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Cherry Blossom: Une piraterie judiciaire

Par Nadia SALAH | Edition N°:5217 Le 26/02/2018 | Partager
La justice sud-africaine décide de vendre le phosphate saisi
L’OCP et Rabat font mine de ne pas s’occuper du dossier
Sur le fond, le commerce international est mis en insécurité
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Saisie d’écran à partir d’une vidéo diffusée par le site SWRW, une petite ONG qui s’occupe de rendre difficile la mise en valeur du Sahara. Les images sont prises tantôt du bateau lui-même tantôt d’une vedette tournant autour du bateau. Dans le fond, on devine le Rocher de Gibraltar. Le vidéaste a donc agi librement sur ce navire.
SWRW affirme que la vidéo a été prise au moment où le Cherry Blossom s’apprête à franchir le détroit de Gibraltar pour aller embarquer le phosphate de Phosboucraâ, à Laâyoune. Si cette référence est exacte, alors l’OCP et son client le néo-zélandais Ballance Agri-Nutrients Limited auraient eu raison de soupçonner un coup monté.
Cette vidéo appelle une autre question: pourquoi le navire est-il passé par la Méditerranée pour venir au Maroc alors qu’il est reparti en faisant le tour de l’Afrique. Ce qui impliquait de passer par une zone connue pour son hostilité, les côtes sud-africaines.
On retrouve la même ONG dans l’affaire du transport de phosphates vers le Canada via Panama. Elle est présente aussi dans le soutien anti-Sahara devant la Cour de justice européenne, dans l’appel aux entreprises d’énergie renouvelable à ne pas travailler avec les Marocains au Sahara…  (Source image: SWRW)

La Haute Cour de justice sud-africaine de Port Elizabeth vient de rendre un jugement dans l’affaire du navire Cherry Blossom, transportant du phosphate en provenance de Phosboucraâ pour le compte d’une grosse coopérative néozélandaise, Ballance Agri-Nutrients Limited.

Le tribunal a décidé de mettre en vente la cargaison, avec un partage des éventuels gains selon la clef suivante: 50/50 pour chacun des plaignants qui s’affrontent dans cette affaire, le Polisario et l’armateur, dont le navire est bloqué depuis mai dernier.

Et ce  à hauteur maximale des frais judiciaires de 400.000 dollars. S’il reste de l’argent, il ira pour la couverture des frais de l’armateur, dont le bateau est immobilisé depuis mai dernier, à Algoa Bay, qui abrite Port Elizabeth, sur la côte-est de l’Afrique du Sud.

Ces frais, estiment les experts pour l’OCP, sont de l’ordre de 3,2 millions de dollars. La cargaison, si elle n’avait pas de problèmes judiciaires et commerciaux, vaudrait environ 5 millions de dollars sur le marché normal. Peut-être 7 millions de dollars selon d’autres évaluations.

Il semble qu’aucun acquéreur ne soit manifesté. Les observateurs doutent que des professionnels de la chimie s’engagent dans une affaire de cette sorte: il serait surprenant que l’armateur, l’OCP et/ou leur client laissent un rachat sans conséquence: tout le monde connaît tout le monde dans le secteur, qui a  d’ailleurs rendez-vous à Marrakech, du 12 au 14 mars prochain.

Ne serait possible qu’un rachat par un pays ennemi et ce dans un but politique, ce qui deviendrait alors une agression contre le Maroc. Les plaignants sont le Polisario et ses appuis. Ceux-ci en fait l’ONG activiste SWRW, avaient lancé la même opération contre un autre navire-phosphatier, danois celui-là, au moment où il arrivait au Panama, de manière à ce que les saisies se produisent en même temps.

L’idée est d’utiliser des appareils judiciaires et les répercussions médiatiques pour servir la cause du Polisario. Le mécanisme donne au public le sentiment que c’est une affaire de grande importance, un peu à la manière des terroristes: peu nombreux, pas de soutien mais très visibles. La méthode du Polisario a bien fonctionné en Afrique du Sud, où la justice a la réputation d’être indépendante de son gouvernement mais très engagée sur diverses causes.

Il peut y avoir un second effet de piège, si la cible néglige d’informer son environnement. Elle risque d’y abîmer son image de sérieux auprès des opinions publiques, qui par définition sont peu au fait des données techniques du secteur.

L’OCP s’est d’abord  laissé prendre dans la deuxième phase du piège, lorsque certains de ses cadres ont affirmé qu’il n’y avait «rien d’intéressant» à savoir dans le premier jugement et qu’il fallait «leur faire confiance». Il a fallu plusieurs jours avant que l’axe de communication soit corrigé.  Sur le dernier jugement, celui du 23 février 2018, on a pu voir que la leçon était bien mise en œuvre.

Flibuste

Au Panama, la justice a refusé de saisir le navire visé par le Polisario est son ONG SWRW. L’attaque n’a pas fonctionné. Le motif donné par la Cour américaine est «son incompétence à s’occuper d’une affaire politique internationale» dans laquelle l’ONU est déjà impliquée. Ce qui était la ligne de l’OCP, avant qu’il ne se désiste de l’affaire de Port Elizabeth. Panama a aussi considéré que la «saisie d’un bateau sans justification commerciale était contraire au droit maritime».
Sur le fond, Panama a fait en sorte qu’un dossier politique ne se transforme pas en piraterie maritime, où le commerce international  est lui-même mis en danger. Ce que n’ont pas craint les juges sud-africains donc.
Le gouvernement marocain, s’il marque sa désapprobation, n’est pas entré en scène. Ni en mai dernier, ni maintenant. Un choix étonnant mais finalement  plutôt sage si l’on considère que cette entrée aurait fait passer le dossier vers la politique internationale, domaine où il serait devenue insoluble. Tout en attirant certainement des imitateurs alléchés par les possibles bénéfices de la piraterie judiciaire contre le Maroc et contre n’importe qui d’autre aussi.

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