Entreprises

La cote du Maroc monte chez les opérateurs belges

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5398 Le 26/11/2018 | Partager
251 entreprises, 470 participants dans la Mission princière
14 milliards de DH d’échanges dont 60% portés par la Flandre
Tour Mohammed VI, le gros lot décroché par Besix: 770 millions d’euros!
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Marc Trenteseau est ambassadeur de Belgique au Maroc depuis un an et demi. Pour le diplomate, «le Maroc est un partenaire stratégique». Les plans sectoriels et son potentiel économique en font le principal bénéficiaire du repositionnement stratégique des entreprises belges en Afrique (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Le faible volume des échanges bilatéraux contraste avec la taille de cette mission économique. Comment l’expliquez-vous?

- Marc Trenteseau: Cette mission économique comprend plus de 251 entreprises et 460 personnes. Par sa taille, c’est de loin la plus grosse jamais menée à l’étranger. Ceci démontre bien l’intérêt accru des entreprises belges pour le Maroc qui est pour nous un partenaire stratégique. Les échanges commerciaux entre nos deux pays s’élèvent à un peu plus d’un milliard d’euros. C’est déjà pas mal, mais je suis convaincu que ce chiffre pourrait être bien meilleur. Cette mission économique va nous permettre de redynamiser les échanges entre nos entreprises et concrétiser, à terme, des partenariats durables. Ce qu’il faut retenir, c’est la dynamique. Quelques gros opérateurs belges sont déjà très actifs au Maroc. Je citerai un exemple tout récent, Besix qui est associé à TGCC dans la réalisation de la tour Mohammed VI du groupe BMCE Bank of Africa. C’est un marché de très grande envergure et un défi technique et architectural pour ce groupe. Sa part dans le projet est estimée à 770 millions d’euros. Ce n’est pas sa première expérience marocaine. Besix avait également participé à la construction des quais de TangerMed et d’autres projets, notamment hôteliers.
Nos entreprises sont présentes dans plusieurs domaines: textile, assainissement, architecture, BTP, aéronautique, industrie, etc. De par son rang de leader mondial des engrais et des phosphates, le groupe OCP concentre naturellement plus d’intérêt. C’est normal car la Belgique est un très gros hub chimique en Europe. Travailler avec l’OCP est un atout pour nos entreprises. Je dois aussi relever les relations très étroites qu’entretiennent les ports d’Anvers, Zeebrugge et Gand avec le port de Casablanca. Leurs responsables font partie de la mission économique.

- Quelle perception les milieux des affaires belges ont-ils du Maroc?
- Le Maroc est perçu comme un pays stable, à fort potentiel et qui se transforme sur le plan économique. Il est aussi proche, puisque l’utilisation de la langue française, -qui est une de nos langues nationales- facilite les contacts, en plus des liens forts dus à l’importante communauté d’origine marocaine installée en Belgique. Le droit des affaires marocain est légèrement différent de celui de notre pays. Il est inspiré du code napoléonien et continental, mais avec des spécificités locales. Ce sont des détails sur lesquels nous attirons l’attention des investisseurs et de nos entreprises. Oui, il y a une proximité, des points de convergence des législations, mais également des divergences dans certains domaines: droit de la propriété intellectuelle, droit social ou droit des affaires. Mon sentiment, -c’est aussi celui des opérateurs belges que j’ai rencontrés-, c’est qu’à partir du moment où l’on fait l’effort de se renseigner correctement sur l’environnement des affaires et de s’appuyer sur de bons partenaires, il n’y a aucune raison que le succès ne soit pas au rendez-vous.

- Sur quels domaines se concentre aujourd’hui la coopération belge?
- Pendant longtemps, notre coopération était basée sur des programmes classiques orientés vers l’agriculture, l’adduction d’eau, le soutien aux soins de santé et au système scolaire dans le monde rural, etc. Aujourd’hui, le Maroc est un pays en transition, il a évolué de manière extraordinaire depuis l’indépendance. Nos programmes se sont donc adaptés en conséquence. Ils sont plus portés sur des thèmes comme la modernisation de l’administration,  l’entrepreneuriat, l’appui à la lutte contre la violence contre la femme et les enfants, etc. En matière d’adduction d’eau, le Maroc a développé un important réseau de barrages qui permet de faire face à la sécheresse et de disposer d’une agriculture performante. Nous ne pouvions pas maintenir une collaboration dans des domaines où notre partenaire a développé une expertise considérable.
En revanche, dans le processus de régionalisation que le Maroc est en train de mettre en place, la Belgique avec son expérience peut proposer une réflexion. Cela ne veut pas dire qu’il y a un modèle belge transposable car chaque pays a son histoire et son territoire qui conditionnent l’évolution de son système institutionnel.

- Où en sont les discussions sur le transfèrement de détenus marocains en Belgique au Maroc?
- C’est une question qui nécessite l’examen au cas par cas, qui tienne compte de la situation spécifique de la personne. S’il s’agit d’une personne ayant la nationalité marocaine condamnée en Belgique, il est assez logique qu’elle puisse être renvoyée au Maroc afin qu’elle y purge sa peine. En revanche, dans le cas de bi-nationaux, la situation est plus complexe. Les deux gouvernements continuent de réfléchir à une solution qui soit efficace dans le combat contre la criminalité organisée. Dans tous les cas, il faut intégrer à la réflexion l’environnement du détenu. Si ce dernier a toutes ses attaches familiales au Maroc, il est souhaitable qu’il y effectue sa peine et bénéficie du soutien familial. De manière générale, la coopération judiciaire entre nos deux pays est de très bonne qualité dans plusieurs domaines: formation, échange d’informations, requêtes, commissions rogatoires, etc. Sachez que le Maroc est le seul pays où la Belgique détache un magistrat de liaison à son ambassade. Cela témoigne de l’importance que nous accordons à la coopération judiciaire entre nos deux pays.

Succès de l’école belge, mais trop cher…

«Je comprends le sentiment des parents. Si les frais de scolarité sont élevés, c’est parce que nous avons affaire à un schéma de partenariat public-privé. Il y a longtemps que l’on nous demandait une présence dans le domaine de l’enseignement au Maroc. La Communauté française Wallonie-Bruxelles souhaitait répondre à cette demande mais en même temps, ce n’est pas dans sa politique de développer un réseau d’écoles à l’étranger. Vu les liens étroits entre nos deux pays, elle a cherché une solution réaliste, celle d’un partenariat avec un groupe privé. Mais la pédagogie, le programme et les enseignants sont reconnus ou issus de la Communauté française Wallonie Bruxelles. Les enfants qui étudient dans ces écoles peuvent continuer, s’ils le souhaitent, leurs études en Belgique. Bien sûr, l’investisseur qui a construit les écoles doit pouvoir légitimement récupérer sa mise. En revanche, nous avons obtenu de lui qu’une part des recettes soit affectée aux actions sociales sous forme de bourses pour des élèves issus de familles à revenu modeste. Nous espérons que le succès des écoles permettra encore davantage de mettre l’accent sur cette dimension sociale indispensable».

Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

                                                                             

Main dans la main dans l’antiterrorisme 

Comme la Belgique, le Royaume du Maroc a été frappé par les attentats terroristes. C’est une menace contre laquelle nous unissons nos efforts.

Plusieurs auteurs des attentats de Bruxelles avaient un lien avec le Maroc. Nous travaillons avec les services marocains qui ont effectué un énorme travail de compréhension de la menace et du risque et perçoivent depuis longtemps la dimension globale de la lutte contre la radicalisation. Il est très important d’échanger nos expériences et de mieux comprendre pourquoi les gens, à un moment donné, dévient et deviennent dangereux. Il s’agit donc surtout de prévenir le risque en amont.

Dans ce combat, l’objectif est de dévoiler la manipulation du discours religieux à des fins inavouables afin que les gens comprennent que ce discours est trompeur et est une voie sans issue. Sur tous ces aspects, la Belgique a beaucoup à apprendre de l’expérience marocaine.

 

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