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Des vaches qui produisent plus de lait et moins de gaz

Par Carolina ROSENDORN | Edition N°:5403 Le 03/12/2018 | Partager
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Bœufs et vaches laitières libèrent presque 10% de gaz à effet de serre dus à l’activité humaine, d’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture

Une entreprise suisse a mis au point un additif alimentaire qui réduit les émissions de gaz à effet de serre des vaches tout en améliorant leur production de lait. Broutant paisiblement l’herbe d’un champ suisse, trois vaches éructent de temps en temps sous un orage d’été, contribuant avec chacun de leurs rots au changement climatique.

A deux pas, dans un bâtiment industriel aussi gris que le ciel, une petite entreprise fabrique un additif alimentaire destiné aux vaches laitières. Le composé, Agolin Ruminant, augmente leur production de lait tout en réduisant la quantité de méthane qu’elles libèrent dans l’air.

«Il s’agit d’un stimulateur digestif permettant à la vache de mieux utiliser l’aliment qu’elle ingère», explique Kurt Schaller, PDG d’Agolin. Après 20 ans dans l’industrie des additifs alimentaires, il a cofondé l’entreprise en 2006 avec une nutritionniste, Béatrice Zweifel, et un investisseur, Pierre-Henri Jacquet. Leur produit phare est un mélange d’ingrédients naturels: clou de girofle, carotte sauvage et extrait d’huile de coriandre.

Basée à Bière, un petit village à 40 km de Genève, la société commercialise Agolin Ruminant dans le monde entier, mais son principal marché est l’Europe où près d’un million de vaches en bénéficient. Cette année, la fondation suisse Solar Impulse et la société Carbon Trust ont distingué Agolin pour ses efforts en matière de lutte contre le changement climatique.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les vaches laitières et les bovins de boucherie rejettent dans l’atmosphère près de 10% des gaz à effet de serre liés à l’activité humaine. «Chaque ruminant produit du méthane lors de la digestion, à cause de la fermentation des fibres», explique Florian Leiber, responsable des sciences de l’élevage à l’Institut de recherche suisse de l’agriculture biologique. À elle seule, une vache peut rejeter plus de 100 kg de méthane par an, principalement par éructation, soit environ deux tonnes de CO2 ou l’équivalent de deux vols aller-retour entre Paris et New York.

Si les experts s’accordent à dire que la solution les plus efficace à ce problème environnemental serait de réduire notre consommation de produits issus de l’élevage, des centaines de millions de personnes sur la planète comptent encore sur ceux-ci pour se nourrir et gagner leur vie. La poussée démographique devrait par ailleurs en augmenter la demande de 70% dans les trois prochaines décennies, selon la FAO. «C’est pourquoi nous n’avons pas cherché un effet de réduction du méthane dans un premier temps», explique Béatrice Zweifel, «mais plutôt un moyen d’améliorer le rendement laitier des vaches, à quantité égale d’aliments».

A l’origine, l’entreprise visait en effet à améliorer la flore intestinale des bovins à l’aide de substances actives végétales et d’huiles essentielles, un savoir-faire ancien perdu lors de l’arrivée des antibiotiques et des produits chimiques. Menées indépendamment par l’Institut de recherche agricole et halieutique (Belgique), l’Université d’Aberystwyth (Pays de Galles), l’Institut national de recherche agronomique (INRA, France) et l’Université de Californie (Etats-Unis), les études d’Agolin ont montré l’effet considérable du produit sur les bactéries de la panse, qui aident les vaches à digérer. Au final, le mélange augmente jusqu’à 7% la production laitière et réduit de 10% le méthane issu de la fermentation entérique, en moyenne (les résultats varient selon le système d’alimentation).

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Agolin Ruminant est un mélange naturel de clous de girofle, de carottes sauvages et d’extraits d’huile de coriandre qui, ajoutés au fourrage, aide à améliorer la production laitière quotidienne et réduit les émissions de méthane des vaches

Bien que d’autres additifs alimentaires réduisent les émissions de méthane du bétail, à peine une poignée sont 100% naturels. Parmi eux, l’huile de lin nécessite par exemple «un dosage beaucoup plus élevé», affirme Béatrice Zweifel, précisant que l’ajout de son produit à l’alimentation d’une vache coûte quatre centimes de dollars par jour aux éleveurs et leur permet d’augmenter leurs revenus tout en respectant le climat.

Financé initialement grâce aux économies personnelles de ses fondateurs et à un prêt de développement économique du gouvernement suisse, Agolin a mis trois ans pour équilibrer son budget et trois autres pour devenir rentable. Aujourd’hui, l’entreprise compte un réseau de 25 distributeurs et plus d’une centaine de clients industriels.

Parmi ces derniers, Chris Miller, directeur technique de Gain Animal Nutrition, la plus grande marque de compléments alimentaires d’Irlande, affirme que l’utilisation d’Agolin Ruminant a augmenté la production laitière de l’élevage de ses clients de deux litres par vache et par jour.

En 2017, le chiffre d’affaires d’Agolin s’élevait à près de 10 millions de dollars. «Cela représente environ 250.000 tonnes d’équivalent CO2 économisées chaque année», calcule Kurt Schaller. «Si nous parvenions à nourrir ainsi toutes les vaches dans le monde, le potentiel de réduction pourrait atteindre 300 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an».

Mais le champ d’application du produit reste bridé par son utilisation limitée à l’agriculture intensive, puisqu’il doit être mélangé à des aliments plutôt que donné directement aux vaches. «C’est pratiquement impossible d’atteindre une utilisation massive des additifs car la grande majorité des ruminants n’a pas accès à ce type d’aliments tous les jours», explique Diego Morgavi, chercheur au département de physiologie animale et systèmes d’élevage de l’INRA. Dans l’élevage extensif, le bétail se nourrit principalement d’herbe.

Dans le but de changer d’échelle, l’entreprise collabore depuis 2014 à un projet européen baptisé RuMeClean, qui vise à inclure Agolin Ruminant dans les programmes de compensation des émissions de carbone de l’Union européenne. Si la législation peut effectivement accroître la portée d’Agolin, son PDG estime que ce sont les entreprises qui conduiront l’industrie vers un élevage plus durable. «Il existe un grand fossé entre les ambitions environnementales des gouvernements et leurs actions», note-t-il. «L’industrie est beaucoup plus rapide. Elle fera le premier pas».

 

Par Carolina ROSENDORN

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