées (388.400). Ce taux aurait pu dépasser 100% si le nombre initial des ménages recensés en 2004 (270.000) demeurait constant. L’Etat doit faire face à une augmentation de 56% par rapport à 2004 à travers le recasement d’environ 10.600 ménages supplémentaires par an.

Ceci reflète la prolifération continue du nombre des bidonvillois, au vu et au su de tout le monde, sachant que le circuit de contrôle n’est toujours pas bien verrouillé. D’ailleurs, certains agents de l’autorité locale profitent d’un business très lucratif monnayant l’accès à ce programme à de nouveaux arrivants.

Les tarifs fixés varient entre 10.000 dans les petites villes et 50.000 DH au sein des grandes agglomérations. Cela dénote de la limitation du mécanisme de contrôle. Mais également de la quasi-absence sur le marché de produits de logements adaptés aux ménages à faible revenu. D’où le glissement vers ce type d’habitations. 

Autre contrainte: la rareté et la difficulté de mobilisation du foncier public. D’ailleurs, une évaluation du ministère fait ressortir l’insuffisance d’une offre foncière mobilisable face à l’ampleur des besoins  qui se renouvellent en milieu urbain. Ainsi, l’un des arguments avancés par les ménages urbains qui font de la résistance est l’éloignement de la zone prévue pour le relogement des centres urbains ou des zones d’activité commerciale. Sans toutefois oublier l’augmentation du nombre des ménages concernés et les difficultés liées à leur transfert. 

«Nous sommes nés dans ce quartier de Casablanca. Nous ne voulons pas être éjectés vers un centre périphérique loin de toute activité commerciale et de notre clientèle», souligne un jeune vendeur ambulant de poissons résidant à douar Hssibou, à Aïn Sebâa. Ce bidonville, en même temps que celui de Sidi Abdellah Belhaj, sont en cours de relogement. Ceci crée une certaine tension au sein des habitants. Ils organisent régulièrement des sit-in pour faire entendre leurs voix. 

L’une des contraintes majeures est la problématique des familles composées qui vivent dans la même baraque. L’insolvabilité des ménages à revenus faibles et irréguliers est également une difficulté qui entrave ce programme. S’y ajoutent la difficulté du mobilier, le financement des partenaires et les problèmes d’ordre technique entravant l’aboutissement des différents projets.

25,5 milliards de DH mobilisés

Le coût global du programme VSB est estimé à 32 milliards de DH, dont 10 milliards subventionnés par l’Etat, soit 30%. Les 70% restants sont répartis entre les recettes de péréquation des opérations (54%) et les contributions des ménages bénéficiaires (16%). Le Fonds de solidarité habitat et intégration urbaine (FSHIU) est alimenté par les taxes sur le ciment, le sable et le rond à béton. Il a permis de drainer, à fin 2017, des ressources de 25,5 milliards de DH. Celles-ci sont consacrées aux projets de résorption des bidonvilles, de mise à niveau urbaine, de traitement de l’habitat menaçant ruine, des avances pour l’acquisition du foncier... Grâce à ces interventions, le FSHIU a contribué à l’amélioration des conditions d’habitations de plus de 1 million et demi d’habitants.

 

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